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UAV Show 2021 – Gironde, les drones toujours plus haut

À l’occasion des 10 ans du salon du drone professionnel civil, l’UAV Show, organisé du 19 au 21 octobre à Bordeaux, François Baffou, président de Bordeaux Technowest et commissaire du salon, revient sur la genèse de la filière girondine du drone, ses acteurs sur le territoire et sur les défis qui les attendent.

Drone Gironde UAV Show 2021

@ Shutterstock

« Nous avons toujours un coup d’avance », affirme François Baffou, président de Bordeaux Technowest et commissaire du salon du drone professionnel UAV Show, dont la 6e édition a lieu du 19 au 21 octobre à Bordeaux. Née en 2005 au sein de la technopole Bordeaux Technowest à partir de quelques projets pionniers en France, la filière drone se développe depuis sur le territoire girondin autour de trois outils : une pépinière-incubateur hébergeant des entreprises innovantes ; le salon UAV Show, premier salon sur le drone civil professionnel lancé en 2010, désormais plus gros événement en Europe ; et le centre d’essais et d’expérimentation CESA drones, premier du genre en France créé en 2012 par Technowest à Sainte-Hélène.

Nous avons initié, organisé et structuré cette filière dont l’expansion a été très forte depuis une dizaine d’années

François Baffou

François Baffou © D. R.

« Nous avons initié, organisé et structuré cette filière dont l’expansion a été très forte depuis une dizaine d’années », assure François Baffou, qui a recensé près de 8 000 entreprises de drones au niveau national. Un essor permis par la mise en place de « la première réglementation au monde sur les drones civils. La France étant le premier pays à avoir légiféré en 2012 », rappelle l’ancien trésorier de la Fédération professionnelle du drone civil (FPDC) qui a collaboré, sous l’égide de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), à l’élaboration de cette réglementation, et participe encore aujourd’hui à son évolution à travers le Conseil des drones civils (CDC), mis en place en 2017 par la DGAC. Les règles doivent en effet s’adapter constamment, « en fonction de l’évolution de la technologie et de la fiabilité des systèmes », remarque François Baffou.

En 2010, on était content quand on faisait voler un drone, aujourd’hui, ils ont des applications industrielles spécifiques

APPLICATIONS MÉTIERS

En moins de 10 ans, les capacités et les fonctionnalités des appareils ont ainsi fortement progressé : « on est passé d’un monde à un autre. En 2010, on était content quand on faisait voler un drone, aujourd’hui, ils ont des applications industrielles spécifiques », poursuit-il. Parmi les spécialités des sociétés dronistes girondines, il y a notamment la surveillance de sites sensibles tels que les grands ports, avec Azur Drones (Mérignac), par exemple ; la sécurité et la surveillance, avec Milton (Bordeaux), qui œuvre dans le civil et le militaire ; l’agriculture de précision, avec Reflets du monde (Saint-Aubin-du-Médoc), qui permet de surveiller et de traiter les cultures de façon ciblée ; l’inspection d’ouvrages d’art et de canalisations, avec Lynx Drones (Bordeaux), qui détecte les fissures, microfissures et autres défauts ; ou encore Aerix Systems (Mérignac), dont le drone multirotor et omnidirectionnel permet un travail aérien dans des conditions difficiles voire extrêmes. Un ensemble d’applications métiers qui se sont développées notamment grâce au centre d’essais CESA drones, « où tous les acteurs de la filière viennent faire leurs tests », précise François Baffou, comme par exemple les Girondins de Dronisos, leader européen des spectacles de drones, capable de faire voler en formation plusieurs centaines d’engins. Ils y réalisent également leurs formations théoriques, pratiques et applicatives-métiers.

« Nous avons mis en place un certain nombre de procédures et d’équipements tels que des lignes à moyenne tension. Et nous allons prochainement installer des tuyaux et des panneaux photovoltaïques. Petit à petit, nous équipons la zone pour que les grands donneurs d’ordres qui ont du réseau et souhaitent faire de l’inspection comme GRT Gaz, EDF, Enedis, Engie ou encore la SNCF puissent former leurs opérateurs au CESA », détaille François Baffou.

Quand on crée un outil, il faut toujours penser à la malveillance

Drone Gironde UAV Show 2021

© artiste associe photographes

ANALYSE DE DONNÉES ET LUTTE ANTI-DRONE

Prochains enjeux pour la filière, outre les défis technologiques liés à la miniaturisation, aux vols hors vue (jusqu’à 50 km de distance), ou encore l’insertion des aéronefs dans l’espace de mobilité aérienne urbaine (voir encadré) : créer les métiers qui permettront d’exploiter au mieux les données captées par les drones. « La qualité, la fiabilité, l’analyse et la retranscription de la donnée pour le client final sont essentielles. Il doit pouvoir la comprendre et l’utiliser », rappelle le président de Bordeaux Technowest. C’est pourquoi il est en train de travailler à la création d’un centre de formation autour de la vidéo et de la photo-interprétation. Autre thème : la lutte anti-drone et la cybersécurité, « car quand on crée un outil, il faut toujours penser à la malveillance », insiste François Baffou, qui rappelle la difficulté pour les radars conventionnels de détecter les drones, en raison de leur petite masse et de leur rapidité. Autant de sujets et beaucoup d’autres encore qui feront l’objet de tables rondes, de conférences et d’ateliers lors de l’UAV Show (voir encadré), dont le commissaire projette de créer une version parisienne, « peut-être sous licence, afin qu’il y ait un événement sur le drone tous les ans en alternance entre Paris et Bordeaux, et cela sans concurrence », annonce-t-il. Car il en est persuadé : cette micro-filière, qui ne pèse aujourd’hui que 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, dont seulement la moitié pour le secteur industriel, « va continuer de se développer, en même temps que se développeront la demande, la réglementation et la technologie, ses trois pieds ». Mais il faudra toujours « prendre le drone pour ce qu’il est : un moyen et non but », prévient-il.

 

LE SALON UAV SHOW 2021 EN BREF

Plus gros évènement sur le drone civil en Europe

6e édition, 10e anniversaire du salon bisannuel

Du 19 au 21 octobre 2021

110 exposants inscrits de 10 pays

2 500 visiteurs professionnels attendus de 40 nationalités

3 000 m2 d’exposition au Palais 2 l’Atlantique, Parc des expositions de Bordeaux

Keynote d’ouverture par Damien Cazé, directeur général de la DGAC

Programme des 2 premiers jours : 10 conférences, 17 ateliers,

4 tables rondes

Le 3e jour : 8 démonstrations applicatives en vol au CESA, à Sainte-Hélène

LA FILIÈRE DRONE CIVIL EN CHIFFRES

Naissance : 2005

Nombre d’entreprises en 2020 : environ 8 000

Dont 88 % font moins de 100 000 euros de CA par an

CA global annuel : 300 millions d’euros

Dont 50 % réalisé par l’audiovisuel, et 50 % par l’industriel

 

BIENTÔT DES TAXIS VOLANTS À BORDEAUX ?

Taxis volants, drones de transport médical, de passagers ou de fret… C’est pour permettre le développement de l’utilisation de véhicules aériens sans pilote (UAV) en milieu urbain qu’a été imaginé le projet européen TindAIR. Sous l’égide du programme SESAR (Single European Sky Air Traffic Management Research), réunissant un groupe d’entreprises et de laboratoires français, italiens, espagnols et britanniques coordonnés par Innov’ATM (société française spécialiste de l’intelligence artificielle pour la gestion du trafic aérien des drones et la lutte anti-drone), ce projet consiste à « assurer une cohabitation, sans restriction et en toute sécurité, de tous les utilisateurs de l’espace aérien », précise un communiqué. TindAIR va se concrétiser par une série de démonstrations à grande échelle de mobilité aérienne urbaine (UAM), « avec un accent mis sur la gestion des conflits entre différents types de plateformes volantes ». Elles débuteront en 2022 dans des zones urbaines et périurbaines de villes françaises dont Bordeaux et Toulouse, avec l’ambition de « permettre l’émergence des modes de transport et des industries de demain »