Couverture du journal du 01/03/2024 Le magazine de la semaine

Bordeaux : Azama, nouvelles créations

Pour sa première exposition publique depuis le confinement, l’artiste Azama, célèbre et reconnue pour ses tissus effilochés, revient à Bordeaux avec de nouvelles créations exclusives à la salle Mably jusqu’au 1er janvier.

azama

©BENJAMIN GAY

C’est précisément à la Salle Capitulaire Mably de Bordeaux que l’artiste plasticienne Azama fut révélée au travers d’une exposition d’envergure et à succès en 2015. Pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas, Azama alias « Azama Effilochée » mène depuis plusieurs années une carrière singulière présentant un art tout aussi spécifique : celui d’effilocher des tissus noirs pour leur donner des formes humaines ou autres et les apposer sur des tableaux blancs. Un moyen insolite de laisser passer la lumière et de jouer avec les ombres. Originaire de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), Azama a connu jeune la barbarie et la guerre dont elle n’est pas ressortie indemne. Arrivée en 1998 à Bordeaux, elle s’est reconstruite elle-même, puis a reconstruit sa vie d’abord dans le métier des douanes puis s’est révélée dans une école de design pour devenir créatrice. C’est ainsi qu’elle a commencé à se faire connaître avec des créations originales et troublantes.

Arrêt sur image

Depuis 2015, Azama a exposé ses œuvres dans plusieurs lieux prestigieux en France : la salle gothique de l’Hôtel de ville de Saint-Emilion, la Vieille Eglise Saint-Vincent de Mérignac, l’Institut Magrez à Bordeaux mais aussi le Val-de-Grâce à Paris ou l’Atria de Nîmes sans oublier des expos privées en Corse. L’exposition 2023 à Mably permet au public de découvrir de nouveaux tableaux inspirés de la période difficile que le monde a traversée tous azimuts (Covid, guerre, etc.), mais aussi d’une introspection personnelle qui vient consolider et confrmer que l’arrêt sur image est vital pour Azama : « Les rendez-vous avec moi-même m’ont aidée à m’épanouir encore plus. Je suis une femme effilochée qui veut montrer comment on peut se jouer de ses émotons et les travailler dans cette dualité entre ombres et lumières. Pour en ressortir grandi, en accord avec soi… Ne jamais oublier que la vie est un luxe, qu’on en n’a qu’une et qu’elle est belle ».

Fibres destructurées

Pour la première fois, Azama mêle l’esthétque et la pureté de ses effilochées de tissus aux photos de Benjamin Gay, à ses côtés depuis le début de sa vie artistique. Il a su capter avec son oeil photographique le déroulement de son travail, mettre en image le message de ces fibres destructurées qui deviennent art et sur lesquelles il est difficile de poser des mots. Un fil conducteur, une compréhension autre du travail d’Azama, une transcription de ses émotions, en silence.

Collaboration avec le bijoutier et chef d’orchestre lyonnais Sylvain Nosjean

C’est un parcours multisensoriel auquel nous invite l’artiste à la Cour Mably. Elle y lancera son harmonieuse collaboration avec Sylvain Nosjean, bijouter-joailler mais aussi compositeur et chef d’orchestre lyonnais : « J’ai cette chance que mes Effilochées inspirent un artiste exceptionnel. Là où certains voient mes tableaux en noir et blanc, Sylvain y trouve le soleil et tout le spectre de la lumière naturelle. » Le bijoutier et flutisite y a posé des notes et nous découvrirons plusieurs de ses compositons pour accompagner les oeuvres. Il a également traduit les Eflochées en bijoux dont quelques-uns seront présentés pour la première fois au public. Sylvain Nosjean explique qu’Azama lui donne le sentiment de force et de déchirement, totalement à l’image de ses œuvres, mais aussi de grande générosité et de résilience immense : « Un contraste très marqué, un geste qui semble simple et épuré mais qui est le fruit de nombreux mouvements précis : je voulais lui ouvrir d’autres voies qui utlisent les mêmes concepts et expriment les mêmes émotions. » Enfin le travail d’Azama a aussi inspiré le bordelais Emilion Piscione (Bonté Producton), dont un morceau rythmé par les sons de l’effilochage d’Azama est présenté lors de l’exposition.

Salle capitulaire Mably, 3 rue Mably à Bordeaux
Jusqu’au 1er janvier, 10 h-22 h Entrée libre