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Le boom de Libourne – Philippe buisson : « Redonner confiance à la ville »

Philippe Buisson, maire de Libourne, ville lauréate du plan « Action cœur de ville », a déployé deux projets urbains d’envergure concernant les identités et les mobilités.

Libourne

© D. R.

Échos Judiciaires Girondins : La ville de Libourne a fait l’objet de projets urbains qui ont profondément modifié sa structure et son image…

Philippe Buisson : « Le 1er projet « Libourne 2025 », toujours en cours de déploiement, concerne les identités. Le 2e que nous sommes en train de finaliser pour la fin de cette année, « Libourne 2030 », est le projet des mobilités, du développement durable et de la renaturation de la ville. »

 

EJG : Quel a été votre premier engagement à votre arrivée en tant que maire en 2011 ?

Philippe Buisson : « Mon premier constat a été que Libourne avait perdu à la fois ses identités et confiance en elle. Le centre-ville se paupérisait, toutes les questions des villes moyennes se posaient. On a commencé, dans ces 3 premières années de mandat, à écrire le début d’un projet urbain. Ça a été précieux parce que ça m’a permis de questionner les Libournais : on est une ville bastide ; une ville viticole (mais sans appellation) ; une ville portuaire, avec ses armoiries. On a rebâti des identités et on a commencé à écrire le projet « Libourne 2025 ». Il a finalement rendu extrêmement lisible notre ambition économique. Là où j’apparaissais comme un personnage très politisé, j’ai démontré ma capacité à avoir un projet pragmatique, ambitieux et sécurisant pour la ville. »

 

EJG : Où en est-on des principaux axes ?

Philippe Buisson : « On a requalifié le centre-ville, réhaussé ce patrimoine de ville bastide, ce qui l’a rendu beaucoup plus marchand. On a rénové les quais et relancé, avec Alain Juppé, le tourisme fluvial en Gironde. Aujourd’hui ce sont 25 000 touristes croisiéristes qui débarquent chaque année sur le ponton Libourne-Saint-Emilion ! Ça nous a permis d’amorcer et d’apaiser le dialogue, et de créer une relation mieux imbriquée et pertinente entre deux territoires : le monde viticole et la métropole. Ça a beaucoup pesé dans la réussite de mes mandats : construire l’ambition de Libourne et l’expliquer à nos partenaires. On a aussi su structurer une intercommunalité très forte : la CALI, un outil institutionnel pertinent, générateur de ressources, et une politique publique innovante. On a ramené de la fierté, un récit, du marketing territorial. »

Libourne se retrouve dans l’aire métropolitaine, dans son attractivité, et on l’assume.

EJG : Ce sont les réussites de ce premier projet qui vous ont permis de déterminer la seconde phase du projet urbain ?

Philippe Buisson : « En assumant le fait métropolitain, on s’est inscrits comme étant porteurs d’une politique publique avec des ambitions fortes. Libourne est un territoire apaisé qu’on choisit d’habiter. L’enjeu des mobilités est au cœur du projet urbain « Libourne 2030 », à commencer par le projet de RER métropolitain. La première ligne, grâce à la Région et à la métropole, c’est Libourne- Bordeaux-la fac-Arcachon qui est en train de monter en puissance. C’est un formidable atout, la promesse de rejoindre Bordeaux en 20 minutes avec des trains pratiquement tous les quarts d’heures. Ce RER doit être accompagné du pôle d’échanges multimodal dans le quartier de la gare, un projet à 25 millions, qui correspond à la reconquête de ce quartier. Libourne se retrouve dans l’aire métropolitaine, dans son attractivité, et on l’assume. On est revenu dans cette double fonction : être la ville centre d’un arrière-pays (celui de la Vallée de l’Isle et de la Vallée de la Dordogne) et être une ville péri-métropolitaine. Les mobilités actives englobent aussi les déplacements doux, la place du vélo électrique dans la ville et sur l’ensemble du territoire de la Cali. Elles reposent aussi le débat du contournement de Bordeaux qui permettrait de mieux entrer dans Bordeaux et d’aménager le territoire nord-est aquitain. Et puis, il y a les enjeux plus larges : la renaturation de la ville et le changement climatique qui s’impose à nous. »

 

Libourne, rue Gambetta

© D. R.

 

EJG : Vous avez été lauréat en 2018 du plan national « Action Cœur de Ville » pour redynamiser les villes moyennes. C’est ce qui vous a permis d’initier ces chantiers ?

Philippe Buisson : « Action Cœur de Ville » est né à Libourne. De 2014 à 2017, j’ai été chargé de mission à l’Élysée, sous François Hollande. Je suis resté en contact avec le secrétaire général de l’Élysée, Pierre-René Lemas, parti diriger la Caisse des dépôts et consignations. Il m’a questionné sur les besoins des villes moyennes de 25 000 habitants environ. C’était l’époque où on n’arrivait plus à emprunter, il y avait un assèchement des partenaires bancaires et les communes étaient en difficultés. On n’était pas vraiment concernés mais ce n’était pas une période facile pour confirmer des ambitions qu’on pouvait avoir. Pour Pierre-René Lemas, la Caisse des dépôts devait être partenaire des collectivités comme Libourne, à la condition que cela s’inscrive dans le temps long, le temps d’écriture d’un projet urbain, de la concertation, de sa pertinence et d’établir un business plan. Les collectivités n’ont pas cette culture. C’est ainsi que la Caisse des dépôts a développé la Banque des territoires. Ça nous a permis de financer la 1e partie du projet urbain, et j’espère que ça va continuer avec le projet de pôle d’échange multimodal. »

Libourne est une ville qui se boboïse mais pas qui se gentrifie

EJG : La récente présentation des notaires sur l’immobilier en Gironde montrait que Libourne est en plein boom, une nouvelle population arrive ?

Philippe Buisson : « On voit une forme de boboïsation. J’en suis heureux, ce n’était pas forcément notre destin. Ça aurait pu devenir le lieu où viennent se loger tous ceux qui ne peuvent plus vivre à Bordeaux, c’est-à-dire une forme de paupérisation sociale. On a sûrement un peu ce phénomène, mais on a aussi des gens qui font le choix de venir vivre dans une ville d’art et d’histoire, on aura le label dans quelques mois. On observe donc une hausse de l’immobilier quand ça stagne ailleurs. Et comme on partait de très bas, on a toujours des prix très attractifs. Le seul bémol c’est qu’on est sur de l’habitat de reconquête de friches du centre-ville. On est dans une ville de caractère qui respecte son patrimoine. Mais attention, c’est une ville qui se boboïse mais pas une ville qui se gentrifie. »

 

EJG : Vous avez aussi favorisé l’attractivité de la ville vis-à-vis des grosses entreprises ?

Philippe Buisson : « On les a gardées grâce au projet urbain. Il y a 6 ou 7 ans, Ceva Santé Animale envisageait de déplacer son siège mondial. C’est parce qu’ils ont été intégrés dans le projet urbain, dans les identités de ville, qu’ils se sont réinvestis dans Libourne. D’ailleurs ils sont en train de refaire construire un site. »

 

Portrait Buisson, maire Libourne

Philippe Buisson, maire de Libourne © Atelier Peri Retro

 

EJG : Les start-up sont aussi présentes ?

Philippe Buisson : « Oui, certaines sont l’essaimage de Ceva. Je pense à Fermentalg qui grossit, sécurise son business plan et, j’espère, va exploser dans les années qui viennent. Il y a aussi le partenariat avec Bordeaux Technowest, qui a ouvert une antenne à Libourne pour créer un incubateur de start-ups dans le domaine de la winetech et de la foodtech. »

 

EJG : Où en est le projet des anciennes casernes ?

Philippe Buisson : « En 2010, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) voulue par le président Sarkozy, l’école de sous-officiers de gendarmerie a fermé ses portes. On s’est retrouvé avec 8 hectares dans le centre-ville, un patrimoine magnifique. L’État a lancé un appel à manifestation d’intérêt, sans succès. Tout nouvellement maire, j’ai décidé de racheter les casernes qui étaient à l’abandon pour 2 millions d’euros. Et j’ai relancé un appel à manifestation d’intérêt. Un premier projet de grand hôtel a été abandonné puis revendu à Michel Ohayon qui voulait en faire un pôle œnotouristique d’envergure européenne, voire mondiale, avec la promesse d’investir plusieurs millions d’euros ici. Avec les turbulences qu’il connaît actuellement, je pense que ce projet ne se fera pas tel que l’a pensé Michel Ohayon. Il restera peut-être un interlocuteur. Mais ce qui est extrêmement satisfaisant c’est que je ne passe pas 2 jours sans qu’un investisseur, parmi les plus prestigieux, ne m’appelle pour reprendre et réinvestir ces casernes. Il y a 8 ans, ça n’intéressait personne ! Aujourd’hui on en est là. On est dans une bonne dynamique, même si on est toujours sur un chemin de crête et que les choses demeurent fragiles. »

Avec les turbulences qu’il connaît actuellement, je pense que le projet de réhabilitation des casernes ne se fera pas tel que l’a pensé Michel Ohayon

EJG : C’est grâce à cette dynamique que vous avez été réélu dès le 1er tour aux dernières élections municipales ?

Philippe Buisson : « J’ai l’impression que les Libournais ont retrouvé leur confiance. Et ce qui est incroyable c’est la manière dont on regarde Libourne de l’extérieur. C’est devenu un modèle, y compris pour des villes de taille supérieure, dans sa stratégie, dans sa trajectoire et dans sa méthode. Mais l’histoire n’est pas finie. On va écrire Libourne 2030, et peut-être que je me représenterai, ou pas. Cette écriture partenariale, populaire, citoyenne qui donne une trajectoire ne peut que fédérer. »

 

BIO EXPRESS

1969 : Naissance et enfance à Chirac (Charente)

FIN DES ANNÉES 80 : Arrivée à Bordeaux pour faire des études de maths sup/maths spé à Montaigne

1993 : Adhère au parti socialiste et rencontre Gilles Savary.

1997 : Rencontre Gilbert Mitterrand.

2011 : Succède à Gilbert Mitterrand, parti prendre la présidence de la Fondation France Liberté, à la mairie de Libourne à mi-mandat.

2014 : Élu maire de Libourne et président de la Cali.

2014-2017 : Chargé de mission à l’Élysée, c’est là qu’est élaboré le plan « Action cœur de ville » dont Libourne est une des 222 villes lauréates.

2020 : Réélu maire de Libourne dès le 1er tour et président de la Cali.

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