Tout a commencé pendant le confinement en 2020. Passionné de low tech, de circuit court, de bricolage, Douglas Bertin, 24 ans, s’est intéressé aux huîtres et plus précisément aux coquilles qui finissent incinérées. « Une hérésie écologique et économique », assure-t-il. Car, en creusant, il découvre que cette coquille est majoritairement composée de calcaire, lui-même omniprésent dans l’industrie. Et de citer la plasturgie, la cosmétique, le verre, la peinture, ou encore le béton dont la production « représente 8% des émissions de CO2 mondiales, soit 4 fois plus que les émissions liées à l’aviation », insiste Douglas Bertin.

© CalX
Béton naturel et ciment bas carbone
C’est partant de ce constat qu’il cofonde CalX aux côtés de Quentin Germe, 26 ans, en novembre 2024 et développe, avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Ifremer, un béton 100% naturel spécialisé pour le domaine maritime. « Nous remplaçons le sable et les gravats présents dans le béton traditionnel par de la poudre et des flocons de coquilles d’huîtres. Par ailleurs, nous développons un ciment bas carbone pour le secteur maritime, sans produit chimique, et qui ne sera pas chauffé. » Pas question à ce stade, d’en dévoiler la recette. « De la poudre de perlinpinpin », s’amuse Douglas Bertin pour préserver l’innovation.
Il affiche en revanche haut et fort ses ambitions. L’entreprise veut développer un béton marin résistant dans l’eau pour les constructions, biocompatible avec les espèces sous-marines et rendre à la mer ce qu’elle a donné. « C’est notre credo », insiste Douglas Bertin.

© CalX
1 500 tonnes valorisées la première année
CalX se positionne en tant que fournisseur de matières premières et non en fabricant de produits finis. L’entreprise va donc vendre son ciment, mais aussi de la poudre et des flocons de coquilles d’huîtres qui, au-delà d’entrer dans la composition du béton, seront vendues pour des applications dans l’agriculture, la cosmétique ou encore le plastique. Le tout en circuit court, par conviction et pour des raisons économiques.
Désormais, CalX n’en est plus à « un simple pitch ou à un PowerPoint ». L’entreprise, qui lève actuellement des fonds, s’apprête à lancer la production début 2026 sur un terrain de 1 000m2 avec 200 m² d’entrepôt qu’elle loue à Gujan-Mestras. Trois personnes seront embauchées – deux opérateurs pour la ligne de production et un ingénieur en chimie des matériaux – l’objectif étant de valoriser 1 500 tonnes de coquilles la première année « pour montrer qu’il y a de la traction-marché, le but étant de multiplier par quatre en suivant. »
L’entreprise, qui lève actuellement des fonds, s’apprête à lancer la production début 2026.
Le Gironde sera la preuve de concept, mais l’idée est ensuite de s’implanter proche des gisements et de dupliquer un modèle d’usine à taille humaine.
Avec les ostréiculteurs
Un projet passion pour les deux ingénieurs fondateurs, qui pratiquent le surf, la voile et dont les familles sont originaires du bassin d’Arcachon. Pour autant, Douglas Bertin reconnait dormir peu, ne pas sortir, accepter des petits boulots pour pouvoir broyer des huîtres. Il vit « les montagnes russes de l’entrepreneuriat. » Mais s’il le fait, c’est parce qu’il en est persuadé depuis tout petit : « les déchets sont l’or de demain. Et nous en avons sous les pieds ! »

Les coquilles d’huîtres sont transformées en poudre et flocons. © CalX
Le gisement est estimé à 6 500 tonnes sur le Bassin. Cela nécessite de travailler avec les ostréiculteurs qui sont « la clé de voûte du projet. » D’où le choix d’être incubé au pôle économique de la communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon Sud (Cobas) à La Teste-de-Buch, partenaire de Bordeaux Technowest. « C’est stratégique et surtout obligatoire. Nous avons les pieds dans la vase avec les ostréiculteurs. »
CalX en quelques mots
Associés : Douglas Bertin (24 ans), Quentin Germe (26 ans)
Accompagnement : incubation au pôle économique de la Cobas à La Teste-de-Buch.
Promesse : CalX qui valorise les déchets coquilliers s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire et de protection des écosystèmes marins.
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