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Aéronautique et spatial : le défi des recrutements massifs

GRAND SUD-OUEST. À l’occasion de sa conférence de presse annuelle organisée à Bordeaux, le pôle de compétitivité de l'aérospatial pour les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, Aerospace Valley, a présenté le résultat des diagnostics compétences dans le Sud-Ouest pour les deux filières. Les besoins sur les 10 ans à venir seront colossaux, avec 10 000 recrutements estimés chaque année.

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Yoann Ducuing, directeur délégué solutions et services BRICKS ; Bruno Darboux, président d'Aerospace Valley ; et Eric Giraud, directeur général, lors de la conférence de presse annuelle du pôle de compétitivité, à Bordeaux © DR

Organisée pour la première fois à Bordeaux le 16 janvier, la conférence de presse annuelle d’Aerospace Valley, pôle de compétitivité de l’aéronautique et du spatial pour les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, a été l’occasion de présenter les diagnostics de besoins en compétences pour les deux filières dans le Sud-Ouest. « Aerospace Valley a piloté ces diagnostics dans le cadre du Plan France 2030, dont deux des priorités sont de produire le premier avion bas carbone, et prendre toute notre part à la nouvelle aventure spatiale », a rappelé Yoann Ducuing, directeur délégué solutions et services Bricks d’Aerospace Valley.

10 000 recrutements annuels pour les 10 ans à venir sur le territoire du Grand Sud-Ouest

Les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine réunissaient, en 2023, 108 000 salariés dans l’aéronautique, soit près de 40 % des emplois de la filière nationale ; et 22 000 salariés dans le spatial, soit 60 % des emplois en France et 40 % à l’échelle européenne, principalement à Bordeaux et Toulouse. L’objectif de ces diagnostics, réalisés auprès de l’ensemble de l’écosystème, était de qualifier les besoins en compétences et de cartographier les différentes formations et éventuels manques à l’horizon 2035.

Soft skills

« Pour le secteur aéronautique, nous avons établi une croissance des effectifs attendue d’ici 2035 entre +24 % et +47 % », précise Yoann Ducuing. La filière devra monter en puissance en termes de production, pour répondre à l’augmentation de la demande et notamment aux commandes passées à Airbus ou Dassault ; mais aussi en termes de compétences, pour répondre aux besoins en R&D liés à la conception de technologies bas carbone. « Les compétences existantes seront à renforcer fortement, et des compétences inédites pour le secteur vont apparaître », note Yoann Ducuing, notamment en chimie, cryogénie, climatologie-météorologie, électronique de puissance et sur les thématiques environnementales. « Les ingénieurs vont également devoir développer des soft skills afin d’intégrer les enjeux socio-économiques et l’impact des choix sur l’environnement », ajoute-t-il.

Nouveaux métiers

Le secteur spatial devrait, pour sa part, voir ses effectifs croître entre 21 et 80 % d’ici 2035, générant un enjeu de recrutement et de formation extrêmement fort. « La question étant de savoir ce que prendront l’Europe, la France, et le Sud-Ouest dans ce marché en très forte croissance », note Bruno Darboux, président d’Aerospace Valley. « Les blocs de savoir-faire plébiscités pour le spatial concerneront les systèmes de lanceurs, les systèmes cyberphysiques, les systèmes satellites, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le traitement des données, la sécurité de l’espace, la santé, le smart et le quantique », détaille Yoann Ducuing.

Parmi les compétences les plus attendues par l’écosystème, celles de production, « dont le niveau de massification reste inconnu à l’heure actuelle, mais qui pourrait engendrer un doublement à un quadruplement des besoins ». Les fortes évolutions du marché devraient également faire émerger de nouveaux métiers, tels qu’écologue ou encore pentesteur/hacker.

Attractivité

Dans les deux secteurs, le recrutement et l’attractivité seront essentiels, tout comme la fidélisation et la formation des collaborateurs. « Nous devrons absorber une croissance de 5 000 emplois en plus chaque année sur le territoire du Grand Sud-Ouest, soit 10 000 recrutements annuels pour les 10 ans à venir (environ 25 000 au niveau national selon le Gifas). Le challenge est énorme », tranche Bruno Darboux.

Les deux régions disposent pour cela de plus de 360 formations dédiées, dont environ 110 en Nouvelle-Aquitaine, 2/3 dans l’aéronautique et 1/3 dans le spatial. « L’offre de formation est forte en nombre, diversifiée et bien répartie géographiquement. Néanmoins, leur attractivité et la capacité à former des volumes d’étudiants plus conséquents seront des enjeux très forts. Il reste notamment un énorme travail à faire sur la féminisation », prévient Yoann Ducuing.

Prochaine étape pour Aerospace Valley : « favoriser l’émergence de projets de formation dimensionnants et fédérateurs sur le territoire », plusieurs projets birégionaux étant en cours de montage. « Le rôle du collectif de l’aérospatial sera indispensable sur le volet attractivité des filières et des formations. Chacun devra y consacrer son énergie », prévient Bruno Darboux. Et des investissements.

 

AEROSPACE VALLEY EN CHIFFRES

Date de création : 2005
Deux Régions : Occitanie et Nouvelle-Aquitaine
Membres en 2023 : 865
Projets accompagnés depuis 2005 : 794
Projets d’innovation accompagnés en 2023 : 142 (dont 52 ont reçu 85 millions d’euros d’aides publiques)