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Trois siècles après son naufrage, une épave au coeur d’une enquête judiciaire

Trois suspects mis en examen, des lingots d'or vendus illégalement aux États-Unis, en Suisse ou au British Museum de Londres: coulée en 1746, l'épave du Prince de Conty se retrouve...

Des lingots d'or provenant de l'épave du Prince de Conty, le 15 juin 2022 à Brest (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Sandra FERRER)

Trois suspects mis en examen, des lingots d’or vendus illégalement aux États-Unis, en Suisse ou au British Museum de Londres: coulée en 1746, l’épave du Prince de Conty se retrouve au cœur d’une enquête judiciaire internationale.

Le procureur de la République de Brest Camille Miansoni devant le tribunal de la ville le 2 juillet 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JEAN-FRANCOIS MONIER)

Le procureur de la République de Brest Camille Miansoni a annoncé mercredi la mise en examen le 18 mai de trois Français pour le vol et le recel de cinq lingots d’or provenant de cette épave. Un couple d’Américain, lié aux trois mis en cause, a en outre été identifié par les enquêteurs.

Cinq lingots ont été restitués officiellement à Brest le 15 juin 2022, ainsi que des fragments d’objets en porcelaine provenant également du Prince de Conty, au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sandra FERRER)

Les lingots, d’une valeur de quelque 230.000 dollars américains (220.000 euros), sont apparus sur le catalogue d’une maison de vente californienne, qui prévoyait de les mettre aux enchères début 2018. Alertées par la France, les autorités américaines les avaient saisis et restitués à Paris, lors d’une cérémonie organisée en mars à Washington.

Les suspects, un couple et une femme tous trois de nationalité française, ont été placés sous contrôle judiciaire et encourent jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle, a précisé M. Miansoni, lors d’une conférence de presse, ajoutant que l’instruction se poursuivait car des objets pillés se trouveraient encore à l’étranger.

« Des grands établissements culturels de renommée internationale, en particulier le British Museum, ont acquis auprès de personnes appartenant au groupe identifié –et les détenaient encore– des lingots et des objets provenant de l’épave du Prince de Conty », a assuré M. Miansoni, dont la juridiction est spécialisée dans les affaires littorales (Julis).

« Les demandes de restitution transmises, notamment au British Museum, sont restées à ce jour, curieusement et avec regret, infructueuses », a-t-il ajouté.

Le British Museum est déjà en bisbilles avec la Grèce à cause de marbres du Parthénon de l’Acropole d’Athènes dont le pays demande depuis de nombreuses années la restitution. Hasard du calendrier, le prestigieux musée s’est dit mercredi ouvert à un accord avec Athènes.

– Lingots chinois –

Des commissions rogatoires internationales ont été émises à destination de la Grande-Bretagne, mais également des États-Unis et de la Suisse dans le cadre de l’enquête ouverte en février 2020 à Brest.

Lors de sa garde à vue, le couple a en effet reconnu son implication « dans la récupération des lingots et également leur vente en Suisse et aux États-Unis », tandis que la femme a contesté toute implication, selon le procureur. 

L’homme mis en examen est un ancien plongeur-photographe professionnel déjà suspecté, mais mis hors de cause, dans un procès qui s’était tenu en novembre 1983 à Lorient dans une affaire de pillage de la même épave.

De retour d’Extrême-Orient, le Prince de Conty avait fait naufrage le 3 décembre 1746 par une nuit de tempête et de brouillard, près de Belle-Ile-en-Mer (Morbihan). Des 229 hommes à bord, seuls 45 survécurent.

Immergée par 10 à 15 mètres de fond, dans une zone de forts courants et particulièrement difficile d’accès, l’épave était tombée dans l’oubli jusqu’à sa découverte en 1974 par un enseignant. 

Elle avait ensuite été pillée, avant une expertise professionnelle qui avait observé des milliers de fragments de porcelaine de Chine du règne de l’empereur Qianlong (1736-1795), des restes de caisses de thé ou encore trois petits lingots d’or chinois. 

Les cinq lingots ont été restitués officiellement mercredi à Brest, en même temps que quelques fragments d’objets en porcelaine provenant également du Prince de Conty, au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), le service chargé d’inventorier le patrimoine immergé en France. 

« Aujourd’hui, qu’on ait ces vestiges qui rentrent dans les collections publiques c’est une vraie satisfaction », a réagi Olivia Hulot, archéologue maritime au Drassm. 

« Les navires de la Compagnie des Indes c’est une page particulière de notre histoire maritime », a-t-elle souligné, précisant que les vestiges d’un seul d’entre-eux, le Prince de Conty, avaient été retrouvés pour l’heure le long des côtes françaises.

Les lingots restitués sont décorés pour certains d’idéogrammes chinois symbolisant la prospérité. Ils étaient utilisés comme monnaie par la Chine pour acheter des biens provenant de France. 

sf/aag/it

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