« L’innovation n’est pas un luxe, c’est une nécessité : nous avons besoin de réponses nouvelles pour répondre enjeux de santé des territoires », rappelle Vincent-Nicolas Delpech, directeur général du CHU de Bordeaux. Il recevait, les 8 et 9 décembre derniers au palais des congrès de Bordeaux, la 4e édition des CHU HealthTech Connexion Day, organisée par la Conférence des directeurs généraux de CHU et France Biotech, association fédérant les entrepreneurs de l’innovation en santé.
Cet événement national a réuni près de 1 000 participants, entrepreneurs, équipes des 32 CHU de la Conférence, représentants médicaux, experts et financeurs du secteur. « C’est une joie et une reconnaissance de notre écosystème de recevoir ce rendez-vous essentiel qui illustre une réalité incontournable : le rôle de promoteur et de coordonnateur de l’innovation des CHU, au service des patients et des territoires », a insisté Vincent-Nicolas Delpech.
Cas patient
Le directeur général du CHU de Bordeaux a animé, aux côtés d’Arnaud Mascarell, CEO de la medtech girondine de dispositifs médicaux cardiaques FineHeart, la session plénière de clôture autour de l’innovation au service des territoires. « Nous avons souhaité donner la parole aux start-up qui font l’innovation dans les CHU, selon les principes de la médecine 5P : personnalisée, prédictive, préventive, participative et fondée sur la preuve », explique Arnaud Mascarell.
Spin-off du CHU
Émanation du CHU de Bordeaux et de l’IHU Liryc, Careline Solutions propose ainsi de la télésurveillance multiparamétrique donnant une vision globale de l’état du patient à tout moment. « Patients, infirmières, médecins généralistes et CHU sont connectés à travers la solution afin d’empêcher une rupture de soin et de suivi », précise Stéphanie Dulout, directrice générale de Careline.
Nous avons souhaité donner la parole aux start-up qui font l’innovation dans les CHU
Pour optimiser le traitement médicamenteux, la spin-off du CHU Synapse Medicine propose quant à elle MedGPT, assistant d’aide à la décision basé sur des sources médicales officielles. « Dans le cadre d’un accord-cadre, nous avons pu réaliser l’évaluation clinique du dispositif dans le CHU, ce qui nous a permis de le déployer auprès de la médecine de ville », détaille Louis Létinier, cofondateur de Synapse.
Afin de permettre à n’importe quel professionnel de santé de réaliser une échographie cardiaque, Deski a pour sa part développé au sein du CHU la solution HeartFocus, « qui permet de répondre au problème de délai de prise en charge des patients », précise Bertrand Moal, cofondateur de Deski et médecin de santé publique.
Condensé
« Cet exemple est un condensé de ce qu’il faut faire pour favoriser l’innovation en santé : un soutien à la base des CHU, des collaborations pour tester et évaluer les innovations, une vision globale du parcours patient, etc. », commente Charles-Édouard Escurat, directeur général de l’Agence d’innovation en santé. Et qui montre aussi « tous les sujets qui restent devant nous : la capacité à désîloter, l’interopérabilité des solutions et l’accès aux données, l’enjeu majeur de la formation des personnels de santé, et l’industrialisation des solutions à tous les autres territoires », ajoute-t-il.
Déverrouillage
Reste en effet à lever plusieurs freins pour que ces innovations se diffusent. La solution de Deski, par exemple, est déployée aux États-Unis, où les infirmières ont le droit de pratiquer des échographies, mais pas en France. « Le cadre légal français et européen n’est pas favorable à la délégation de tâches », regrette Bertrand Moal. Or, un Français sur deux n’a pas accès à un cardiologue, alors qu’il a accès à une infirmière.
L’interopérabilité des solutions entre elles et avec les logiciels des hôpitaux (DPI) est également un sujet. Tout comme le financement des solutions. « Pour cela, l’évaluation de l’impact des dispositifs est clé. Nous avons collaboré entre concurrents pour démontrer à l’HAS l’efficacité de nos solutions de télésurveillance », confie Stéphanie Dulout, directrice de Careline, remboursée par la Sécurité sociale.
Quoi qu’il en soit, pour atteindre l’ambition de faire de la France un pays majeur de l’innovation en santé, « il faudra déverrouiller notre système de santé. Nous avons un rôle de lobbying à jouer pour faire avancer les choses », conclut Vincent-Nicolas Delpech.