« Dans tous les domaines, notre capacité industrielle est mise à l’épreuve », a averti Anouk Laborie, directrice générale d’Aerospace Valley, plus gros pôle de compétitivité européen sur l’aérospatial-défense et les drones, avec 835 membres en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, lors de son bilan annuel le 27 janvier, à Bordeaux.
Le pôle, qui célébrait ses 20 ans, a enregistré en 2025 des chiffres qui dépassent la moyenne des 20 dernières années, avec pas moins de 140 projets accompagnés, dont 83 ont pesé 458 millions d’euros d’investissement. Et cela, dans tous les domaines représentés par Aerospace Valley.
Responsabilité
Sur l’aéronautique, avec un trafic aérien mondial supérieur à 2019 (5 millions de passagers en 2025), et une croissance annuelle attendue de 3,6 %, le marché représentera près de 43 000 appareils commerciaux pour les 20 ans à venir.
« L’écosystème du Sud-Ouest sert l’ensemble de ce marché. Cela représente une opportunité, mais aussi une grande responsabilité, pour garder le niveau de qualité, de sécurité et réussir cette montée en cadence, tout en avançant sur la décarbonation du transport aérien », prévient Bruno Darboux, président d’Aerospace Valley. « Déjà sursollicitée, l’industrie devra poursuivre ses efforts tout en maintenant son attractivité, avec des besoins en main-d’œuvre qui augmentent de 10 % par an. »
Nerf de la guerre
Sur le spatial, la montée en puissance se poursuit, notamment chez ArianeGroup (quatre vols en 2025) et pour les entreprises du newspace adhérentes, qui ont levé 478 millions d’euros, à l’instar d’HyPrSpace en Gironde.
Quant à l’écosystème drones, « nous sommes parvenus à massifier l’expression des besoins et les solutions proposées grâce à la défense, qui pose le défi de l’innovation et surtout de l’industrialisation, avec la production de grandes séries de produits technologiques. La capacité industrielle est véritablement le nerf de la guerre », insiste Bruno Darboux.
Sur le volet défense, le contexte géopolitique met là encore « notre capacité industrielle à l’épreuve, tant en termes d’augmentation des cadences, que de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, que des nécessaires relocalisations liées à la souveraineté », énumère Anouk Laborie.
Supply chain
Un contexte qui pousse Aerospace Valley à mettre l’accent sur différents sujets, dont l’accompagnement de l’innovation et l’intégration de l’IA. « Nous avons également une action phare sur comment avoir une supply chain compétitive et durable. Et comment répondre aux difficultés de recrutement », détaille Anouk Laborie.
Le pôle propose ainsi des programmes de transformation industrielle, dont Opale en Nouvelle-Aquitaine. « Nous avons un gros focus sur les PME, à qui nous proposons des solutions de modernisation industrielle, car la supply chain se resserre autour des gros acteurs. » « Nous accompagnons aussi la transformation industrielle des entreprises vers les activités de défense », ajoute le président du pôle, qui soutient aussi le rayonnement international de ses adhérents, afin de les aider à « sourcer des financements européens ».
L’avenir des pôles
« Nos filières constituent le premier poste positif de la balance commerciale française, avec des perspectives de croissance. Mais nous devrons les accompagner pour que les conditions de succès perdurent », estime le président d’Aerospace Valley. Bruno Darboux défend ainsi le rôle des pôles de compétitivité, dont l’avenir est menacé par les coupes budgétaires et sera tranché en 2026.
« Notre budget de fonctionnement 2025-2026, comme le précédent, se situe autour de 5,8 millions d’euros, avec un quart de subventions publiques, un quart de projets européens, un quart de cotisations des adhérents et un quart de prestations. La part de l’État est à risque pour 2027 », avertit Anouk Laborie.
« Nous avons une véritable inquiétude sur l’avenir des 53 pôles de compétitivité. Or ce sont des structures peu coûteuses pour les pouvoirs publics, avec une action d’intérêt général et des effets de levier considérables sur le développement économique. Nous nous attellerons à le rappeler », prévient Bruno Darboux.
« La capacité industrielle est véritablement le nerf de la guerre »