Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

La « tech » peut-elle nous sortir de la crise ?

Comment l’intelligence artificielle, l’analyse des données ou le « big data » et les nouvelles technologies, dont le Cloud computing, peuvent-elles aider à sortir de la crise du Covid-19 ?

Dans les entreprises, comme dans les collectivités, la crise sanitaire peut donner l’opportunité d’adopter de nouvelles solutions numériques : le télétravail, les applications collaboratives, la visioconférence, les « web séminaires » ou encore les modules de formation en ligne ou « moocs » facilement utilisables comme Pitchboy, Dataiku, etc.

Beaucoup d’autres bonnes idées pourraient contribuer à une sortie de crise et à une relance de l’activité rapides. Pourquoi ne pas automatiser plus de tâches, généraliser la signature électronique, ou encore analyser de très gros volumes de données (big data) et les modéliser pour être appliquées à différents métiers et utiliser des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) et d’apprentissage automatique (machine learning) ? Ajoutons-y le recours aux applications et aux infrastructures Cloud disponibles à la demande, comme, entre autres, Azure (Microsoft et OpenAI), AWS (Amazon Connect) ou OVH Cloud permettant d’œuvrer en quelques heures.

L’OCDE PRÉCONISE 19 MESURES

« Les technologies et les outils d’IA jouent un rôle clé dans tous les aspects de la réponse à la crise du COVID-19 », constate un rapport de l’organisme économique OCDE de mai dernier, qui résume 19 mesures possibles. L’enjeu ? « Mieux connaître ce coronavirus et accélérer la recherche sur les médicaments et les traitements. » Il s’agit de «prévenir ou ralentir la propagation du virus (…) ».

Ainsi, il faut « encourager le partage d’ensembles de données et de modèles médicaux, moléculaires et scientifiques sur des plateformes collaboratives ». Et les chercheurs doivent « avoir accès à la capacité de calcul nécessaire ». Autre suggestion : « Les modèles d’apprentissage profond (deep learning) peuvent aider à prévoir des médicaments ou des traitements anciens et nouveaux ».

La mode est aussi aux assistants virtuels ou « chatbots ». Ainsi, la Croix Rouge les teste pour faciliter les diagnostics. Une question clé se pose néanmoins : comment respecter les données personnelles ? Peut-on imposer la traçabilité des personnes contagieuses et de leurs proches ? Quelles solutions ne sont pas intrusives ? N’y a-t-il pas un risque d’utilisation abusive de drones pour la surveillance avec reconnaissance d’images ?

Pour l’accès aux données, l’OCDE vante les plateformes « ouvertes » comme celle de Kaggle ou l’Open Research Dataset Challenge (USA) proposant 29 000 articles universitaires sur les coronavirus ou encore l’Université Johns-Hopkins de Baltimore. Pour l’accès à la puissance de calcul informatique, est mentionnée l’initiative Folding@home (FAH) de la St Louis School of Medecine de Washington. D’autres initiatives intéressantes sont à noter comme les concours de développeurs ou  « hackathons ». Un exemple : le « CoronaHack », pour valoriser des algorithmes pertinents.

En France, citons les plateformes Covid19-dataexchange.org (Dawex) et Opendatasoft.com et open-solidarity.com d’OVH – ou encore, pour le secteur de la distribution, Verteego.com.

Encore faut-il y croire… L’histoire dira si l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a réagi suffisamment tôt. Le 31 décembre 2019, la start-up en IA médicale de Toronto (Canada), BlueDot a donné l’une des premières alertes du Covid-19. Analysant régulièrement, à l’aide d’un algorithme né à Singapour, des millions d’informations depuis l’épisode du coronavirus SRAS de 2003, elle a signalé les 27 premiers cas de pneumonie suspects, autour du marché d’animaux de Wuhan en Chine. Neuf jours plus tard, l’OMS l’a reconnu.

LES TECHNOLOGIES POUR SORTIR DE LA CRISE

Dans le contexte de la sortie de crise, les technologies numériques peuvent, « augmenter la productivité de 15 à 20 % dans les usines françaises », estime Olivier Scalabre, directeur associé du Boston Consulting Group. Parmi les technologies, il cite la « réalité augmentée » pour former les personnels, ou encore le contrôle numérique des chaînes d’approvisionnement pour prévenir les perturbations, ainsi que l‘IA «pour mieux analyser la demande et mieux orienter la production». 

Autant que possible, la reprise de notre base industrielle sera « verte » : « les technologies existantes pourraient réduire les émissions de gaz à effet de serre de 75 % », tout en créant des emplois. Mais il reste à inventer les usines de demain « intelligentes » (« smart »), « en s’appuyant sur les nanotechnologies, l’informatique quantique, l’apprentissage profond et le « generative design » (conception générative) ». Bref, tout à réinventer ?