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Fauvisme : on dirait le Sud

CHRONIQUE : Courant artistique emblématique du début du XXe siècle, le fauvisme reste assez méconnu alors que son influence fut majeure dans l’histoire de l’art. Leurs œuvres sont aussi connues pour représenter les couleurs du ciel de la Côte d’Azur .

La baie d’Anthéor, Louis Valtat

© La baie d’Anthéor, Louis Valtat (1903). Par Davide Mauro — Travail personnel, CC BY-SA 4.0.

Le terme « Fauvisme » a été inventé par le critique d’art Louis Vauxcelles à la suite de la visite, au salon d’automne de 1905 du Grand Palais, d’une salle d’exposition qu’il surnomma « la cage aux fauves ». C’est le premier courant d’avant garde du XXe siècle qui créa une rupture (ou une continuité) avec l’iconique mouvement impressionniste.

LE LEADERSHIP DE MATISSE

Fils artistiques de Gauguin et de Van Gogh, les Fauves ont innové en choisissant la couleur pure posée en aplats, la liberté de la touche et l’usage de lignes arbitraires, le tout sous le leadership d’Henri Matisse à qui Paul Signac a enseigné les principes du néo impressionnisme et de la division de la couleur. Les Fauves ont contribué à l’art moderne en séparant la couleur de sa fonction descriptive. La liste des peintres qui en font partie ou qui s’en sont inspirés est impressionnante : Matisse, Braque, Camoin, Charmy, Delaunay, Derain, Dufy, Friesz, Manguin, Marquet, Puy, Rouault, Valtat, de Vlaminck pour n’en citer que quelques-uns.

CHARLES CAMOIN, LE MARSEILLAIS

Mon fauve préféré est Charles Camoin, le Marseillais, qui s’illustra par une approche révolutionnaire de la couleur détachée de toute convention plastique. Il resta toute sa vie lié à Marquet et Matisse. Il peignait la lumière et la beauté émotionnelle de la Côte d’Azur, et notamment du ciel du Var, à la couleur si magique. Pour ne citer que deux de ses tableaux : « l’Artiste dans son atelier » (Emilie Charmy à son chevalet) et, pour moi, le plus beau de tous : « Lola sur la terrasse de l’hôtel Bellevue à Toulon ». Ce tableau est d’une originalité folle, d’une grâce absolue et d’une beauté incroyable. L’expression et l’allure de Lola sont magnifiques et d’un romantisme des plus modernes.

Plus que tout autre lieu, c’est Saint-Tropez qui a inspiré les Fauvistes

LOUIS VALTAT : PEINTRE DES ROCHES ROUGES DE L’ESTEREL

Un deuxième grand Fauve que j’adore : Louis Valtat (1869-1952), qui passa vingt ans de sa vie sur les rives de la Méditerranée. C’est le peintre des roches rouges de l’Esterel qui plongent dans la grande bleue. Il résida à Anthéor-Cap Roux, à mi-chemin entre Agay et le Trayas, séduit par les paysage et la complémentarité des couleurs entre le rouge de la roche de l’Esterel, le vert de son massif forestier et le bleu de la Méditerranée. Parmi ses magnifiques tableaux, « Les Roches Rouges à Anthéor » (1901), « Le cap Roux » ou « Suzanne Valtat sur le rivage d’Anthéor »(1903). Valtat était également admiré par ses célèbres amis peintres. Citons
deux célèbres admirateurs et condisciples : Pierre Auguste Renoir et Michel Puy.

LE « SUNSET » DE MANGUIN

Mais plus que tout autre, c’est Saint-Tropez qui a inspiré les Fauvistes. A tout seigneur, tout honneur : Matisse. Il fut inspiré par Paul Signac qui le convint qu’il fût judicieux d’employer la couleur pure, la juxtaposition des tons et la touche séparée. Il peignit un magnifique tableau : « Son paysage de Saint-Tropez au crépuscule » (1904) ; paysage traité en bandes colorées où le bleu se décline pour terminer avec un ciel traversé par des nuages violets. J’ai également le coup de foudre pour son tableau « Place des Lices » (1904) qui traduit toute la beauté d’une partie du village de Saint-Tropez. Ensuite, autre fauve inspiré par le village mythique, Manguin, « le peintre du bonheur » qui signa le tableau intitulé « La femme à la grappe, villa Demière » (1905) qui représente sa femme qui tient une grappe de raisins et, pour finir, un magnifique « Sunset » (1904), un coucher du soleil à la beauté subjuguante. Albert Marquet, Fauve parmi les Fauves, a également peint un magnifique tableau intitulé « le Port de Saint-Tropez » que l’on peut voir au magnifique et méconnu musée de l’Annonciade, sans oublier un des plus beaux de tous : « Pin à Saint-Tropez » (1906). Et pour finir, revenons à Charles Camoin qui a peint un magnifique « Port de la Ponche » en 1905. Vraiment, à la vue des tableaux des Fauvistes, l’émotion nous envahit. Esthétisme, beauté et renversement cérébral nous font frisonner. Merci, les Fauves !

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