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« Une part de moi est morte »: des victimes d’inceste témoignent publiquement à Paris

"Je suis encore victime aujourd'hui", "j'ai pris perpétuité", "une part de moi est morte": après Nantes, Bordeaux ou Lille, des adultes anonymes ont pris la parole mercredi à Paris lors d'une réunion publique pour raconter...

Le juge des enfants Édouard Durand (c,g) et Nathalie Mathieu (c,d), coprésidents de la Ciivise, lors d'une réunion publique pour raconter les conséquences de l'inceste subi dans l'enfance, le 16 février 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - JULIEN DE ROSA)

« Je suis encore victime aujourd’hui », « j’ai pris perpétuité », « une part de moi est morte »: après Nantes, Bordeaux ou Lille, des adultes anonymes ont pris la parole mercredi à Paris lors d’une réunion publique pour raconter les conséquences de l’inceste subi dans leur enfance.

Une femme témoigne lors d’une réunion publique de la Ciivise pour raconter les conséquences de l’inceste subi dans l’enfance, le 16 février 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JULIEN DE ROSA)

Quelque 200 personnes étaient venues participer à cette rencontre organisée par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), chargée de récolter des témoignages et de préconiser des politiques de prévention.

Des participants à une réunion publique organisée par la Ciivise pour raconter les conséquences de l’inceste subi dans l’enfance, le 16 février 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JULIEN DE ROSA)

« Les conséquences de ces maltraitances sont insoutenables », a confié au micro Valérie, 39 ans, violée par son beau-père et sa mère lorsqu’elle avait entre 10 et 18 ans.  

Des participants à une réunion publique organisée par la Ciivise pour raconter les conséquences de l’inceste subi dans l’enfance, le 16 février 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JULIEN DE ROSA)

« Je ne cesse de m’excuser de qui je suis, j’ai peur de me casser en tous petits morceaux. Je n’arrive pas à vivre des relations amoureuses autrement que dans la domination », a poursuivi cette femme qui ne s’est pas résolue à porter plainte car elle se sent « incapable d’envoyer (sa) mère en prison ».

Sylvie, 62 ans, a été violée par son père à l’âge de huit ans. 

« Je me devais au moins une fois de parler devant vous, de sortir du huis clos familial, en mémoire de la petite fille que j’ai été », a-t-elle dit devant les participants attentifs. 

– « Ça suffit maintenant ! »

« Je ne pensais pas qu’il était possible de souffrir autant sur cette Terre », a témoigné la sexagénaire, qui a subi une « profonde dépression » et de nombreux symptômes somatiques invalidants, et a été rejetée par ses frères et sœurs lorsqu’elle a révélé les violences qu’elle a subies.

« On m’a traité comme un sale objet, mais ça suffit maintenant ! », s’est emporté Arthur, 22 ans, abusé par son oncle à l’âge de 15 ans, et qui en est à sa « septième thérapie, et ça coûte cher ! » 

Plus de 500 personnes avaient tenté de s’inscrire à cette réunion, pour 200 places disponibles, et parmi les présents, tous n’ont pas eu le temps de prendre la parole.

« L’affluence à ces réunions publiques montre que c’était nécessaire, que cela répond à une attente dans la société », a commenté le juge des enfants Édouard Durand, coprésident de la commission. Les organisateurs ont prévu d’organiser en mai une réunion supplémentaire à Paris ou en région parisienne. Après Nantes, Avignon, Bordeaux, et Lille, ce tour de France de la Ciivise se poursuivra à Lyon le 22 mars, et passera notamment par Marseille et la Corse.

De la toute jeune fille à la septuagénaire, des victimes racontent au micro lors de ces réunions publiques comment ces violences peuvent « attaquer la dignité du sujet jusque dans les sphères les plus intimes de l’existence », souligne le juge Durand.

– Bienveillance et empathie –

« Quand une victime prend la parole, ce n’est jamais anodin, car l’agresseur a demandé le secret. En parlant, elle trahit un secret, elle fait exploser une famille, c’est compliqué pour elle », observe de son côté Nathalie Mathieu, l’autre coprésidente de la commission

« C’est la première fois que leur parole est publique, devant des personnes qu’elles ne connaissent pas. Et elles déposent leur parole devant une instance officielle », souligne la directrice générale de l’association Docteurs Bru, qui accueille dans une maison spécialisée des jeunes filles victimes d’inceste.

Lors des réunions publiques, marquées par « la bienveillance et l’empathie », beaucoup de mères racontent aussi leurs difficultés à faire protéger par la justice leur enfant victime d’inceste dans le cadre d’une séparation.

Le juge Durand indique avoir déjà reçu une centaine de témoignages lors des réunions publiques et quelque 10.000 par les autres moyens, sur le site www.ciivise.fr ou par téléphone (0805.802.804 ou 0800.100.811 pour l’outre-mer).

La Ciivise est chargée d’élaborer d’ici 2023 des recommandations de politiques publiques pour protéger les enfants, et rendra des « conclusions intermédiaires » dès cette année, fin mars ou début avril. Selon ses deux coprésidents, elle préconisera notamment de changer la loi pour qu’un parent condamné ou poursuivi pénalement pour agression ou viol incestueux se voie automatiquement privé de son autorité parentale.

(Tous les prénoms des témoins ont été modifiés).

cac-ab/cel/gvy

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