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« SVP, ne pensez pas qu’aux Ukrainiens »: dans un camp d’Ile-de-France, l’appel à l’aide d’exilés afghans

Lorsqu'il a quitté l'Afghanistan, la France organisait des ponts aériens pour accueillir les réfugiés fuyant le régime taliban. Sept mois plus tard, Lal Mohamed s'apprête à passer une nouvelle nuit sous sa tente, posée au...

Des réfugiés afghans dans un campement à Pantin, le 20 avril 2022 au nord-est de Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - BERTRAND GUAY)

Lorsqu’il a quitté l’Afghanistan, la France organisait des ponts aériens pour accueillir les réfugiés fuyant le régime taliban. Sept mois plus tard, Lal Mohamed s’apprête à passer une nouvelle nuit sous sa tente, posée au milieu d’un campement d’exilés afghans, en banlieue parisienne.

Des réfugiés afghans dans un campement à Pantin, le 20 avril 2022 au nord-est de Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – BERTRAND GUAY)

Entre-temps, l’accueil des Ukrainiens fuyant la guerre a éclipsé l’exode afghan, suscitant amertume et incompréhension sur ce parking de Pantin (Seine-Saint-Denis), où quelque 200 réfugiés ou demandeurs d’asile vivotent dans le dénuement, loin des regards, grâce aux bonnes volontés locales.

Des réfugiés afghans dans un campement à Pantin, le 20 avril 2022 au nord-est de Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – BERTRAND GUAY)

« Regarde autour de nous », interpelle Lal Mohamed, 27 ans, qui affirme être un ancien membre de l’armée afghane, en balayant de la main le camp informel: une succession de tentes bâchées, certaines posées sur des palettes, entourées de poussettes, de réchauds à même le sol ou d’habits qui sèchent, en ce mercredi soir d’avril.

Des réfugiés afghans dans un campement à Pantin, le 20 avril 2022 au nord-est de Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – BERTRAND GUAY)

Les déplacés ukrainiens, « on leur donne tout, des papiers, des hébergements, mais nous aussi on en a besoin, nous aussi on veut une vie paisible, on veut aussi pouvoir se laver le matin, on devient fous ici! », lance-t-il, regard ombragé par une casquette. 

(Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Colin BERTIER)

« Notre pays est aussi en guerre, depuis 40 ans, mais on s’en fout de nous », tranche-t-il, sous l’oeil approbateur de ses concitoyens.

« S’il vous plaît, ne pensez pas qu’aux Ukrainiens, on est là aussi », implore-t-il, avant une distribution alimentaire pour la rupture du jeûne du ramadan, qu’il n’a « plus la force » d’observer.

– « Chassés » –

Rishad Mirzaye, qui revient d’une journée de travail dans un abattoir normand, où il « découpe des dindes », exhibe sa carte attestant de son statut de réfugié. 

« C’est comme ça qu’on doit nous accueillir ? En nous laissant dehors ? », questionne le jeune homme de 26 ans, dont quatre « dans les rues de France ».

Les tentes se sont dressées sur ce terrain municipal adossé à un supermarché depuis fin janvier, à mesure que les démantèlements ont repoussé de plus en plus loin de la capitale l’implantation de ces sans-abri.

« Ils sont chassés systématiquement », résume Nicolas Laureau, du collectif Pantin Solidaire, qui a organisé début avril une manifestation pour dénoncer la « différence de traitement » réservé aux réfugiés selon qu’ils viennent d’Ukraine ou d’ailleurs.

Les plus de 3.000 Afghans évacués de Kaboul depuis l’été 2021, « ça a été la vitrine de la France, mais la politique de dissuasion, de harcèlement, n’a en réalité jamais changé », abonde Nikolaï Posner, un responsable de l’association Utopia56, qui intervient également sur le site. 

« On refuse toujours de construire un vrai premier accueil, alors qu’on voit qu’on en a la capacité. Il n’a fallu que deux semaines de guerre (en Ukraine) pour trouver 100.000 places » d’hébergement pour les déplacés de ce conflit, relève-t-il.

– « Qu’on nous tende la main » –

« Quand on est réfugié, le gouvernement ne devrait pas regarder si on vient d’Ukraine, de Syrie ou d’Afghanistan », peste l’Afghan Amanullah Nawrozi, 26 ans, fraîchement arrivé à Paris.

Depuis dix jours qu’il vit là, après avoir « marché 300 kilomètres » et avoir été « battu par la police » de nombreux pays de l’Est qu’il a traversés, il « pleure toutes les nuits sous la tente », reconnaît ce membre de la minorité hazara, persécutée par les talibans.

« On a quitté le pays pour trouver de la sécurité. Ici, on a la sécurité, mais on peut aussi mourir de la maladie. On tombe malades à cause du froid, des conditions d’hygiène. Parfois, j’ai l’impression que même Dieu a détourné son regard de nous », lâche-t-il, agité, au bord des larmes.

Comme beaucoup d’autres, Amanullah Nawrozi a demandé l’asile et « espère que la France deviendra (son) pays ». Et comme beaucoup d’autres, le natif de Ghazni tient à rappeler une évidence: lui et ses compatriotes sont « des êtres humains ».

« On a besoin qu’on nous tende la main », dit-il, soudain plus calme. « Il reste dans nos coeurs un petit espoir. On est encore jeunes, on a envie de vivre. Il suffit de nous aider, comme les autres. »

sha/cel/mpm

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