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[ La relève ] Sylphaero : « C’est une course à l’innovation »

MÉRIGNAC - À 25 ans, Tom Bernat et son associé Damien Engemann développent les premiers turboréacteurs 100 % électriques au plasma pour l’aviation, tout en maintenant des vitesses élevées. Ils visent la commercialisation dans l’aviation d'affaires pour 2030.

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Echos Judiciaires Girondins : Quelle innovation propose votre start-up ?

Tom Bernat : « Nous développons, avec mon associé Damien Engemann, les premiers turboréacteurs 100 % électriques pour l’aviation, tout en permettant aux avions d’atteindre des vitesses élevées. Nos moteurs ne sont pas de type électromagnétique, comme ceux des voitures Tesla par exemple. Le problème de ce mode de propulsion est la vitesse. Le dernier record atteint, en date de 2021, est aux alentours de 600 km/h. Or la vitesse de croisière, pour plus de 95 % des avions, avoisine les 900 km/h. La technologie que nous sommes en train de développer vise à réduire cette différence. Nous électrifions directement les réacteurs d’avion. C’est-à-dire que nous reprenons le même principe de fonctionnement qu’un réacteur classique, en enlevant le carburant et en chauffant l’air électriquement. Le point clé est la transformation de l’air en plasma, le quatrième état de la matière. Il s’agit d’un gaz ionisé, composé d’électrons et d’ions, très sensible à l’action de champ électrique. Cela permet de supprimer toutes les émissions de gaz à effet de serre en vol. Nous sommes la seule société au monde à travailler sur cette technologie. »

 

EJG : Racontez-nous votre histoire entrepreneuriale…

T. B. : « J’ai fait un master en génie mécanique à Strasbourg. J’étais en apprentissage, au sein de Safran. J’ai rencontré Damien en 2019 lorsqu’il a pitché le projet sur lequel nous travaillons aujourd’hui, et je l’ai rejoint. Nous avons candidaté, en septembre 2020, à un appel à projets de Bordeaux Technowest, et déménagé à Mérignac en 2021. Nous avons fait un apport de fonds propres aux alentours de 50 000 euros, avons reçu un soutien financier de la Région Nouvelle-Aquitaine et de Bpifrance. Airbus nous a octroyé un prêt via sa structure Airbus Développement, et Réseau Entreprendre un prêt d’honneur. Nous avons également un financement du Cnes (Centre national d’études spatiales). En mars 2022, nous avons embauché nos premiers collaborateurs et avons commencé le développement d’un prototype. Nous réalisons l’assemblage nous-mêmes en privilégiant les fournisseurs français. Nous travaillons par exemple avec DG Meca, une entreprise d’usinage mécanique basée à Gradignan. Nous partageons l’achat des pièces auprès de plusieurs sociétés, afin que personne ne puisse avoir le plafond d’assemblage complet. »

Tom Bernat et Damien Engemann, fondateurs de Sylphaero © Sylphaero

Tom Bernat et Damien Engemann, fondateurs de Sylphaero © Sylphaero

 

EJG : À quelle étape de son développement votre entreprise est-elle ?

T. B. : « La première étape consiste à développer une preuve de concept : un petit prototype qui doit prouver la faisabilité technique et la performance de nos moteurs. En 2022, nous avons travaillé sur la conception numérique de ce dernier, et commencé la fabrication dès 2023. Il s’agit d’un petit réacteur de 90 Kilowatts de puissance, en deux parties : la partie turbomachine et celle de la chambre plasmique. Aujourd’hui, nous sommes en train de faire les essais du système plasma à forte puissance, dans des conditions similaires à celles qu’il subira dans le moteur. Une fois que ce sera validé, nous pourrons passer aux essais du moteur complet, dans les prochaines semaines. »

 

EJG : Comment envisagez-vous les prochaines années ?

T. B. : « Le but de cette preuve de concept est de convaincre des acteurs financiers. Nous préparons une levée de fonds de 3 à 5 millions d’euros. Nous sommes actuellement quatre à temps plein. Nous visons des recrutements en cascade, de 15 à 25 personnes. Nous voulons lancer le développement d’un démonstrateur de plus grande taille et commencer les essais en vol d’ici fin 2026. D’ici 2030, nous espérons commercialiser notre premier moteur dans le civil, pour l’aviation d’affaires. La principale limite de l’électrique aujourd’hui, c’est la quantité d’énergie qu’on peut stocker, par rapport à ce qu’on peut faire avec du carburant. Les avions ont environ 12 000 km d’autonomie avec le kérosène. Avec les batteries électriques de l’aviation, nous pourrions atteindre pour le moment jusqu’à 1 500 km d’autonomie. Cela correspond à 80 % des vols d’affaires en Europe. Nous espérons ainsi séduire de gros acteurs de l’aviation commerciale, comme Airbus et Boeing. Et ainsi pouvoir cibler, par exemple, des A 320 sur de petits vols. C’est une course à l’innovation. »

Fiche d’identité :

Nom du fondateur : Tom Bernat, avec Damien Engemann

Âge : 25 ans

Nom de l’entreprise : Sylphaero

Date de création de l’entreprise : 25 mars 2021

Objectif : Développer les premiers turboréacteurs 100 % électriques pour l’aviation