Couverture du journal du 20/05/2022 Consulter le journal

Recrutements saisonniers, le rôle majeur de Facebook

Avec l’importance prise par les réseaux sociaux dans nos sociétés, de nouveaux modes de recrutement se mettent en place. Parmi eux : les groupes Facebook. Facile, rapide et visible : ce moyen d’annonce séduit de plus en plus d’employeurs.

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« Les saisonniers Nouvelle-Aquitaine », « Recrutement urgent », « Plus d’infos en dm »… : si vous êtes sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur Facebook, il est possible que vous ayez déjà vu passer ces messages émanant de groupes, qui ont pour but de recruter de jeunes saisonniers. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux dans nos vies, un nouveau mode de recrutement est de plus en plus répandu via deux canaux incontournables : Facebook et Instagram. Rapidité, facilité à toucher des jeunes, dialogue simplifié, partage : de nombreux hôtels, restaurants utilisent cette méthode. Pour cause, sur ces groupes, dédiés uniquement aux jobs saisonniers, il est possible de poster des offres d’emploi, mais également d’avoir accès aux publications des personnes recherchant un job pour la saison, tout en connaissant les attentes exactes des uns et des autres.

EFFICACITÉ DES RÉSEAUX SOCIAUX

« C’est un peu le nouveau mode de recrutement » : pour Alexandre Lepage, cogérant de l’Auberge du Bassin au Cap-Ferret, les groupes saisonniers de Facebook sont la nouvelle technique des jeunes pour postuler. Le restaurateur utilise depuis 5 ans ces groupes pour recruter son personnel, et il n’a aucun doute sur l’efficacité de ce réseau social. « Ça permet de toucher presque directement des centaines de personnes, à la fois de diffuser des annonces, et de voir des profils », argumente-t-il. Alexandra Lavaud, responsable de salle du restaurant La Cabane situé à Lacanau-Océan, utilise, quant à elle, ces groupes depuis environ 8 ans. « On utilise Facebook parce qu’il y a de plus en plus de groupes dédiés à nos besoins qui se créent, les jeunes sont beaucoup plus sur les réseaux sociaux maintenant, et il est très facile de relayer nos postes et donc d’avoir plus de visibilités », explique la fille du gérant. « On ne fait pas que ces groupes, ce sont les réseaux en général qui marchent depuis quelque temps » : Alexandra Lavaud recrute également par le biais d’Instagram. Stories, publications, même principe : les employés du restaurant partagent les appels d’offres, leurs amis les voient, postulent ou repartagent et le recrutement gagne en visibilité.

Les employés du restaurant partagent les offres, leurs amis les voient et postulent, le recrutement gagne en visibilité

UN MOYEN SIMPLE

« Ces groupes Facebook, c’est la simplicité » : Isabelle Charreau, présidente de la franchise Les services d’Aline, conciergerie à Bordeaux, Arcachon et au Cap-Ferret, utilise le même moyen de recrutement pour ces employés saisonniers. « Les groupes sont déjà créés, on trouve les postes et CV des personnes qui recherchent un emploi, et on peut aussi, nous, poster », certifie la présidente.

La force des groupes Facebook, c’est leur localisation précise : par exemple, les Saisonniers du Cap-Ferret…

Pour Alexandre Lepage, l’atout de ces groupes Facebook, ce sont leurs précisions : « Pour des groupes comme les saisonniers du Cap-Ferret, c’est très localisé, c’est encore mieux ». Selon le cogérant, lorsqu’il met une annonce sur des sites professionnels, les personnes qui postulent viennent de partout en France « et ne connaissent pas forcément le Cap-Ferret ». « Alors que là, les personnes qui sont sur les groupes connaissent très bien la presqu’île, donc ils connaissent les avantages comme les inconvénients, l’ambiance qu’il y a sur les lieux… Ça nous permet d’avoir des personnes dont on est sûr que les conditions de la zone géographique leur conviennent », indique-t-il.

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LES AUTRES SITES D’ANNONCES DÉLAISSÉS

Pôle emploi, Indeed, sites professionnels tels que « l’hôtellerie et la restauration » : ces modes de recrutements sont-ils encore utiles ? « Les gens vont beaucoup plus sur les réseaux sociaux que sur ces autres sites d’annonces, il n’y a quasiment plus personne », confie Alexandra Lavaud. La responsable de salle affirme recruter plus facilement grâce à Facebook que ces autres sites d’annonces plus traditionnels. Pour le gérant de l’Auberge du Bassin, ces groupes fonctionnent mieux que Pôle emploi : « C’est indéniable ». « On va avoir des personnes avec ou sans expérience, qui sont là pour la saison, à côté de leurs études. Ces personnes-là, elles ne sont pas encore sur le marché du travail, et ne sont donc ni sur Pôle emploi ou Indeed. Le meilleur moyen de les toucher, ce sont les réseaux sociaux », affirme le cogérant. Il n’y a aucun doute : « La motivation des jeunes, qui veulent vraiment travailler, elle est sur les groupes Facebook », certifie-t-il. D’ailleurs, l’Auberge du Bassin recrute, en moyenne par année, 50 % de ces effectifs grâce à ce réseau social. Pour La Cabane, ce sont 3 à 4 personnes employées en moyenne par année, par ce biais.

La motivation des jeunes, qui veulent vraiment travailler, elle est sur les groupes Facebook

Isabelle Charreau, présidente de la Franchise La Conciergerie d’Aline, relève tout de même un aspect négatif de ce moyen de recrutement : des « critiques » venant d’utilisateurs. « J’ai appris à ne plus trop détail-détailler les postes que je propose, à la place, je donne les informations supplémentaires en privé », confie la présidente. Pour cause, la dirigeante a reçu de nombreux messages négatifs : « Je me suis fait incendier ». Accusée à propos des conditions de travail et du salaire, la présidente de la franchise n’a pas compris cette agressivité : « Les gens se sont déchaînés, pourtant, nous payons bien nos employés et faisons des horaires normaux pour des jobs saisonniers ». Elle nuance tout de même, en précisant qu’il ne s’agit que d’une légère partie des personnes présentes sur ces groupes.

PÉNURIE D’EMPLOYÉSSAISONNIERS : « ON N’A JAMAIS VU ÇA »

Pour la première fois, ces professionnels de la restauration reconnaissent être en manque de candidats pour ces jobs saisonniers, ce qui les inquiète pour la suite. « Je suis à moins d’un mois de l’ouverture, et il me manque la moitié de mon équipe », explique Alexandre Lepage. Le problème : il y a trop d’offres pour peu de demandes, « Tout le monde recherche, donc les candidats n’ont que l’embarras du choix. Ils sont en position de force, ils négocient et vont donc au plus offrant », déplore le cogérant. Pour Alexandra Lavaud, même constat : « On n’a jamais vu ça ». « Ça va faire 10 jours que nous avons mis notre annonce, et nous n’avons reçu aucun CV. En 2020, à cette période, on avait déjà toute notre équipe de calée », justifie-t-elle. « Un de mes confrères en restauration nous a dit qu’il était à deux doigts de fermer le restaurant parce que c’est trop compliqué », s’alarme la fille du gérant.

Selon elle, cette pénurie d’employés saisonniers viendrait de l’envie de stabilité (besoin de CDI), mais aussi de trop faibles salaires pour les saisonniers : « Vu comment le coût de la vie augmente, ils aimeraient qu’on augmente les salaires. Mais avec les taxes, etc., ça reste compliqué pour les patrons ». La responsable de salle pointe également le problème de logement, qui ne cesse de s’accentuer depuis le Covid : « Nous, on a 13 employés, et on ne peut pas, en plein boom, proposer 13 logements, ça n’existe pas », affirme-t-elle. Des solutions pour remédier à ce manque de personnels, ces restaurateurs en cherchent : augmenter le salaire, trouver des logements, alléger les horaires… « Mais on ne peut pas payer 3 000 euros un serveur, pour la santé de notre entreprise, ce n’est pas vivable », conclut Alexandre Lepage.