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Chypre : l’île au trésor

Depuis début avril, l’aéroport de Bordeaux-Mérignac est relié à Paphos (à l’ouest de l’île de Chypre) à raison de deux vols directs par semaine opérés par Ryanair. L’engouement est grandissant pour cette destination riche de sites et de paysages à couper le souffle, au plus près de l’Orient... Consule de Chypre à Bordeaux depuis 2016, Eva Michaeloudes-Montarnier nous explique pourquoi il faut absolument (re)découvrir Chypre, son fort potentiel touristique grand public et affaires.

CHYPRE ROCHER APHRODITE

CHYPRE © D. R

Echos Judiciaires Girondins : En tant que consule de Chypre à Bordeaux, vous avez beaucoup œuvré pour la création de cette ligne directe : quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Eva Michaeloudes-Montarnier : « Ces vols directs facilitent la vie ! Auparavant, il fallait au minimum une bonne journée de voyage si ce n’était plus avec les attentes pour les correspondances. C’est donc pour moi une énorme satisfaction de voir l’aboutissement de ce travail entre l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, et divers ministères de Chypre, en particulier ceux du Tourisme et des Infrastructures. Aussi nous nous employons à faire en sorte que la ligne devienne pérenne. »

EJG : Quels sont les premiers résultats de fréquentation de cette ligne : sont-ils encourageants ? Pensez-vous que cette ligne pour le moment saisonnière deviendra régulière ?

E. M.-M. : « Lorsque la rotation est devenue bihebdomadaire, départ les mardis et les samedis, l’aéroport de Bordeaux m’a indiqué que tous les vols étaient pleins. Nous espérons que la fréquentation se maintiendra au-delà de l’effet de nouveauté et de découverte. »

 

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EJG : Que diriez-vous aux Bordelais et Néo-Aquitains pour les inciter à découvrir votre île ? Paysages magnifiques ? Hospitalité des Chypriotes ? Gastronomie savoureuse ? Climat agréable ?

E. M.-M. : « Chypre est un concentré. Bien sûr la destination plage est présente, les sites de baignade sont nombreux et l’offre hôtelière très diversifiée et de très haut niveau ! Cependant il ne faut pas oublier la montagne et le massif du Troodos en arrière-pays qui offre des paysages inoubliables qui nous dépaysent. Pour les amateurs d’histoire et d’archéologie, l’île offre une grande densité et une grande variété de sites et de musées allant de la Préhistoire à la période moderne. Chypre recèle un nombre fabuleux d’églises, classées au patrimoine mondial de l’Unesco, qui ont conservé leurs peintures murales avec des fonds bleus lapis lazuli profonds en particulier de l’époque des Comnènes (époque byzantine) et vert d’eau à la Renaissance. Chypre fut aussi un royaume latin français gouverné par les Lusignan originaires de la cité poitevine éponyme. Les constructions laissées par les Francs y sont aussi légion dont deux cathédrales gothiques qui ont vu le sacre des rois de Chypre, à Nicosie, et de Jérusalem, à Famagouste. Autre aspect important, le climat est plutôt doux et l’île se laisse parcourir en toutes saisons mais le printemps est tout de même la meilleure période et offre une palette chromatique stupéfiante. »

Chypre est un concentré. Bien sûr la destination plage est présente avec de nombreux sites de baignades. Mais il ne faut pas oublier la montagne et le massif du Troodos qui offre des paysages inoubliables

EJG : Si vous deviez nous mentionner vos sites remarquables préférés de Chypre ?

E. M.-M. : « Pour la baignade, les plages de Limassol, Larnaca, Paphos et Ayia-Napa sont un régal. Bien sûr nous n’oublions pas nos plages de sable et d’eau turquoise de Famagouste qui se trouvent malheureusement dans la zone occupée (par la Turquie depuis 1974) à l’est de l’île. Le Troodos est un must surtout lors des fortes chaleurs de l’été. C’est sur ses contreforts que l’on peut apprécier son vignoble et ses vergers mais aussi ses forêts de pins et de cèdres. Il y a également nos monastères orthodoxes, nichés dans la montagne, celui de Kykkos est à visiter absolument. »

EJG : Autre richesse culturelle de Chypre : le vin !

E. M.-M. : « En effet, Chypre est le pays où la production viticole remonte le plus haut dans le temps. Les vins de Chypre ont toujours été les plus fameux, bien avant l’Antiquité jusqu’à nos jours. Le commandaria, vin sucré (AOP), doit son nom aux commanderies templières et hospitalières. »

 

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EJG : Au-delà de l’ouverture de cette liaison aérienne Bordeaux-Chypre, quelles perspectives voyez-vous en termes de collaboration économique entre nos deux territoires ?

E. M.-M. : « Outre des liens historiques forts et anciens, la Nouvelle-Aquitaine et Chypre offrent beaucoup de complémentarités en ces temps de changement climatique. Le vignoble chypriote a été considérablement restructuré et si sa production reste modeste, eu égard à la taille de l’île, de nouvelles technologies y ont été développées pour s’adapter aux goûts de la clientèle comme l’élimination des sulfates, les traitements végans, etc. Avec un fort développement de la plaisance et la présence d’une clientèle fortunée, le domaine nautique offre de bonnes perspectives. La pisciculture a connu aussi un bon développement. Les sites sont encore nombreux à pouvoir être développés aussi bien en rivière qu’en mer. Des filières de production et de commercialisation pourraient tout à fait trouver leur place. Il y a aussi le domaine de la recherche et de l’innovation technologique où de nombreux partenariats avec des universités anglo-saxonnes et américaines trouvent divers champs d’application. Les starts-up néo-aquitaines y auraient tout à fait leur place. Ensuite il y a toute l’activité maritime. Chypre est le siège d’importantes compagnies de transports maritimes et de croisiéristes. »

EJG : Membre de la zone euro depuis 2008, Chypre affiche un réel dynamisme économique. En quoi l’île est-elle attractive pour les investisseurs ? Par une fiscalité compétitive ?

E. M.-M. : « Chypre est une place off-shore pour le Proche-Orient avec des conditions fiscales avantageuses (voir encadré). Nous avons de très nombreuses entreprises européennes qui ont leur siège à Chypre et qui commercent avec le Proche et le Moyen-Orient et au-delà. Le domaine des finances y est aussi très développé et les services en expertises juridiques et fiscales sont recherchés. L’île dispose d’un excellent réseau bancaire. Enfin le champ gazier entre Israël, l’Égypte et Chypre est porteur de beaucoup d’espoir. Total ne s’y est pas trompé et exploite un secteur. »

Eva Michaeloudes-Montarnier, consule de Chypre à Bordeaux

Eva Michaeloudes-Montarnier, consule de Chypre à Bordeaux © Louis Piquemil – Echos Judiciaires Girondins

EJG : Au niveau géopolitique, Chypre a une localisation stratégique : diriez-vous que votre île ressent les tensions du monde et de quelle manière ?

E. M.-M. : « Il ne faut pas oublier que l’île est l’unique territoire de l’Union européenne occupé par la Turquie sur 40 % de son territoire. Malgré un fort apaisement et une ouverture des frontières, la présence turque reste une grave préoccupation et les espoirs de réunification restent faibles. Dans un passé récent, Chypre a développé des accords économiques et douaniers bilatéraux avec l’Ukraine et la Russie. Le conflit actuel y a malheureusement porté un coup d’arrêt. Ce vide est aujourd’hui occupé par les Israéliens et les Arabes qui viennent aujourd’hui investir. Le champ gazier est prometteur mais il suscite aussi des convoitises notamment de la Turquie qui n’a pas de façade maritime. Le Proche-Orient reste très sensible : situation chaotique en Syrie, en Irak, en Libye, dans les territoires palestiniens voire en Égypte. La question des migrants reste très prégnante sur l’île. »

 

Chypre : Un paradis… Fiscal?

C’est peut-être une petite île de 1 million d’habitants mais elle est en passe de devenir un géant pour les affaires en raison de son environnement fiscal particulièrement favorable. Avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, Chypre est rapidement devenue le pays de prédilection des hommes d’affaires internationaux. Le régime fiscal attractif, le cadre juridique et réglementaire solide du pays, une main-d’œuvre hautement qualifiée et un emplacement privilégié (juste au sud de la Turquie et à l’est de l’île grecque de Crète, à 80 km d’Israël) font que la création d’entreprises chypriotes connaît actuellement un nouvel essor. Ainsi, les sociétés résidentes à Chypre peuvent bénéficier du taux extrêmement bas d’impôt sur les sociétés à 12,5 % et d’impôt de 0 % sur les dividendes perçus ainsi que 0 % de retenue à la source sur les paiements de dividendes. Il existe également une exonération d’impôt sur les bénéfices provenant de la vente de titres. De plus, aucun impôt sur les plus-values n’est payé sur le transfert de biens appartenant à une société chypriote à l’étranger. Chypre a signé des conventions de non-double-imposition avec 60 pays .