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Ukraine, covid, Brexit: les agriculteurs britanniques assaillis de difficultés

"Ce qui nous inquiète, c'est tous les problèmes qui nous assaillent d'un coup", lâche David Exwood, le propriétaire de la ferme Westons, au sud de l'Angleterre, pendant que ses vaches broutent paisiblement dans leur mangeoire, sans se soucier du Brexit...

The agriculture sector is grappling with sky-high energy prices following pandemic lockdowns and labour shortages in the wake of Britain's exit from the European Union (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Daniel LEAL)

« Ce qui nous inquiète, c’est tous les problèmes qui nous assaillent d’un coup », lâche David Exwood, le propriétaire de la ferme Westons, au sud de l’Angleterre, pendant que ses vaches broutent paisiblement dans leur mangeoire, sans se soucier du Brexit, de la guerre en Ukraine ou de la pandémie.

Worsening labour shortages, sparked by Brexit and exacerbated by Covid, are particularly acute in Britain’s agricultural sector (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Daniel LEAL)

« Il y a le prix plus élevé des engrais et du carburant, une pénurie de travailleurs et maintenant des changements de réglementation », se lamente l’agriculteur, également vice-président du syndicat sectoriel NFU.

The owner of Westons Farm, Dave Exwood, says farms like his have become more and more reliant on animal slurry to grow crops and cut costs (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Daniel LEAL)

Le secteur agricole, comme beaucoup d’autres au Royaume-Uni, est confronté à une flambée mondiale des coûts de l’énergie, en raison notamment de la reprise économique post-pandémie.

Elle s’est largement aggravée depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, qui menace l’approvisionnement d’hydrocarbures en Europe.

Le conflit a également engendré une envolée des prix des engrais, dont la Russie est un important producteur.

La Westons Farm, nichée dans le joli village d’Itchingfield, utilise depuis longtemps les excréments de son bétail, de ses volailles, de ses cochons et de ses moutons pour fertiliser ses cultures de carottes, citrouilles, épinards et blé.

Mais le prix des engrais au Royaume-Uni a presque quadruplé en un an et l’exploitation agricole dépend de plus en plus de ces déjections animales pour nourrir ses champs en nitrates.

Les engrais manquaient déjà après la poussée des prix du gaz à des records historiques cet automne, qui a forcé le principal fabricant du pays, CF Fertilisers, à des interruptions de production.

– Pénuries de travailleurs –

A cela s’ajoutent les pénuries de travailleurs agricoles, car le secteur dépend largement de saisonniers étrangers rentrés en partie chez eux avec la pandémie et dont le retour au Royaume-Uni est compliqué par le Brexit. Avec la guerre en Ukraine, les travailleurs ukrainiens aussi restent chez eux pour combattre.

Il y avait déjà un demi-million d’offres d’emplois non pourvues dans le secteur en septembre, d’après la NFU.

« Le manque de main d’œuvre fait que des cultures n’ont pas pu être récoltées et pourrissent dans les champs », déplore Jack Ward, directeur général de l’Association des agriculteurs britanniques.

L’organisme représentant la boucherie (British Meat Packing Association) fait face aux mêmes difficultés: « notre principale inquiétude est le manque d’ouvriers pour préparer la viande », a-t-il fait valoir.

Des milliers de porcs ont déjà été abattus et incinérés à cause d’une pénurie de bouchers dans les abattoirs: un vaste gâchis alimentaire, estime Andrew Ward, qui cultive du blé à Leadenham, au centre de l’Angleterre.

« Nous avons des éleveurs porcins qui font faillite mais on importe de la viande de porc dont le prix a bondi de 20% sur les six derniers mois (pour répondre à la demande) et le gouvernement ne fait rien », critique-t-il.

– Oiseaux et abeilles –

Parallèlement, le déploiement du programme d’aides britannique destiné à remplacer les subventions agricoles européennes (Environmental Land Management Scheme ou ELMS) bouleverse l’équilibre financier des exploitations agricoles car il privilégie des critères très différents, et notamment l’entretien des terres et la biodiversité plus que des quotas de production.

« Tout ce qui les intéresse ce sont les oiseaux, les abeilles, les arbres (…) mais on ne peut pas devenir verts si nos comptes sont dans le rouge », s’insurge Andrew Ward.

Depuis le Brexit, le gouvernement du conservateur Boris Johnson a passé des accords de libre-échange avec plusieurs pays, notamment l’Australie.

Les éleveurs britanniques s’inquiètent de voir leur production de bœuf ou d’agneau défavorisée par rapport à celle de leurs rivaux australiens souvent moins chère, affirmant qu’ils ne sont pas tenus de respecter des normes sanitaires ou environnementales aussi strictes.

A la ferme de Westons, l’humeur est morose face à ce faisceau de défis: « je n’ai jamais connu les agriculteurs aussi effrayés de l’avenir », conclut M. Exwood.

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