Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

Dronisos : le grand show

Bègles : L'entreprise pionnière des spectacles de drones dans le monde, créée en 2016 en Gironde, est parvenue à garder une longueur d'avance sur ses concurrents. Désormais leader des shows dans les parcs d'attractions, Dronisos souhaite développer son activité aux États-Unis où part s'installer son directeur général, Laurent Perchais.

Dronisos, drone, Bègles, Laurent Perchais

Bordeaux Fête le Vin © Vincent Bengold

Pionnier du spectacle de drones lumineux dans le monde, Dronisos est aujourd’hui le numéro un européen et le leader mondial de ces shows dans les parcs d’attractions. Comment cette jeune entreprise du secteur événementiel, créée fin 2016 à Bordeaux et passée par deux ans de crise sanitaire, est-elle parvenue à conserver une longueur d’avance ? Tout d’abord en créant un produit qui a rapidement suscité l’intérêt. « Lorsque Parrot a approché l’éditeur de logiciels BeTomorrow, alors dirigé par notre cofondateur et président Jean-Dominique Lauwereins, pour lui demander de créer des danses de drones pour le CES de Las Vegas de 2016, des gens lui ont demandé s’ils pouvaient payer pour avoir la même chose. Il s’est dit qu’il y avait peut-être un marché », raconte Laurent Perchais, cofondateur et directeur général de Dronisos. « Lorsqu’il a ensuite été invité dans l’émission Britain’s got talent, version anglaise de La France a un incroyable talent (dans laquelle Dronisos est arrivé en finale en 2022), l’enthousiasme soulevé a confirmé l’intérêt pour les spectacles de drones », poursuit-il. Alors avec un troisième entrepreneur, Jean Meillon (sorti depuis), ils s’associent pour créer Dronisos fin 2016. Choisir le secteur événementiel a aidé l’entreprise à aller vite : « rythmés par les dates des spectacles et l’obligation de fiabilité du secteur aéronautique, nous avons progressé très rapidement », assure Laurent Perchais.

Dronisos, drone, Bègles, Laurent Perchais

Laurent Perchais directeur général de Dronisos © Louis PIQUEMIL – Echos Judiciaires Girondins

FLOTTE DE 5 500 DRONES

La levée de fonds de 2 millions d’euros réalisée en 2018 auprès des fonds régionaux Aquiti Gestion, Galia Gestion et Expanso, ainsi que de business angels tels qu’Hervé Berthou (Systonic et Label bleu) et Nicolas Beraud (Betclic), permet à ces ingénieurs d’inventer une technologie dédiée. « Il s’agit d’un écran en 3D composé de drones que l’on peut diriger grâce à une interface », décrit Laurent Perchais. Côté matériel, Dronisos a noué « un partenariat fort avec Parrot, qui nous a donné accès aux drones, à leur code source, aux plans, à la propriété intellectuelle… Nous sommes partis de ce drone grand public et lui avons ajouté de quoi en faire un drone de spectacle : des lumières, un micro-processeur qui embarque de la sécurité, un GPS ultra-précis… Nous commandons les pièces et les faisons assembler ici en Gironde », précise le dirigeant, qui compte parmi ses prestataires Atec à Latresne ou Synergy à Pessac. Sa flotte est aujourd’hui composée de plus de 5 000 drones d’extérieur et 500 drones d’intérieur. L’entreprise possède une équipe de techniciens dédiés à l’entretien du matériel, et une équipe d’assistants « startzones », qui préparent individuellement chaque drone avant un spectacle. « Un travail très exigeant », remarque le directeur général.

« PETIT PLUS »

Avec cette même démarche consistant à « ne pas réinventer la roue » pour se « concentrer sur le petit plus qui fera la différence », Dronisos utilise le logiciel de création de jeu vidéo Unity pour concevoir ses shows. « Nos développeurs ont ajouté en surcouche des fonctionnalités permettant de créer des spectacles de drones, telles qu’une timeline pour gérer la synchronisation avec la musique, des règles de sécurité… », continue Laurent Perchais. Et comme dans la conception de jeux vidéo, « il y a dans l’équipe celui qui crée les personnages, celui qui crée l’ambiance et celui qui imbrique le tout. Nous avons aussi inventé le métier de régisseur de spectacle de drones, qui se doit de connaître la réglementation dans chaque pays », précise-t-il. En France, c’est la société Dronisos elle-même qui a œuvré à l’édiction de cette réglementation. « Nous avons travaillé avec la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) et la DSAC (Direction de la sécurité de l’aviation civile) drones pour imaginer une réglementation. Elle a ensuite été étendue à l’Europe », se félicite Laurent Perchais. Dronisos possède aujourd’hui une autorisation permanente pour faire voler ses nombreux drones en essaim.

Nous sommes des entrepreneurs bordelais. Notre centre de gravité restera en Gironde

L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE DUBAÏ

Mais stoppée nette sur sa « trajectoire exponentielle » lors de la crise sanitaire de 2020, la société est contrainte de fermer ses bureaux à peine ouverts en Inde et aux États-Unis. « Heureusement, nous avons été aidés par des fonds de solidarité, par nos investisseurs historiques et par les PGE », confie Laurent Perchais. Et grâce aux décalages entre les différents confinements dans le monde, et aux commandes publicitaires passées par Disney, Lancôme ou encore Accor, Dronisos a pu maintenir un minimum d’activité. « Nous avons fait le pari que tout allait repartir après la crise sanitaire et avons investi pendant toute la période : nous avons triplé notre flotte, créé des productions et finalement nous avons obtenu de très gros contrats. Celui de l’exposition universelle de Dubaï a remobilisé tout le monde avec un projet fédérateur », se réjouit Laurent Perchais. Dronisos a battu à cette occasion son record de 2 000 drones en vol.

ÉQUIPE ARTISTIQUE

Désormais, pour conserver sa longueur d’avance sur ses concurrents, qui ne sont qu’une poignée de cette envergure à travailler en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient, l’entreprise est persuadée que « la bataille se fera sur le contenu. C’est l’histoire qu’on raconte qui fera la différence », estime Laurent Perchais. C’est pourquoi Dronisos a investi massivement sur la partie artistique, avec une équipe structurée autour de chorégraphes de drones (en conception/animation et technique/implémentation), de directeurs artistiques, de directeurs de production ou encore de sound designers de spectacles de drones… « Chaque création nous prend un à deux mois entre le storyboard, la 3D, la musique, l’ambiance, les animations, la création de chaque phase et des transitions entre chacune. Puis les allers-retours avec les clients », détaille le dirigeant. « Notre produit final, c’est bien plus qu’un spectacle de drones. C’est de l’émotion ! », revendique-t-il. veau modèle de Nissan au Brésil, les 200 ans de Campari à Milan ou la Fête du vin à Bordeaux en juin.

Pendant la crise sanitaire, nous avons triplé notre flotte, créé des productions et finalement nous avons obtenu de très gros contrats

VISIBILITÉ ET RÉCURRENCE

Mais ce qui a permis à Dronisos d’investir et de recruter, en ayant une visibilité et une récurrence de son chiffre d’affaires, ce sont les shows permanents, où un même spectacle est donné dans un même lieu pendant une période donnée. « Nous sommes le leader mondial du spectacle de drones dans les parcs d’attractions, avec des contrats renouvelés chaque année avec Disney, Legoland, Seaworld, Universal, Dollywood aux ÉtatsUnis mais aussi le Puy-du-Fou ». Dans ce cas, Dronisos gère la création et l’installation, puis les shows quotidiens. Facturés entre 40 000 et 400 000 euros, l’ensemble de ces spectacles a procuré à l’entreprise une croissance de 150 % en 2022, qui va se poursuivre en 2023, lui permettant d’atteindre la rentabilité l’année dernière. « C’est une fierté pour nous de démontrer que notre modèle est viable. Nous avons créé une belle entreprise en Gironde, qui fonctionne et qui emploie des gens sur le territoire, tout en ayant une dimension internationale », se targue Laurent Perchais. La moitié du chiffre d’affaires, qui devrait prochainement atteindre les 10 millions d’euros espère le dirigeant, y est aujourd’hui réalisée.

Avec son équipe d’une quarantaine de personnes installée à Bègles, Dronisos dispose de sa volière de démonstration et de sa plateforme logistique pour envoyer les drones aux 4 coins du monde

HUBS LOCAUX

Pour atteindre cet objectif, Dronisos a redémarré l’internationalisation suspendue par le Covid. « Nous avons ouvert un bureau à Orlando, capitale américaine des parcs d’attractions, où se trouvent aussi les décideurs du secteur. Je pars m’y installer pour les années à venir afin de le développer », annonce Laurent Perchais. « Nous allons dupliquer notre modèle par plaques géographiques en créant des hubs locaux, avec le matériel et les compétences. Nous souhaitons aussi le faire à Dubaï pour le Moyen-Orient », précise-t-il. Sans pour autant oublier d’où vient l’entreprise. « Nous sommes des entrepreneurs bordelais. Notre centre de gravité, notre R&D resteront en Gironde. C’est la région Nouvelle-Aquitaine qui nous a permis de présenter notre premier spectacle à Bordeaux, et c’est important pour nous et nos équipes de continuer de le faire régulièrement », affirme le directeur général. Très sollicité sur le territoire, Dronisos a notamment illuminé les festivals d’été d’Arcachon, de La Teste-de-Buch, de Cognac ou l’événement Bordeaux fête le vin… Et sera présent comme chaque année à l’UAV Show en octobre. « Cela renforce la fierté des équipes. C’est notre priorité : la qualité des spectacles et la vie de nos salariés », conclut Laurent Perchais.

© D. R

TROIS SPECTACLES INOUBLIABLES DE DRONISOS, SELON LAURENT PERCHAIS

– Le premier spectacle donné à Bordeaux en 2018, commandé par la région Nouvelle-Aquitaine à l’occasion du festival NOVAQ. « Ils nous ont fait confiance pour un spectacle en cœur de ville, et on a démontré qu’ils avaient raison », se félicite Laurent Perchais
– Le karaoké géant, dans les rues de Rome, à l’occasion de la sortie sur Prime vidéo de la série sur Laura Pausini. « C’est un exemple de ce que l’artistique peut nous permettre de faire ».
– Le record de 2 000 drones en vol, avec des avions et un feu d’artifices, lors de l’ouverture de la plus grande course hippique au monde, à Dubaï. « Ce record nous a permis de constater que nous n’avions pas de limites ! »