Intitulée « Les chefs d’entreprise résistent, mais à quel prix ? », la conférence sur la conjoncture 2025 et les perspectives 2026, organisée par la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine (1) et la CCI Bordeaux-Gironde (2), le 4 février au palais de la Bourse, a fait salle comble. Dans un environnement international tendu et un contexte national instable, l’économie régionale présente un bilan 2025 meilleur qu’attendu à mi-année.
« 2025 a été une année difficile pour les chefs d’entreprise, avec des incidences sur les effectifs et les investissements. Les perspectives pour début 2026 sont un peu meilleures », annonce Marie-Agnès de Montbron, directrice de la Banque de France régionale. « L’attentisme a fait souffrir la plupart des secteurs. L’ouverture de procédures judiciaires est en forte hausse. Mais dans le même temps, les créations ou reprises enregistrent un record. La Gironde reste une terre de développement économique », estime Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde.
Rentabilité érodée
Concrètement, « le bilan 2025 est contrasté, mais montre la résilience des entreprises régionales, au détriment de leurs marges, pour créer les conditions d’une reprise en 2026 », analyse Quitterie Gondellon-Pègue, directrice des affaires régionales à la Banque de France Nouvelle-Aquitaine.
Dans l’industrie, le repli de chiffre d’affaires en 2025 (-1,9 %) est plus important qu’attendu, avec une rentabilité qui s’érode. Les perspectives 2026 sont positives, avec une augmentation de chiffre d’affaires estimée à 3,8 %. « L’indice de confiance des chefs d’entreprise girondins remonte fortement fin 2025 avec de bonnes perspectives », confirme Laurent Putz, directeur adjoint des études projets urbains à la CCI Bordeaux-Gironde.
Contrastes
Le secteur des services marchands termine 2025 avec une hausse de chiffre d’affaires (+ 1,2 %), et des perspectives à + 1,9 % pour 2026. « Les situations sont contrastées, avec des services aux entreprises qui résistent mieux que les services à la personne », note Quitterie Gondellon-Pègue. En Gironde, « les tensions sont moins fortes en termes de besoins de recrutements, et si les difficultés perdurent, leur impact sur l’activité dans les services et les CHR (cafés-hôtels-restaurants) diminue. En revanche, l’indice de confiance dans la pérennité de leur entreprise chute à seulement 41 % pour les CHR », avertit Laurent Putz.
On voit des signaux encourageants dans la construction depuis fin 2025
Le secteur de la construction finit l’année 2025 en bien meilleure posture qu’attendue, avec une baisse d’activité de – 0,5 % au lieu des – 5,3 % anticipés. « Et on voit des signaux encourageants depuis fin 2025 », assure Quitterie Gondellon-Pègue. La production devrait se stabiliser en 2026. « L’indice de confiance dans l’économie nationale des chefs d’entreprise girondins chute (11 %), au contraire de l’indice de confiance dans la pérennité de leur entreprise, qui connaît un rebond (68 %) », constate Laurent Putz.
Transformations
Le secteur du commerce, enfin, enregistre une baisse de chiffre d’affaires, et l’ensemble des indicateurs (carnets de commandes, fréquentation, marges) sont dégradés. « Les nouvelles habitudes de consommation, notamment l’e-commerce et la seconde main, sont désormais très ancrées et entraînent une baisse de fréquentation des commerces physiques qui les fragilise », relève Laurent Putz.

Plusieurs grands témoins ont partagé leur expérience, dont Bruno Tormen, président de Kraft France Smurfit Westrock. © D. R.
« Les entreprises qui s’en sortent sont celles qui se retroussent les manches, font preuve d’agilité, d’anticipations raisonnables, et revoient en permanence leur organisation dans un monde qui évolue à vitesse grand V », analyse Marie-Agnès de Montbron. « La responsabilité des chefs d’entreprise est de se remettre en question en permanence, et de procéder à des transformations complètes lorsque c’est nécessaire. Il ne faut pas attendre pour demander de l’aide », prévient Patrick Seguin.