Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Le bio boosté par la crise

Le marché bio, qui était déjà en forte croissance, a largement profité de la crise. Pour Natexbio, qui fédère les professionnels du secteur, tous les indicateurs sont au vert. Le salon Natexpo se tiendra à Lyon, en septembre. En présentiel.

Parmi les secteurs qui ont bénéficié du confinement, il figure en bonne place : le bio, dont la consommation a explosé. C’est ce que dévoile Natexbio, fédération de syndicats qui représente quelque 5 000 entreprises du secteur (40 000 collaborateurs et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Le 18 juin, lors d’une conférence de presse en ligne, la fédération annonçait la tenue de son salon annuel Natexpo, à Lyon, les 21 et 22 septembre, et proposait un décryptage de la récente évolution et des tendances à venir. 

Tout d’abord, « la crise sanitaire a été un accélérateur de tendances », analyse Pierrick de Ronne, président de Natexbio, évoquant le local, le circuit court, ou encore le commerce équitable. Durant la crise, la demande a crû dans tous les circuits de distribution, d’après une étude de BioLinéaires et Ecozept : dans les grandes surfaces, les ventes d’aliments bio ont fait un bond de 63 % en valeur sur la première semaine de confinement, par rapport à la même période en 2019. Et neuf magasins spécialisés bio sur 10 ont vu croître leur chiffre d’affaires. Chez eux, le montant moyen des paniers a nettement augmenté (environ + 55 %). En termes de produits, si les fruits, légumes et produits laitiers restent en tête, d’autres ont vu leur demande augmenter, dont les légumes secs (+ 4 %), les pâtes, riz et céréales (+ 3 %), mais aussi les surgelés (+ 4 %). « La forte accélération du surgelé durant la crise est probablement liée à l’arrivée de nouveaux entrants qui ont reporté leur manière traditionnelle de consommer sur le bio », analyse Valérie Lemant, gestionnaire d’événements chez Natexpo. De fait, la tendance est massive : les boutiques bio ont vu arriver 22 % de nouveaux clients. 

« C’est une très bonne nouvelle, il va falloir les fidéliser », commente Patricia Berthomier-Massip, présidente de Spas Organisation, qui organise Natexpo. Durant la crise, les distributeurs de produits bio ont su s’adapter : 83 % des magasins ont fait appel à nouveaux fournisseurs, dans de nombreux cas, locaux. Par ailleurs, environ le tiers d’entre eux ont mis en place des services de vente à distance. « Le renouvellement des clients s’opère sans perte du socle des fidèles ». Avant la pandémie, le marché bio était déjà « en croissance soutenue depuis des années », rappelle Patricia Berthomier-Massip. Tous les indicateurs sont au vert. En 2018, l’alimentaire – qui constitue l’essentiel de ce marché – pesait 9,7 milliards d’euros, ce qui en faisait le deuxième marché européen en valeur. Taux de croissance : plus de 15 %. Et il reste de la marge, puisque le bio représente environ 5 % de la consommation alimentaire des ménages, d’après l’Agence Bio. Naissant, le marché de la cosmétique se déploie aussi, avec un chiffre d’affaires de 757 millions d’euros en 2018, soit + 18,7 %, par rapport à 2017. Témoin de la croissance du secteur, la distribution s’étoffe, avec des points de vente qui se multiplient : 204 de plus en 2019. A présent, la France compte 3 053 points de vente spécialisés bio, tandis que la grande distribution et les magasins de proximité développent des linéaires consacrés à ce type de produits. Côté clients, « la consommation de produits bio est assise sur une part de consommateurs très fidèles depuis longtemps, qui représentent le chiffre d’affaires le plus important, mais aussi une part significative de consommateurs arrivés depuis moins de cinq ans. Le renouvellement des clients s’opère sans perte du socle des fidèles », analyse Valérie Lemant.

En fait, c’est bien un élargissement et un approfondissement du marché qui s’opère : 9 consommateurs sur 10 consomment des produits bio, ne serait-ce que rarement. Et chez la moitié des adeptes du bio, la part de ces produits va de 75 % à 90 % sur le total de leurs achats… Par ailleurs, si la motivation première à acheter du bio, encore renforcée par la crise, demeure la santé, « par tranche d’âge, les motivations ne sont pas les mêmes », constate Valérie Lemant. Les 18 à 24 ans sont contre le gaspillage et pour la lutte contre le réchauffement climatique, les 25-34 ans, pour la diminution du plastique et des emballages et le respect de la condition animale, quand les plus de 65 ans aiment les produits locaux, de saison, avec moins de pesticides…

Élargissement ou dilution?

Plusieurs sujets d’inquiétude émergent néanmoins, dans ce panorama de forte croissance. Le premier est circonstanciel :  en raison de la désorganisation des rayons dans les magasins et de l’inquiétude des consommateurs sur les questions hygiéniques dans le contexte de pandémie, le marché du vrac, émergent, a souffert. « Il y a un sujet de réassurance » sur la sécurité hygiénique du vrac, admet Pierrick de Ronne, qui attend des études qui permettraient de répondre aux préoccupations des consommateurs. 

Mais au-delà de cette difficulté issue des circonstances, les autres potentiels problèmes du bio identifiés par Natexbio naissent de son succès et de sa diffusion dans des circuits de distribution grand public. Avec, en premier lieu, une possible guerre des prix dans la grande-distribution : « elle a l’air d’être annoncée (…), mon inquiétude porte sur le monde agricole, car on sait que, dans ces cas, ce sont les agriculteurs la variable d’ajustement », analyse Pierrick de Ronne. Le président de Natexbio invite les acteurs de la filière à « garder la tête froide, ne pas éluder la question du prix, mais garder l’ambition d’un commerce plus équitable et de partir des coûts de production. (…) C’est le rôle de la filière bio d’expliquer ce qu’est un prix, d’être pédagogue ». Autre difficulté engendrée par le succès rencontré par le bio, d’après Natexbio : les taux de croissance à deux chiffres du marché attirent de nouveaux entrants, qui, plus soucieux de profit que d’éthique, s’efforceraient d’obtenir un assouplissement des règles d’obtention du label. « De nombreux acteurs qui rentrent voient le bio comme une part de marché, ce que ne défendent pas les syndicats qui le voient comme une transformation profonde(…). Ces deux mondes se confrontent au niveau européen », précise Pierrick de Ronne, qui avoue son « inquiétude ».

Mais pour l’heure, la tenue du salon Natexpo, en présentiel, – avec un pendant digital – sera l’occasion pour les professionnels de se retrouver. Quelque 700 exposants, dont 200 nouveaux, et 10 000 visiteurs sont attendus. Et les chiffres de pré-inscriptions sont en ligne avec ceux de l’édition précédente du salon, d’après les organisateurs.