Couverture du journal du 20/05/2022 Consulter le journal

Application Elyze : Grégoire Cazcarra, un Bordelais pour l’Élysée

À 22 ans, ce brillant étudiant bordelais connaît actuellement un tourbillon médiatique fulgurant. L’application qu’il a lancée début janvier – Elyze – a déjà été téléchargée plus de 2 millions de fois dans toute la France. Elyze propose en effet aux internautes de trouver le candidat à la présidentielle qui leur convient le mieux. Mais son engouement a soulevé beaucoup de critiques sur la façon dont sont gérées les données personnelles politiques sur le web. Jeune homme de son temps et bien dans ses baskets, Grégoire Cazcarra revient sur son parcours et son succès qu’il espère inscrire dans le temps.

application Elyze, Grégoire Cazcarra, présidentielle 2022, bordeaux

Grégoire Cazcarra © Atelier Gallien - Echos Judicaires Girondins

EJG : Comment avez-vous eu l’idée de cette appli Elyse ?

Grégoire Cazcarra : « En juin 2017, au lendemain d’élections législatives frappées par des records d’abstention, j’ai fondé à Bordeaux, avec des amis lycéens, le mouvement citoyen a-partisan Les Engagés !. J’avais 17 ans, pas encore le droit de vote, mais une frustration : celle de voir mes amis et camarades de classe éloignés de la politique, déjà défiants ou désenchantés, et pour certains détachés du vote.

Elyze s’inscrit dans le prolongement de mes précédents engagements. Même si je mûrissais l’idée de développer une application mobile autour du vote depuis très longtemps, l’aventure n’a véritablement commencé qu’en octobre 2021, lorsque j’ai appelé François Mari, ami étudiant, membre de mon mouvement Les Engagés ! et « codeur » informatique à ses heures perdues, pour lui proposer de porter ce projet ensemble.

Nous avons cocréé Elyze à quatre mains : à lui le développement « technique » de l’application, à moi le pilotage du projet et de l’équipe. Deux entrepreneurs des médias, Wallerand Moullé-Berteaux, fondateur du « Crayon Média », et Gaspard G, journaliste et Youtubeur, nous ont rejoints, en plus de la trentaine de bénévoles du mouvement Les Engagés !, issus de toute la France et majoritairement étudiants, qui composent l’équipe. Après deux mois de travail, nous avons finalement lancé publiquement l’application le 2 janvier 2022. En quelques heures, celle-ci s’est propagée bien au-delà de nos cercles personnels, et en quinze jours nous avions atteint le cap symbolique du million de téléchargements. Le début d’une folle aventure ! »

Elyze a connu une croissance vertigineuse en devenant l’application la plus téléchargée de France

application Elyze, Grégoire Cazcarra, présidentielle 2022, bordeaux

© Shutterstock

EJG : Qu’est-ce qui vous anime réellement ?

Grégoire Cazcarra : « Comme vous l’aurez compris, en parallèle de mon parcours étudiant, j’ai toujours aimé lancer et piloter des projets. Trouver une idée, rassembler une équipe, accompagner le projet de A à Z et enfin le voir sortir de terre : c’est cette adrénaline qui me motive au quotidien. S’engager, c’est aussi faire des rencontres assez incroyables ; ces dernières années, j’ai rencontré des personnalités inspirantes qui m’ont aidé à avancer, et que je n’aurais jamais croisées dans ma vie autrement. Plusieurs de ces « camarades d’engagement » sont devenus des amis intimes. Toutefois, je vous dois une confidence : même si j’étudie et vis à Paris depuis bientôt cinq ans, le Sud-Ouest me manque et je compte bien retrouver notre belle région le plus vite possible ! »

 

EJG : Comment voyez-vous l’avenir de votre appli : création d’une start-up ? Business ? Quelles perspectives de développement avez-vous prévu ?

Grégoire Cazcarra : « Notre urgence, c’est déjà de gérer l’afflux de nouveaux utilisateurs sur l’application, qui continue à s’accélérer, et de prévenir les failles et bugs qui pourraient survenir. L’autre priorité consiste bien sûr à actualiser les propositions qui figurent sur l’application, au fil de la campagne et au fur et à mesure que les candidats en dévoilent de nouvelles. À moyen terme, nous aimerions implémenter de nouvelles fonctionnalités d’ici à l’élection, notamment pour proposer davantage de contenus pédagogiques.

Je m’intéresse aux « civic tech », ces technologies qui se développent pour améliorer la démocratie

Plusieurs scénarios sont possibles pour l’avenir d’Elyze : déclinaison pour d’autres élections, dans d’autres territoires (notre initiative a été relayée dans la presse américaine, espagnole, italienne, britannique…), ou même une évolution plus structurelle de l’application. Le jeu reste ouvert mais nous espérons en tout cas que l’aventure pourra se poursuivre sur le long terme. Depuis plusieurs années, je m’intéresse au développement des « civic tech », ces technologies qui se développent pour améliorer la démocratie et les interactions entre citoyens et acteurs de la vie publique. L’avenir nous dira si Elyze a le potentiel pour en devenir une à son tour ! »

 

EJG : Quels sont vos prochains projets : vous engager réellement en politique ou bien devenir chef d’entreprise ?

application Elyze, Grégoire Cazcarra, présidentielle 2022, bordeaux

Grégoire Cazcarra © Atelier Gallien – Echos Judicaires Girondins

Grégoire Cazcarra : « Je m’inscris dans une aspiration à rester libre, à ne pas m’enfermer indéfiniment dans une voie unique et surtout à faire un métier qui ait du sens, corresponde à mes valeurs et à mes passions. Même s’il ne faut pas injurier l’avenir, je ne me vois pas, très sincèrement, exercer le même métier ou travailler au sein de la même structure pendant les quarante prochaines années. Auteur, dirigeant associatif et pourquoi pas demain entrepreneur, élu local ou responsable politique : j’espère avoir la chance de vivre et d’expérimenter ces différentes « casquettes » au fil des prochaines années ! »

 

EJG : Vous connaissez actuellement une couverture médiatique puissante et des sollicitations en tout genre : comment gérez-vous personnellement ce tourbillon ?

Grégoire Cazcarra : « L’application a connu une croissance assez vertigineuse en devenant rapidement l’application la plus téléchargée en France. Et ce sans dépenser un centime en frais de communication : la viralité de l’application s’est propagée de façon organique, grâce au bouche- à-oreille et aux relais sur les réseaux sociaux. Jamais évidemment, même dans nos pronostics les plus fous, nous n’aurions pu imaginer de tels chiffres. Mais forcément, cette notoriété est à double tranchant : après les éloges sont rapidement arrivées les critiques et même – c’est là tout le drame des réseaux sociaux – les attaques ad hominem. Comme toujours lorsqu’on lance un projet, l’immense majorité des critiques sont constructives (heureusement !), mais certaines le sont beaucoup moins. Sur Twitter notamment, l’agressivité prend souvent le dessus, au détriment du débat et de l’échange apaisé.

Le tourbillon autour du projet est en tout cas une expérience aussi épuisante que passionnante. Elle oblige à mener combat sur tous les fronts : répondre aux sollicitations médiatiques (parfois intempestives), corriger les bugs et mettre à jour l’application, communiquer sur les réseaux sociaux, animer l’équipe de bénévoles qui travaille sur le projet, imaginer les futures fonctionnalités… Évidemment, ce n’est pas toujours simple à gérer, surtout en parallèle des études et des examens : les nuits sont courtes ! (Rires.) Mais tous ces projets me passionnent, je prends un plaisir fou à les mener au quotidien et j’ai en plus la chance d’être entouré d’autres jeunes passionnés et bienveillants. Surtout, les encouragements que nous recevons chaque jour constituent la plus belle des récompenses. Des centaines de jeunes nous écrivent pour nous expliquer qu’en dépit de leur aversion initiale pour la politique, l’application Elyze les motive à se ré-intéresser à la campagne et même à aller voter en avril.»

 

EJG : Qu’avez-vous à répondre à vos détracteurs ?

Grégoire Cazcarra : « Des utilisateurs se sont notamment inquiétés de notre usage des données – anonymisées et facultatives – collectées par l’application. Malgré notre engagement, depuis le premier jour, à rester strictement neutres et a-partisans, et à utiliser ces informations à des fins scientifiques (en collaboration avec des centres de recherche ou des think tanks notamment), l’inquiétude a perduré et plusieurs médias s’en sont fait le relais. Pour ne pas entretenir la confusion et rassurer l’ensemble des utilisateurs, nous avons répondu par une décision tranchée : celle de supprimer, purement et simplement, toutes les données collectées sur l’application. Dans le même temps, par souci de transparence, nous avons décidé également de partager le code de l’application en « open source », afin que chacun puisse le consulter librement en ligne. »

 

ELYZE, COMMENT ÇA MARCHE ?

Elyze est une application mobile, accessible à tous gratuitement sur smartphone, qui vise à réconcilier les jeunes (et, plus largement, tous les citoyens) avec le vote. Son fonctionnement est simple et ludique, c’est sans doute ce qui lui a permis rapidement de conquérir un large public. Lorsque vous téléchargez l’application, des propositions de candidats, anonymisées, apparaissent aléatoirement sur l’écran, pour lesquelles vous n’avez qu’à « swiper », c’est-à-dire voter en faisant glisser votre doigt vers la droite si vous êtes pour la proposition, vers la gauche si vous êtes contre ou vers le bas si vous ne souhaitez pas vous prononcer. En fonction de vos votes, l’algorithme calcule votre niveau d’affinité, en pourcentage, avec chacun des candidats et génère un classement préférentiel. Ainsi, en quelques minutes, vous pouvez découvrir de quel candidat vous êtes le plus proche. Au total, presque 500 propositions sont recensées sur l’application, autant par candidat. « L’application n’a pas vocation à délivrer une consigne de vote et nous invitons chaque utilisateur à consulter en détail les programmes officiels des candidats dès qu’ils seront publiés, pour se forger un avis plus précis. »