Couverture du journal du 24/09/2021 Consulter le journal

[ Gironde ] Plus verte la vigne !

Haute Valeur Environnementale (HVE), biologique, biodynamique ou raisonné, les labels et certifications sont nombreux et répondent à une démarche environnementale de plus en plus présente dans le vignoble bordelais.

Vigne gironde Haute Valeur Environnementale HVE bio

© Shutterstock - FreeProd33

Plus de 65 % des surfaces du vignoble bordelais certifiées par une démarche environnementale. La progression est énorme, car elles n’étaient que 35 % en 2014. Toutefois, une grande diversité des labels environnementaux est à remarquer. En sachant que certaines exploitations cumulent plusieurs certifications. Premier échelon de cette démarche : le HVE (Haute Valeur Environnementale) dans laquelle sont engagées plus de 1 500 exploitations girondines.

1 500 EXPLOITATIONS ENGAGÉES EN HVE

Cette norme française, créée en 2012 par le ministère de l’Agriculture, oblige les exploitations à des résultats sur 4 thématiques : la protection de la biodiversité, le raisonnement phytosanitaire, la gestion équilibrée de la fertilisation, et celle de l’irrigation. Les autres labels et certifications sont la viticulture biologique (traitement uniquement avec des produits naturels tels que le cuivre et le soufre) en biodynamie (avec en plus la prise en compte des influences astrales et des vendanges à la main) et la viticulture raisonnée fondée sur les 3 piliers du développement durable : environnement, économie et social. Alors que le Bordelais était à la traîne (11 % des surfaces engagées en bio en 2019 contre 14 % au niveau national), le vignoble se lance dans la conversion à grande ampleur. L’année passée, les surfaces certifiées bio ont ainsi augmenté de 30 %, soit 275 conversions en 2020 et cette mutation s’accélère.

Les surfaces certifiées bio ont augmenté de 30 % en 2020, soit 275 exploitations supplémentaires

Le vignoble bordelais compte désormais 12 % d’exploitations bio, mais la Gironde est le 1er département en termes de surfaces, avec 13 900 ha et 1 000 exploitations. « Ce n’est pas une croissance continue », expose Gwenaëlle Le Guillou-Spiroux, directrice du Syndicat des Vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine. « Il y avait eu un premier pic entre 2008 et 2012, un second à partir de 2017, et une nette accélération ces deux dernières années. Les indicateurs nous laissent penser que ces conversions se poursuivent cette année. » Ces conversions concernent les petites exploitations familiales comme les gros domaines. Les raisons du choix de conversion sont multiples : « Il y a les plus convaincus qui veulent protéger la planète », note Gwenaëlle Le Guillou-Spiroux, « ceux qui veulent protéger leur santé et celle de leurs salariés, ceux qui entament cette conversion par souci de retrouver des vins de terroir, et enfin ceux qui le font pour des raisons économiques, pour répondre à la demande du consommateur. » En effet, ce changement répond à une prise de conscience des viticulteurs soucieux d’une démarche raisonnée, mais également à la demande importante du négoce bordelais. En sachant qu’il reste de gros écarts de prix entre le bio et le conventionnel. Une plus-value qui s’explique par le fait qu’une fois convertis, les viticulteurs restent soumis à des coûts de production et de risques de perte de récolte plus élevés.

 

Vigne gironde Haute Valeur Environnementale HVE bio

© Shutterstock – FreeProd33

LA VIGNE SOUS LA LUNE

Certains ont entamé cette conversion depuis bien longtemps. C’est le cas de Malika et Pascal Boueix, propriétaires du château Lescaneaut, AOC Castillon-Côtes de Bordeaux. « Nous avons réellement entamé notre conversion en bio en 2009 et le millésime 2012 est le premier certifié », commente Malika Boueix-Faytout, qui remarque par ailleurs « la très forte émulation du vignoble de Castillon qui compte 25 % de son domaine en bio ». Un engagement important pour ce couple qui a accepté les contraintes du bio : « ce qui demande beaucoup de travail, c’est l’herbe sous le pied de vigne. Entre les rangs c’est moins compliqué. Et puis, il ne faut pas rater un traitement. Nous utilisons des produits organiques, c’est de la prévention. Dès qu’il pleut, il faut repasser. » Pour autant, le couple a engagé une nouvelle transition en biodynamie.

SILICE DE CORNE ET TISANE

« Ce sont les mêmes bases que le bio », explique Malika Boueix-Faytout.

« Avec une approche qui renforce en plus les forces naturelles, terrestre et lunaire. On accompagne les ressources de la vigne à l’aide de bouse de corne, de silice de corne et de tisanes. » Des préparations diluées qui dynamisent l’eau, appliquées en fonction de la lune ascendante ou descendante. Depuis quelques semaines, ce château résolument engagé et très arboré (dont de nombreux tilleuls) accueille également 10 ruches. De nombreuses passerelles existent entre les certifications, dès lors que les vignerons et propriétaires de vignobles entrent dans une démarche environnementale.

L’approche biodynamique renforce les forces terrestre et lunaire

C’est également le cas des vignobles Chatonnet qui engagent leur conversion à l’agriculture biologique qui concernera l’ensemble du domaine en 2024. Pascal Chatonnet (cf. interview en suivant) déclare à ce propos : « la certification HVE a permis aux équipes d’intégrer peu à peu une démarche de respect global de l’environnement qui n’existe pas dans la certification AB mais qui la prépare à ses exigences particulières. Pour moi ce fut une étape indispensable pour m’assurer de la conviction et de la capacité de nos équipes à franchir le cap de la viticulture biologique intégrale ». Et si cette conversion marque un tournant stratégique pour ses vignobles, Pascal Chatonnet continue de développer son approche biosynergique. Plébiscité par les consommateurs, les marchés et les données environnementales, le passage au vert est en pleine explosion et devrait poursuivre son envol.