« Nous utilisons l’aluminium comme carburant pour produire de l’électricité dans un générateur aluminium-air », décrit Martin Aurientis, fondateur et CEO de l’entreprise Lepty, créée en 2022 avec Hugo Barès à Lanton et installée à Pessac. « La technologie aluminium-air est très intéressante, mais il y avait des freins techniques à son développement », explique-t-il.
Alors durant 2 ans, les équipes de Lepty ont travaillé à les lever, au sein du laboratoire de chimie de l’université de Bordeaux (ICMCB), accompagnés par la SATT Aquitaine. « Nous sommes parvenus à développer une technologie de catalyseur pour la réduction de l’oxygène, qui sert à faire la réaction avec l’aluminium. Ce catalyseur extrêmement performant permet d’avoir six fois plus de puissance qu’un catalyseur classique, pour un coût de production divisé par 200 », assure-t-il.
« L’oxygène, transporté par de l’eau, oxyde l’aluminium, qui produit alors des électrons, créant un courant électrique ». Deux fois plus dense en énergie que du diesel, l’aluminium atteint 22 kWh par litre, contre environ 0,5 kWh par litre pour une batterie classique lithium-ion, par exemple. « Il s’agit donc d’une technologie intéressante pour ce qui nécessite de très grandes quantités d’énergie », résume Martin Aurientis.

La technologie de Lepty utilise des granules d’aluminium comme carburant pour générer un courant électrique. © Lepty
GNR
Quels secteurs sont concernés ? « Notre idée est tout simplement de remplacer le diesel et plus précisément le gazole non routier (GNR), utilisé dans le secteur du BTP pour alimenter les groupes électrogènes, et dans le secteur agricole comme carburant pour les engins », énumère le CEO de Lepty, qui évalue le marché du GNR à 15 milliards d’euros en France.
Les avantages de sa technologie par rapport au GNR : non inflammable, puisqu’elle fonctionne avec de l’eau, elle ne génère aucune émission directe à l’usage et réduit de 55 % le bilan carbone global par rapport au diesel. De plus, l’aluminium est recyclable à l’infini.
La technologie de Lepty ne génère aucune émission directe à l’usage
Le bémol : sa production, tout comme le recyclage de l’oxyde d’aluminium, est énergivore. Néanmoins, son rendement reste de 40 %, si l’on compare l’énergie nécessaire pour le produire à celle qu’il produit. Par ailleurs, « tout un écosystème est en train de se développer autour de l’aluminium comme vecteur d’énergie, et notamment de son recyclage », affirme Martin Aurientis. Enfin, si la technologie de Lepty est dépendante du cours de l’aluminium et du prix de l’électricité, elle reste moins chère que le diesel aux cours actuels (500 euros le MWh contre 600 euros le MWh pour le diesel).

Les locaux de Lepty, au sein de la plateforme Cheminnov, disposent d’une fonderie. © Lepty
Granules
Installé depuis 2022 au sein de Cheminnov, la plateforme de l’université de Bordeaux et de Bordeaux INP dédiée aux start-up du secteur de la chimie, Lepty a mis au point un premier prototype d’1 kW. « Mais nous avons tout repensé en 2024. Notre système, qui fonctionnait avec des plaques d’aluminium, utilise désormais des granules d’aluminium qui se stockent, se transportent et s’utilisent comme un carburant liquide, ce qui correspond parfaitement à notre marché cible », se félicite le dirigeant.
Lepty redéveloppe un nouveau prototype d’1 kW, qui devrait être finalisé en 2027. À terme, il devrait atteindre une puissance de 100 kW, qui reposera sur un assemblage de cellules. « Notre générateur restera malgré tout plus compact qu’un générateur diesel », affirme-t-il.
Adressant d’abord le marché des groupes électrogènes pour le BTP et l’événementiel, Lepty espère ensuite s’attaquer à des engins beaucoup plus gros, notamment les porte-conteneurs au diesel (un marché estimé à 14 milliards d’euros) et le secteur aéronautique.

Plusieurs cellules peuvent être assemblées pour augmenter la puissance du générateur de Lepty. © Lepty
Usine
Employant 6 personnes, principalement des ingénieurs et docteurs en électrochimie, Lepty a fait entrer un troisième associé, Yoann Videau, au profil plus industriel, l’entreprise souhaitant disposer à terme de son usine pour fabriquer certaines parties de son générateur.
Financée par une première levée de fonds d’environ un million d’euros, reposant sur des business angels, la Région Nouvelle-Aquitaine et Bpifrance, Lepty étant lauréat iLab 2022, l’entreprise gagne aujourd’hui de l’argent grâce à des contrats de prestation de R&D pour des fabricants de batteries aluminium-air. « Nous relancerons une nouvelle levée de fonds une fois notre POC prêt », annonce Martin Aurientis. Il espère mettre son générateur sur le marché en 2029.