Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Expo – Clément Cogitore : des visages et des figures

La Base sous-marine de Bordeaux accueille une exposition monographique du vidéaste et cinéaste Clément Cogitore. L’artiste multirécompensé y questionne notre rapport aux images, leur projection et manipulation.

Jusqu’au début de l’année prochaine, cette exposition monographique de l’artiste et cinéaste français Clément Cogitore est répartie sur différents espaces. 

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome en 2012.  Trois ans plus tard, son premier long métrage, Ni le ciel, ni la terre, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes reçoit le prix de la Fondation Gan. L’an dernier, Clément Cogitore a reçu le prix Marcel Duchamp pour The Evil Eye, montage critique de séquences issues de banques de données, mettant en scène la passivité du spectateur face à la consommation des images et la sacralisation de l’image-icône. L’artiste multirécompensé n’a pas voulu modifier la configuration des lieux et a préféré se limiter à une dizaine d’œuvres plutôt que de multiplier objets et supports, au risque de lasser. Ainsi, pas de photographies : juste une sélection de films et de vidéos, incluant œuvres de début de carrière et réalisations plus récentes. L’auteur a pensé leur localisation au fil d’un parcours découverte et leur projection sur écran, LED ou directement à la surface irrégulière du béton des parois de la base.

PROJECTION, MYTHE ET MOUVEMENT

Dès l’entrée, le visiteur est bruyamment rappelé à l’actua-
lité de Clément Cogitore. Dans Les Indes Galantes, vidéo de 5 minutes sur la musique de la danse du Grand Calumet de l’opéra du même nom de Rameau (1735), réalisée pour la 3e Scène de l’Opéra de Paris, il filme un groupe de danseurs de krump, une danse sortie des ghettos noirs de Los Angeles, représentation symbolique de la violence. La réussite de ce court métrage lui a valu de mettre en scène l’intégralité de l’ouvrage lyrique sur la scène de l’Opéra Bastille pour une série de représentations qui vient de se terminer avec un fort succès public et une critique plus réservée.

Le visiteur peut ensuite déambuler librement et découvrir les œuvres proposées. Avec Travel(ing), Cogitore prend à bras le corps l’idée même d’image « en mouvement ». Dans ce film de voyage pour camion solo, il montre la projection, la nuit, d’un film 16 mm (tourné de jour sur une autoroute) à l’arrière d’un camion filant sur la même autoroute, télescopant les points de vue et les temporalités.

On retrouve cet intérêt pour le mouvement (fondement du cinéma) dans plusieurs autres œuvres présentes telles qu’Assange Dancing, où les images mises en ligne par le DJ d’une boîte de nuit de Reykjavik du fondateur de WikiLeaks se laissant porter par le rythme de la musique prennent, par leur passage en boucle, au ralenti et en silence, l’aspect d’une transe rituelle. La dimension mythique est encore présente dans Sans titre, son œuvre la plus récente, où un film d’archives de la grotte de Lascaux a été projeté par l’artiste dans une petite serre pleine de papillons virevoltants puis filmé, mêlant l’éternité des peintures rupestres sacrées à l’instantanéité fugitive des papillons.

Réalité et fiction se mêlent dans Un Archipel de 2011 recomposant un incident réel à partir d’images trouvées sur internet et de films d’agences de presse intercalés de cartons entre chaque séquence. Signalons enfin Tahrir, montage stroboscopique d’images de la deuxième révolution égyptienne alternant successivement, 25 fois par seconde, une image des forces de l’ordre et une image des insurgés. À ne pas mettre sous tous les yeux, qui peuvent fatiguer…

Cette exposition a les atouts nécessaires pour retenir son public (mais peut-être pas tous les publics) dans une fascinante immersion renforcée par le cadre si particulier de la base sous-marine.

Clément Cogitore, Films et vidéos.
Base sous-marine de Bordeaux.
Jusqu’au 5 janvier 2020.