Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Les investisseurs étrangers toujours là

Pour la troisième édition du sommet « Choose France », Emmanuel Macron recevait des industriels du monde entier. Grèves, Gilets jaunes... les mouvements sociaux semblent ne pas affecter les investissements étrangers en France. Par comparaison, celle-ci profite du Brexit.

Quelque 8 milliards d’euros : tel est le montant des investissements étrangers en France, annoncés à l’occasion de la 3e édition du sommet « Choose France », organisé en amont du sommet de Davos, le 20 janvier, à Versailles. Le président de la République et le Premier ministre Édouard Philippe y ont accueilli quelque 200 chefs d’entreprises, pour l’essentiel de multinationales étrangères, comme ceux de Coca Cola, BMW, GE, AstraZeneca, Lime, Fedex, Google, Netflix, Hyundai ou encore Samsung. Objectif de l’événement : mettre en lumière et réaffirmer la volonté d’accueil de la France en matière d’investissements étrangers, mais aussi, faire avancer concrètement des dossiers au cours de réunions de travail. 

Cette année, parmi les investissements annoncés les plus importants, figure notamment celui de l’armateur italo-suisse MSC, à hauteur de 2 milliards d’euros. Il s’agit d’une commande aux Chantiers de l’Atlantique pour deux nouveaux paquebots géants, avec des livraisons prévues pour 2027. Deux protocoles d’accord signés avec les chantiers navals porteraient, eux, sur 4 milliards d’euros supplémentaires, pour des livraisons prévues vers 2030. Coca-Cola a annoncé un investissement d’un milliard sur cinq ans, à Dunkerque, pour construire une nouvelle ligne d’embouteillage aseptique dans l’usine de Socx, qui délivre déjà plus de 5 millions de canettes et bouteilles par jour. Plus modestement, Toyota a confirmé un investissement supplémentaire de 100 millions d’euros, sur son site existant d’Onnaing, près de Valenciennes, afin de produire un deuxième véhicule, un SUV urbain.

En terme d’emplois, ces annonces pèsent lourd, d’après le magazine L’Usine Nouvelle du 20 janvier. Par exemple, à Saint-Nazaire, les contrats déjà signés devraient générer 2 400 emplois pendant trois ans et demi. Quant au site Toyota de Valenciennes, il devrait passer de 3 300 à 4 500 emplois entre 2017 et 2021.

339 projets industriels étrangers en 2018

Ces annonces d’investissements industriels prolongeront-elles la tendance positive des années précédentes ? En 2018, la France a confirmé sa position de leader européen en matière d’implantations et d’extensions d’activités industrielles (« IDE »), d’après le « Baromètre 2019 de l’attractivité industrielle de la France » du cabinet EY. Elle a attiré 339 projets d’implantations ou d’extensions, soit 5 % de plus de plus qu’en 2017. C’est beaucoup plus que la Turquie (203 projets) et l’Allemagne (152 projets), respectivement à la deuxième et troisième places. Quant au Royaume-Uni, il est passé de la seconde à la quatrième place au sein de ce palmarès. Les incertitudes liées au Brexit ont provoqué une chute spectaculaire (- 35 %) du nombre de projets accueillis sur son sol (140 en 2018 contre 216 en 2017). 

Et dans un contexte européen qui s’est globalement dégradé, la France s’en est bien sortie. D’après l’étude, parmi les facteurs explicatifs de cette résistance, figure l’export. En dépit du déficit commercial élevé, certaines filières industrielles, construction aéronautique et spatiale, navale et pharmacie sont fortement exportatrices. « Les donneurs d’ordre entraînent dans leur capacité exportatrice des sous-traitants et partenaires, dont un grand nombre d’entreprises à capitaux étrangers qui viennent produire en France et s’inscrivent pleinement dans les supply chains d’Airbus, EDF, Danone ou Sanofi, par exemple », analysent les experts d’EY.

Parmi les autres facteurs d’attractivité, figurent « la richesse industrielle des territoires », avec en particulier, les Hauts-de-France, le Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes qui ont capté 45 % des décisions d’investissements en 2018. Mais certains atouts sont nationaux. C’est le cas de l’équipement logistique (maillage routier, foncier équipé, plate formes multimodales), jugé « dense et qualitatif » et aussi de l’énergie, abondante et compétitive. 

Les vrais paramètres d’attractivité 

Un autre sondage sur l’attractivité de la France aux yeux des dirigeants d’entreprises étrangères, invite à un – relatif – optimisme. Il a été commandité par Business France, organisme chargé de l’attractivité du pays, à l’occasion du sommet « Choose France ».

L’étude a été réalisée auprès de 573 cadres dirigeants issus de six pays (Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Inde, Chine et Émirats arabes unis) et 189 chefs d’entreprises installés en France.

Tout d’abord, en termes comparatif de pays, pour les sondés, c’est l’Allemagne qui arrive en tête des pays les plus attractifs : 44 % d’entre eux la désignent dans une perspective d’investissements futurs. La France arrive en seconde position (38 %) suivie par le Royaume-Uni (30 %). Il y a un an, un seul point séparait les deux nations ! S’il est évident que les craintes engendrées par le Brexit pèsent lourd, une partie des facteurs qui expliquent cette évolution sont localisés en France. De fait, pour l’ensemble des paramètres qui suivent, l’Allemagne est mieux positionnée que la France, et le Royaume-Uni moins bien. Et leur haut niveau concernant l’Hexagone signe un bon niveau d’attractivité. Par exemple, 84 % des cadres dirigeants étrangers interrogés jugent que l’environnement juridique et fiscal français est stable pour les affaires. Autre image positive, celle d’une économie française perçue comme volontariste : 86 % des répondants estiment qu’elle est tournée vers l’avenir et investit pour son futur. Dans le même sens, pour 80 % des cadres étrangers, la France est un pays où il est facile de faire des affaires et qui offre un bon retour sur investissement.

Dernier critère, enfin, 81 % des sondés jugent que l’écosystème économique français encourage l’industrie. En revanche, la perception de la stabilité économique de la France a un peu reculé (- 4 points). Au global, d’après l’étude EY, « depuis 2016, la situation de la France est meilleure et son image s’est redressée. La réduction des charges sociales, la réforme du droit du travail et la trajectoire à la baisse de notre fiscalité ont donné des signes favorables aux investisseurs ». Au regard de ces évolutions, les crises des Gilets jaunes et les mouvements de grève ne pèsent manifestement pas lourd.