Couverture du journal du 15/10/2021 Consulter le journal

Expertise-comptable, la nouvelle ambition d’Extencia avec Dominique Ascarateil

Ancien tennisman, Dominique Ascarateil, cofondateur du cabinet bordelais d’experts-comptables Extencia, cultive le même dynamisme pour manager et développer le groupe. Dernier projet lancé, "Boost by Extencia" a pour objectif de développer la marque à travers le territoire.

Dominique Ascarateil EXTENCIA

Dominique Ascarateil, Directeur Général d'EXTENCIA © Atelier Gallien / Echos Judiciaires Girondins

Échos Judiciaires Girondins : Pouvez-vous nous retracer votre parcours jusqu’à la création d’Extencia ?

Dominique Ascarateil : « Je suis un vrai Bordelais ! Après mon bac à Tivoli et le monitorat de tennis au CREPS à Talence, je suis devenu prof de tennis. C’est pendant le service militaire que j’ai décidé de reprendre les études, en suivant l’ISEG (école de commerce, NDLR) qui m’a préparé au DSCG, l’école des experts-comptables, tout en enseignant le tennis à l’US Bouscat. J’ai effectué mes 3 années de stage dans le cabinet Bez, qui a aussi été président des Girondins de Bordeaux. C’était quelqu’un de haut en couleur. Mais comme ses fils et filles allaient prendre sa suite, je n’ai pas pu m’associer. J’ai donc décidé d’intégrer le cabinet de Maurice Sarrazy, et c’est là que j’ai rencontré Michel Grosse, qui allait devenir mon associé. Nous avons créé Extencia ensemble et notre première acquisition a été le cabinet de Maurice Sarrazy, spécialisé en officines de pharmacies. Au fil des années, nous nous sommes diversifiés. On en a racheté plus de 20, passant de 25 salariés initialement à 240 ! »

 

EJG : Votre parcours est atypique, comment passe-t-on de prof de tennis à expert-comptable ?

Dominique Ascarateil : « Le service militaire a été le détonateur. Cet environnement, qui ne me correspondait pas vraiment, m’a donné envie de suivre un cursus qui me permettait de faire ce qui me plaît : côtoyer le milieu des affaires, la bourse, les entreprises. Les études d’experts-comptables sont accessibles et très complètes, on y apprend, en plus de la comptabilité, le droit, la gestion financière, les langues… Je n’ai pas de famille dans ce milieu, c’était totalement spontané. Mon expérience de prof de tennis m’a servi, déjà par son réseau. Michel Grosse a aussi joué au rugby en 2e division, on avait en commun cette culture du sport, du dynamisme, et la volonté de nous développer sans arrière-pensée. »

 

EJG : Ces valeurs se retrouvent dans votre groupe ?

Dominique Ascarateil : « Tout à fait. On a un service marketing et communication qui nous aide dans ce sens, pour créer sur chaque site des événements communs. Chaque année, on a des formats de séminaires adaptés aux associés, aux managers, ou aux différents sites. Chaque séminaire a ses thèmes. Parfois c’est tourné vers les clients, parfois vers nos nouvelles stratégies, cela varie. Les clients sont très attachés à leur expert-comptable, c’est une relation intuitu personae. Ce sont des libéraux, très attachés à leur liberté. Sur 22 000 experts-comptables, la majorité sont seuls avec des cabinets de moins de 10 salariés. La tendance générale est celle-là. Il y en a pour tout le monde. On peut exercer la profession de différente façon et chacun y est heureux à sa manière. Ma façon c’était de grandir et de donner l’opportunité à ceux avec qui je travaille de prendre à leur compte cet esprit. Extencia appartient à tout le monde, y compris aux derniers arrivés. Ce qu’on a mis en place est repris par tout le monde et nous échappe d’une certaine façon, dans le bon sens ! »

Avec mon associé Michel Grosse, on avait en commun la culture du sport, du dynamisme, et la volonté de nous développer

Dominique Ascarateil EXTENCIA

Dominique Ascarateil, Directeur Général d’EXTENCIA © Atelier Gallien / Echos Judiciaires Girondins

EJG : Développer Extencia a de suite fait partie de vos priorités…

Dominique Ascarateil : « Notre choix d’origine était celui de racheter le cabinet dans lequel on s’est rencontré, c’était un choix naturel. Ensuite, on s’est dit que c’était une bonne formule pour occuper nos collaborateurs, leur apporter des perspectives, pour permettre à des salariés de devenir associés, mais aussi à des collaborateurs qui pouvaient évoluer à leur poste. Aujourd’hui 100 % des chefs de service, des managers, ont commencé avec nous. On a créé un service juridique qui est passé de 1 à 14 personnes, un service social qui représente 30 salariés. Ces parcours de vie professionnelle ont été rendus possibles en interne parce qu’on a eu ces opportunités de rachat et de développement. On a des personnes qui sont là depuis le début de leur carrière et qui sont à des postes clés. »

 

EJG : Vous êtes très présents en Gironde et le Sud-Ouest représente 75 % de votre chiffre d’affaires. Comment envisagez-vous votre présence sur le territoire ?

Dominique Ascarateil : « On a 4 grands pôles : Gironde, Pays basque, Lyon/Grenoble et Paris. On est 100 sur notre site (rue Claude-Boucher à Bordeaux) répartis sur 3 bâtiments voisins. Il a fallu s’étoffer car on a acheté des cabinets en Gironde : Bordeaux, Lesparre, Libourne, Langon. Puis il y a eu Lyon et Grenoble il y a 4 ans. J’ai beaucoup aimé cette période de vie, qui m’a permis de découvrir Lyon. Enfin, j’ai passé la main, puis j’ai racheté un cabinet à Paris, que je gère personnellement. J’y passe maintenant la moitié de la semaine. Nous sommes propriétaires d’une dizaine de bâtiments en France, ce qui représente 5 500 m2. L’immobilier fait partie de l’aventure Extencia, c’est un élément de développement, car quand vous avez des surfaces disponibles, vous avez toujours tendance à vouloir les remplir. L’immobilier est un formidable vecteur de croissance. A contrario, quand les locaux sont remplis, c’est un petit empêchement au développement. Notre prochain objectif sera d’acheter à Paris. Nous avons 25 collaborateurs dans notre cabinet du 9e arrondissement, mais nous voulons le faire évoluer. Nous avons quelques pistes de rachat. »

 

EJG : Pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet ?

Dominique Ascarateil : « On a décidé justement d’une nouvelle stratégie : Boost by Extencia qui consiste à développer la marque Extencia en France et en Outre-mer. L’idée est de proposer à des cabinets de petite taille, ou à des experts-comptables proches de la retraite, de prendre la bannière Extencia sous la forme d’un contrat de licence de marque. En contrepartie, ils bénéficient des services qu’on peut mettre à leur disposition, et qui ont très bien fonctionné pour notre développement, notamment des supports marketing et de communication, mais aussi des supports de gestion interne pour les aider au quotidien, en traitant leur problématique de ressources humaines, de facturation, d’informatique. On met aussi à leur disposition nos services juridique et RH, pour créer un réseau de cabinets Extencia. On propose juste une participation minoritaire dans le cabinet qui portera le nom d’Extencia pour avoir un lien juridique et une logique entrepreneuriale. On propose notre savoir-faire et nos compétences. On veut développer cette stratégie dans les années qui viennent. Pour cela, nous serons présents au prochain congrès des experts-comptables à Bordeaux en octobre. Notre objectif est de pouvoir chaque année amalgamer une poignée de cabinets. »

 

EJG : La profession évolue, comment vivez-vous ces transformations ?

Dominique Ascarateil : « On dit depuis des années que la profession va évoluer, que le cœur de métier qui consiste à faire de la saisie comptable va disparaître. On le disait déjà il y a 20 ans, ça se fait à une vitesse assez lente ! Notre profession est réglementée, s’il y a un ordre des experts-comptables c’est que nul n’a le droit de faire de la tenue de comptabilité qu’un expert-comptable inscrit à l’ordre. La profession évolue donc au rythme des décrets et des mesures, mais elle doit encore parcourir du chemin. Tout au long de ma carrière, j’ai rencontré des experts-comptables qui sont dans un mode de fonctionnement à l’ancienne. Pour un certain nombre de clients, ça ne pose aucun problème car ce qui compte c’est la relation de confiance qui s’est instaurée. À partir de là, tout est possible. Notre profession se modernise mais elle est composée de professionnels qui traitent leurs affaires de manière très différente entre les anciens et les jeunes qui n’ont même plus de placard. Le problème du papier est résolu. Tout est numérisé ! »

Se développer, c’est la bonne formule pour occuper nos collaborateurs, leur apporter des perspectives

EJG : À propos des jeunes justement, vous avez lancé il y a quelques mois « You by Extencia »

Dominique Ascarateil : « C’est une formidable idée. À l’instar de Boost, c’est un nouveau concept, une organisation qui s’adresse à de jeunes entrepreneurs créateurs, ou à des start-ups en devenir, on leur propose un service conforme à leurs attentes. Ce sont des collaborateurs 2.0 qui s’en occupent ! On leur offre un maximum de digitalisation dans la prestation comptable. Pour renforcer cette idée, on a fait un partenariat avec la halle Héméra, on a des bureaux là-bas parce que c’est là qu’on trouve de jeunes entreprises. On l’a créé également à Lyon. On utilise un logiciel qui répond au nom de Tiime. Ils nous envoient des pièces comptables qu’on traite à partir de ça. C’est très souple, ça facilite les choses, et on met en face des équipes jeunes. Il y a des clients qui viennent avec toutes leurs piles de factures et qui veulent un rapport direct avec leur comptable. Ce sont des entrepreneurs, des artisans, des commerçants… et il y a des jeunes qui ont une autre approche et c’est à nous de nous adapter. »

 

EJG : Vous avez un staff plutôt jeune…

Dominique Ascarateil : « C’est toujours aussi difficile de recruter : on a des besoins. Notre profession a souffert d’une mauvaise image, en raison de la surcharge de travail, on a effrayé les éventuels candidats. Le marché de l’emploi a évolué et s’est retourné. Sont venus s’interposer les cabinets de recrutement qui essaient de placer les collaborateurs. Je ne reçois plus de candidatures spontanées comme il y a encore 10 ans. J’ai fait un choix, celui des contrats aidés : apprentis ou contrats de qualification. Je trouve que c’est un formidable moyen de recruter. Ce sont des jeunes qu’on forme, et quand ils ont fini, il y en a un sur deux qui reste. À Paris par exemple, sur 25 salariés, j’ai recruté en septembre 3 apprentis, et l’année prochaine, j’en recruterai 3 autres sur 2 ou 3 ans. Cela crée un roulement. J’aurai formé des jeunes que je connaîtrai. On s’adapte. C’est une profession qui s’est aussi beaucoup féminisée. Dans le groupe Extencia, il y a 75 % de femmes, mais seulement une associée. Cela fait partie de mes ambitions, je voudrais augmenter cette représentation car ce n’est pas un choix volontaire. J’ai bon espoir de rééquilibrer les choses. »

 

EJG : Vous aviez fixé l’objectif de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’avez-vous atteint malgré les confinements ?

Dominique Ascarateil : « Les confinements n’ont pas impacté notre profession. On nous a beaucoup sollicités. Ce qui nous a pénalisés c’est le télétravail. C’est pratique, mais moins efficace que d’être sur place. Si bien que les collaborateurs ont demandé à revenir. Quant à la charge de travail, elle n’a jamais été aussi importante. Les entreprises sont éligibles à certaines aides, elles nous demandent de nous en occuper. Il y a eu presque un tiers de moins de dépôts de bilan car les entreprises ont eu des aides. Par ricochet, nous avons été très sollicités, et notre profession a été très réactive. »

 

EJG : Comment sentez-vous vos clients ? Il y a les aides mais aussi la perspective des remboursements…

Dominique Ascarateil : Certains ont pensé qu’ils n’auraient rien à rembourser, d’autres n’avaient pas besoin des PGE mais les ont pris quand même, donc c’est évident qu’il va falloir régulariser tout ça. La réaction des pouvoirs publics a été formidable : tous ces moyens mis en place pour permettre aux entreprises de continuer à exister : le chômage partiel, les PGE, les aides Covid, les reports de charges sociales, c’est incroyable. Maintenant on a quand même cette interrogation de toutes ces aides mises à la disposition des entreprises, il va bien falloir les rembourser, on est un peu inquiet par rapport à ça. Les entreprises vont devoir rembourser certes, mais on leur donne du temps pour le faire, et l’activité va repartir d’un coup. Les gens ont envie de sortir, de consommer. On peut s’attendre à un phénomène inverse, ça va exploser à partir de la rentrée prochaine. J’y crois car je suis de nature optimiste ! »

Avec Boost by Extencia, l’idée est de proposer à des cabinets de prendre la bannière Extencia sous la forme d’un contrat de licence de marque

LE GROUPE EXTENCIA EN CHIFFRES

Chiffre d’affaires (consolidé prévisionnel au 31/08/2021) : 20 M€

5 500 clients

11 sites d’implantation Bordeaux 1 et 2, Paris, Lyon, Grenoble, Anglet, Bruges, Langon, Libourne, Lesparre, Villenave-d’Ornon

240 collaborateurs

11 associés

 

LE GROUPE EXTENCIA EN 10 DATES

1999 : Création par Michel Grosse et Dominique Ascarateil de la société d’Expertise Comptable Extencia (ASR Aquitaine)

2001 : Acquisition du cabinet d’expertise comptable Maurice Sarrazy, spécialisé en officines de pharmacies, qui compte 30 salariés au Bouscat et à Anglet

2003 : Installation du siège social 2 rue Claude-Boucher à Bordeaux (tout près de la clinique Bordeaux-Nord), et intégration de 2 nouveaux associés : Bruno Boirie et Cédric Bourdier

2010 : Rachat du cabinet Fidec, Walter Motard rejoint l’équipe comme 5e associé. Le groupe compte désormais 90 salariés

2015-2016 : David Brachet, Julien Grosse et Thomas Grosse rejoignent l’association

2017 : Implantation à Lyon et Grenoble, Pierre Ribac intègre l’association

2018 : Création d’Extencia RH afin de dynamiser l’offre en Ressources Humaines de haut niveau

2019 : Extencia s’implante à Paris. Départ à la retraite de Michel Grosse, et création de l’offre You By Extencia

2020 : Intégration de 3 nouveaux associés : Cécile Dominici, Pascal Chorro et Thomas Hardy

2021 : Lancement de l’offre Boost By Extencia, destinée à mailler le territoire