Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Le plan de relance fait débat

Baisse des impôts de production, conditionnalités des aides, caractère réellement écologique de sa démarche... dans le monde économique, sociétal et institutionnel, le plan de relance à 100 milliards d'euros suscite des débats...qui ne font que commencer.

plan de relance

Vu son ampleur, son ambition de transformer la France, c’est fort logiquement que le plan de relance, annoncé par le gouvernement à la rentrée, a suscité une avalanche de réactions… Toutes les parties prenantes de la société, et notamment les  institutions, associations et acteurs du monde économique, ont exprimé leurs points de vue, critiques ou positifs.

Ainsi, dans leur ensemble, les instances de représentation patronales ont salué l’envergure du plan (100 milliards d’euros), ses orientations vers une économie plus écologique et relocalisée, ainsi que la méthode, centrée sur le soutien aux entreprises. Parmi les mesures adoptées, la baisse des impôts de production, en particulier, fait l’unanimité. Par exemple, le Medef estime qu’il s’agit d’un « premier pas qui va permettre de remonter les marges et donc à terme de (re)créer des emplois, notamment industriels », quand la CPME, Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, qualifie le dispositif d’« avancée majeure ». Plus globalement, le réseau des  CCI, Chambres de Commerce et d’Industrie, fait le constat « d’une mobilisation de moyens sans précédent à l’appui d’une démarche orientée vers la transformation de l’économie et la co-construction avec les territoires ».

En dépit de son accueil  favorable au plan, le monde économique affiche une certaine méfiance sur sa mise en oeuvre effective. En particulier, l’U2P, Union des entreprises de proximité, demande l’instauration d’un comité de suivi, inquiète du fait que « l’ensemble des catégories  d’entreprises, notamment les 3 millions d’entreprises de proximité, soient bien associées à la relance ». Quant à la CPME, qui approuve certains points de méthode retenus, à l’image des conventions avec les collectivités locales et la réaffectation des crédits non utilisés dans les délais impartis, elle ne s’en prépare pas moins à rester « particulièrement vigilante » sur la manière dont les TPE et les PME bénéficieront du plan. D’après elle, la relocalisation de la production industrielle ne pourra advenir que si les contraintes administratives sont allégées, et les achats publics et des collectivités locales, orientées « prioritairement » vers les entreprises françaises. Quant au Medef, il met en garde : « la mobilisation de l’enveloppe doit être très rapide pour faire repartir la croissance de notre économie. Il faut absolument éviter les travers d’une mise en oeuvre trop lente, comme ce fut le cas de certaines mesures du plan de relance en 2008 ».

Le plan de relance a suscité une avalanche de réactions

Au-delà de cette vigilance, les organisations patronales pointent aussi des manques. Par exemple, la CPME, inquiète de la situation de la trésorerie des petites entreprises, souhaite la « mise en place d’un « prêt consolidation » permettant à toutes les  entreprises, y compris les plus petites, de regrouper leurs échéances bancaires ou liées aux aides publiques (reports de charges…) consenties à l’entreprise pendant la crise, avec un remboursement à moyen terme ». Quant au Medef, il demande la prolongation des mesures d’urgence du printemps pour les secteurs particulièrement touchés par la crise. Du côté des syndicats salariés, les critiques au plan portent en particulier sur l’insuffisance de contreparties en matière d’emploi aux aides aux entreprises, par exemple concernant la baisse des impôts de production, et les aides à la trésorerie. Cette critique est très largement partagée, de la CGT à CFE-CGC, en passant par FO et la CFDT.

VERT OU PAS VERT ?

Parmi les réactions que suscite le plan, la question de la conditionnalité des aides aux entreprises n’est pas posée uniquement sur le volet social. Elle l’est aussi sur celui écologique, présenté comme l’axe structurant dans le plan France relance, avec 30 milliards d’euros qui lui sont consacrés. Une priorité affichée qui provoque des réactions diverses. Du coté du monde économique, globalement acquis au projet, par exemple, le Medef « s’inscrit complètement dans l’objectif d’une économie décarbonée et  souveraine », précise le syndicat patronal. En revanche, dans l’univers associatif, les réactions s’avèrent nettement plus critiques. Le  WWF, par exemple, « appelle le gouvernement à veiller à ce que l’ensemble de l’argent public investi puisse servir la transition écologique. La France ne peut pas dans le même temps investir 30 milliards pour la transition et attribuer des aides aux grandes entreprises de l’autre, sans contreparties écologiques et sociales ». L’association regrette aussi « le manque de moyens mobilisés pour les énergies renouvelables ». Quant à la fondation Nicolas Hulot, elle évoque un plan « historique par son montant mais miné par trop d’incohérences ». Comme celle de la temporalité : le plan n’évoque pas les investissements après 2022, « alors même que la transition écologique ne se fera pas en deux ans »… Reste les collectivités locales, en première ligne depuis le début de la pandémie, et qui se sont également exprimées sur le plan de relance. L’AMF, l’Association des maires de France, s’est déclarée en « désaccord total » avec le gouvernement, par la voix de son vice-président, André Laignel. En cause : la baisse des impôts de  production qui devrait représenter une perte de 3,3 milliards d’euros par an pour les communes, vue comme une « recentralisation par la pénurie financière ». A contrario, sur le même sujet, « les Régions se félicitent de la baisse spectaculaire des impôts de  production qui constitue un soutien massif à l’industrie et en particulier aux TPE, PME et ETI de leurs territoires », expose un  communiqué de Régions de France. L’association, qui avait signé un accord de méthode avec le gouvernement durant l’été, annonce que les régions sont prêtes à signer les contrats de plan État-Régions en augmentant de 30 % (de 14 à 20 milliards d’euros) leur participation, à gérer les fonds européens et à servir de relais pour l’exécution des mesures sectorielles.