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Sur un ferry à Marseille, 700 réfugiés ukrainiens « comme dans un village »

Anna et ses enfants profitent du soleil sur le pont d'un ferry amarré à Marseille: ce ne sont pas des vacanciers mais des réfugiés ukrainiens qui, sur ce bateau, ont enfin trouvé la sécurité, "comme...

Des réfugiés ukrainiens accueillis sur le ferry Le Méditerranée, dans le port de Marseille, le 27 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Nicolas TUCAT)

Anna et ses enfants profitent du soleil sur le pont d’un ferry amarré à Marseille: ce ne sont pas des vacanciers mais des réfugiés ukrainiens qui, sur ce bateau, ont enfin trouvé la sécurité, « comme dans un village », avec 700 autres compatriotes.

Des réfugiés ukrainiens, accueillis sur le ferry Le Méditerranée, amarré à Marseille, le 27 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

Le « Méditerranée » dessert habituellement l’Algérie, pour la Corsica Linea. Mais il est désormais cloué à quai, à la gare maritime de la Joliette à Marseille, avec ses inhabituels passagers.

Des réfugiés ukrainiens, avec leurs enfants, sont hébergés sur le ferry Le Méditerranée, dans le port de Marseille, le 27 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

Anna Ivzhenko, 37 ans, n’était jamais montée sur un bateau de toute sa vie. Elle trouve ce mode d’hébergement « insolite », mais « ce qui compte, c’est que c’est un endroit sûr ».

Des réfugiés ukrainiens sont accueillis sur le ferry Le Méditerranée, dans le port de Marseille, le 27 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

Avec ses quatre enfants, cette chanteuse, animatrice de spectacles, a dû fuir son grand appartement de Kiev: « On a été réveillés par des bombardements pendant des jours, on ne pouvait plus dormir ni vivre ».

Des réfugiés ukrainiens accueillis sur le ferry Le Méditerranée, dans le port de Marseille, le 27 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

En un mois, les réfugiés comme elle ont investi les couloirs, les ponts et les salons du ferry, où toute la signalisation a été traduite en ukrainien. Les 200 enfants présents ont décoré le navire corse de leurs dessins et parsemé des jouets, peluches et ballons jaune et bleu un peu partout.

Loué par l’Etat à la compagnie maritime Corsica Linea depuis la fin mars, pour un montant non dévoilé, ce centre d’hébergement flottant constitue « l’opération la plus importante de France » par sa capacité d’accueil: jusqu’à 1.600 passagers, selon la préfecture.

Le gros navire blanc n’est plus un moyen de transport mais « comme un village où ils se sentent bien », décrit le commissaire de bord. « Quand on demande aux enfants de dessiner leur maison, ils dessinent un bateau », s’amuse-t-il.

« C’est bien plus qu’un hébergement », insiste le directeur général de la Corsica, Pierre-Antoine Villanova, faisant défiler sur son téléphone les vidéos de la chasse aux oeufs organisée à Pâques, « un moment très émouvant ».

Une centaine d’enfants, aiguillés par un référent de l’éducation nationale, sont scolarisés dans les établissements du quartier.

A bord, les réfugiés ont aussi accès à de précieux services qui facilitent leur arrivée en France: des employés de banque pour ouvrir un compte, des assistants sociaux, des référents de la Caisse d’assurance maladie, des médecins, des baby-sitters et même une permanence de Pôle emploi.

Ce mardi matin, c’est la Corsica Linea elle-même qui recrute: avec une dizaine d’autres femmes, Anna assiste à une réunion menée par la DRH de l’armateur qui cherche du personnel pour l’été.

– Alertes aux bombardements sur les téléphones –

M. Villanova l’assure, il veut « les intégrer, le plus possible ». Pourtant, la plupart n’ont qu’une envie, « rentrer chez eux », assurent deux infirmières de la cellule d’urgence médico-psychologique de l’AP-HM (hôpitaux marseillais).

Les deux professionnelles, habituées à intervenir sur des événements de crise, décrivent « des personnes chez qui l’événement traumatique perdure: il y a un début, mais pas de fin ».

Ces hommes et femmes ont connu la guerre, la fuite, l’exil, et sont toujours en tension, comme en transit, « et donc ils ne s’autorisent pas encore à craquer », décrit l’infirmière Céline Nguyen.

Dans leur tête, « ils sont encore en Ukraine: ils sont en communication constante avec le front, certains n’ont même pas désactivé les alertes aux bombardements sur leur téléphone ».

Le cocon du bateau peut les sécuriser, estiment les psychologues, « mais l’écueil, c’est que c’est aussi une forme de confinement, donc on les encourage à sortir ».

« C’est comme une grande famille de près de mille personnes ici, mais on ne peut pas aimer tout le monde », glisse Alona Diordiieva, professeure d’anglais de 40 ans, qui déplore le manque d’espace privé.

« Epuisée de vivre dans une toute petite pièce sans fenêtre » avec son fils, elle rêve d’espace: « C’est fait pour une traversée de trois jours, pas pour vivre des mois. Je ne sais même pas si c’est le jour ou la nuit quand je suis dans ma cabine ».

L’hébergement sur ce bateau est temporaire, insiste la préfecture, qui pilote le projet avec le groupe SOS et a identifié un millier de places d’hébergement sur le département. Le 15 juin, le « Méditerranée » reprendra la mer vers l’Algérie.

jp/ol/dlm/npk

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