Couverture du journal du 30/07/2021 Consulter le journal

Opéra de Bordeaux, la saison de tous les plaisirs

Digne manière de célébrer la fin d’un cycle avec les départs de Marc Minkowski et de Paul Daniel, la programmation de la saison 2021-2022 s’annonce dense, riche, variée et d’une qualité inégalée.

Paul Daniel

Paul Daniel © D. R.

Le 17 juin, dans un auditorium clairsemé pour cause de restrictions sanitaires, la direction de l’Opéra de Bordeaux est venue présenter le programme de sa nouvelle saison pour 2021-2022. C’est la dernière de Marc Minkowski, arrivé en 2016, dont nombre d’observateurs reconnaissent que le rayonnement artistique de la maison bordelaise sort renforcé de sa direction.

LYRIQUE

La saison démarre en fanfare avec Robert le Diable, premier chef-d’œuvre romantique de Meyerbeer dans le grand opéra à la française. Le triomphe de ce « chef-d’œuvre » (Frédéric Chopin dixit) eut une influence considérable sur l’évolution de l’opéra. Les grandes basses chantantes du XIXe siècle, les Boris Godounov de Moussorgsky, Philippe II de Verdi, Wotan de Wagner ou Méphisto de Gounod procèdent directement de celle de Robert le Diable. L’œuvre a régné sur son siècle et se retrouve dans la littérature (voir, par exemple, le chapitre 53 du Monte Cristo de Dumas ou le début de Tartarin de Tarascon de Daudet). S’il a disparu du répertoire, c’est en grande partie dû à ceux qu’il a inspirés, notamment Wagner, qui entretint une étrange relation d’appropriation/répulsion avec sa musique. L’atmosphère, comme toujours chez Meyerbeer, y est variée, du bouffe au romantisme amoureux, de la chevalerie à l’effroi surnaturel de la grande scène de l’invocation des nonnes dans le monastère maudit.

L’opéra Robert le diable sera donné en version concert et fera l’objet d’un enregistrement

Robert le Diable exige une distribution de haut niveau, défi que relèveront sans nul doute les interprètes retenus : le belcantiste américain John Osborn, à la remarquable diction française, dans le rôle-titre ; Nicolas Courjal (dont le roi Marke de son Tristan et Isolde bordelais est encore dans notre souvenir) dans celui de la basse maléfique Bertram ; les rôles féminins seront tenus par Erin Morley et Amina Edris. L’opéra sera donné en version de concert et fera l’objet d’un enregistrement.

Parmi les autres événements lyriques, signalons l’opéra en un acte de Thierry Escaich Point d’orgue sur un livret d’Olivier Py, la prise de rôle de Benjamin Bernheim dans le Werther de Massenet ou les quatre cycles de la trilogie Mozart/Da Ponte prévue la saison dernière. Les récitals permettront d’entendre Philippe Jaroussky, Diana Damrau, Marie-Nicole Lemieux et Jessica Pratt, Florian Sempey, Véronique Gens, Renée Fleming ou Angela Gheorghiu.

Opéra national de Bordeaux

© Shutterstock – trabantos

SYMPHONIQUE

Parmi les temps forts de la saison symphonique, on peut citer Le Ring sans paroles de Richard Wagner/ Lorin Maazel ou la Tétralogie en 1 h 20 que l’on aurait dû entendre l’an dernier. Le festival L’Esprit du piano permettra d’entendre Elisabeth Leonskaja, Ivo Pogorelich, Sir András Schiff ou Alexandre Kantorow. Paul Daniel, qui ne sera plus directeur musical de l’ONBA à partir du mois d’août, demeure toutefois chef associé et poursuivra son cycle Mahler avec la 7e symphonie, tandis que le festival de la musique de films s’attachera aux « Monstres et créatures ». L’ensemble en résidence Pygmalion de Raphaël Pichon assurera les concerts sur instruments anciens.

DANSE

L’événement danse de la saison est sans aucun doute l’aboutissement du partenariat entamé il y a trois ans avec Angelin Preljocaj, matérialisé par la création mondiale de Mythologies. On sait encore peu de choses de ce ballet, écrit pour les deux compagnies, celle du ballet de l’opéra de Bordeaux et celle de Preljocaj, mais il doit explorer les rituels contemporains et les mythes fondateurs qui façonnent l’imaginaire collectif. D’après son auteur, « il s’agira sur scène de « dire » les mythes avec le corps, support d’un langage universel qui rappellera que nous sommes liés par une même et profonde humanité à travers nos croyances ». La musique, autre première, est de Thomas Bangalter, ex-Daft Punk.

La musique du nouveau ballet de Preljocaj est signée de Thomas Bangalter, ex-Daft Punk

La 8e édition de Quatre Tendances présentera des chorégraphies de Sol Léon et Paul Lightfoot, William Forsythe ou Jiri Kylián. Les amateurs de ballet classique se réjouiront de la reprise de La Sylphide donnée à huis-clos l’an dernier. Cette nouvelle production de l’Opéra national de Bordeaux fera les belles soirées du mois de décembre. Notons aussi le retour de La Fille mal gardée d’Hérold, déjà donnée il y a quelques années.

ATTENDRE POUR RÉSERVER

En raison de la situation sanitaire (incertitude de l’ampleur ou de l’existence des jauges pour le public, évolution de la pandémie), les réservations ne débuteront que le 1er septembre à 13 h pour les abonnés et le 14 septembre à 13 h pour les achats à l’unité. Le programme imprimé sera diffusé ultérieurement mais les amateurs peuvent d’ores et déjà consulter le site de l’opéra de Bordeaux en cliquant ici.

L’OPÉRA EN CHIFFRES – 2019 :

  • Budget : 30 millions d’euros 26 % de ressources propres (21 % en 2015)
  • 200 000 spectateurs
  • plus de 5 millions de recettes de billetterie
  • + 22 % de fréquentation des productions lyriques
  • + 7 % de fréquentation pour le ballet (taux de remplissage de 99 %)
  • Environ 7 000 abonnés

 

L’ÉTÉ À L’OPÉRA

La période estivale ne sera pas synonyme de repos pour l’Opéra national de Bordeaux. Sous l’intitulé « L’été à l’opéra », sa programmation estivale se veut, festive, accessible et solidaire à travers 8 rendez-vous gratuits et 2 concerts payants. Ses artistes se retrouveront notamment à Darwin Ecosystème et à l’I.Boat. Deux concerts à l’auditorium sont programmés dans le cadre des « Estivales de Musique en Médoc » et du festival Pulsations. Enfin, l’exposition d’été au Grand-Théâtre mettra à l’honneur les « Bêtes de scènes, démons et merveilles », source inépuisable d’inspiration, miroir à nous tendu, où les costumes, décors et accessoires témoignent du savoir-faire des ateliers de l’Opéra national de Bordeaux.

2021-2022

123 programmes annoncés (contre 120 en 2020-2021),

248 levers de rideaux (230 étaient annoncés la saison précédente).