Couverture du journal du 20/11/2020 Consulter le journal

Texaa, les artisans du silence

L’entreprise de « TEXtiles, Acoustics, Architecture », basée à Gradignan, crée depuis 30 ans des revêtements acoustiques qui habillent les projets d’architectes du monde entier. En 2020, elle s’affirme avec une nouvelle gamme de couleurs, des produits écoresponsables et bientôt un lustre absorbeur de sons. Rencontre avec son dirigeant, Matthieu Demptos.

Texaa Gradignan

®Studio Erick Saillet

Matthieu Demptos, PDG de Texaa

Matthieu Demptos, PDG de Texaa ®I.Mathie

Texaa est une petite entreprise familiale d’artisanat, attachée à ses valeurs. C’est aussi l’une des entreprises historiques de son secteur, le revêtement acoustique, dont les produits sont présents dans le monde entier, au cœur de projets dirigés par les architectes les plus prestigieux. Fondée par Bernard Demptos, issu d’une grande famille de tonneliers girondins, et dirigée par Matthieu Demptos, son fils âgé de 35 ans, l’entreprise a été créée à Gradignan en 1979 sur les ruines de Fatexaa. Cette ancienne société béglaise de fabrication de textiles ajourés, notamment destinés à la confection d’espadrilles, avait imaginé allier ses tissus à des mousses souples pour constituer des revêtements acoustiques avant de faire faillite. Passionné d’architecture, Bernard Demptos la rachète, conserve les machines, puis se concentre sur cette unique activité, qu’il voit comme « une pépite ». L’entreprise devient Texaa, pour « Textiles, acoustics, architecture » et affiche en 2019 un chiffre d’affaires de près de 11 millions d’euros. Depuis 30 ans, « le cœur de notre savoir-faire, c’est le textile et sa capacité à être associé à d’autres matériaux – mousses, feutres synthétiques, laines minérales –, pour obtenir des complexes qui ont une utilité acoustique », explique Matthieu Demptos. Œnologue de formation, il a rejoint l’entreprise il y a 12 ans, passant par tous les services avant d’en prendre la direction.

Revêtements, stores, panneaux, rideaux, maille élargie brevetée pour plafond, objets et bientôt lustre acoustique, Texaa développe tous ses produits au sein de son bureau d’études, constitué d’experts en acoustique, mais aussi en réglementation incendie, « le comportement au feu des matières étant une contrainte réglementaire de l’architecture », relève le dirigeant. L’atelier de fabrication s’attèle ensuite à la production du tissu et des produits finis, assemblés sur commande.

Tout est fait à la demande, ici, à Gradignan…

…se targue Matthieu Demptos, qui l’assure : « dès le départ, la question de la responsabilité était dans notre ADN. Hier en sauvant une manufacture de textile et en la maintenant dans la région. Aujourd’hui en fabriquant des produits qui ont un impact environnemental le plus faible possible ». En témoignent le nouveau store écoresponsable (« occultant, thermique et acoustique ») de Texaa et sa capacité à utiliser de moins en moins de matière dans ses produits, de plus en plus pérennes. Mais aussi ses nouvelles matières naturelles, qui devraient être disponibles fin 2020, et ses revêtements démontables, pour permettre le recyclage de chaque composant.

 

Texaa Gradignan

© D. R.

20 À 30 % DE L’ACTIVITÉ À L’EXPORT

Ce savoir-faire unique a permis à Texaa de travailler sur les projets des architectes les plus prestigieux, tels que l’Italien Renzo Piano ou le Britannique Norman Foster, et d’avoir notamment tapissé les salles de contrôle de « l’astroport » de Virgin Galactic au Nouveau-Mexique ou des studios d’enregistrement à Los Angeles.

« Dès le départ, tradition de la tonnellerie oblige, nous avons cherché à nous développer à l’export, qui représente 20 à 30 % de notre activité. Nous disposons d’ailleurs d’une représentation commerciale en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis, et avons des partenaires partout en Europe, et des projets partout dans le monde », indique Matthieu Demptos. Texaa est aussi présente en France, où ses produits habillent des gares (à Nîmes), des écoles d’art (à Arles), mais aussi des lieux créés pour des marques de luxe, comme Hermès. « Nous allons également équiper un centre cloud en région parisienne. C’est le plus gros projet qu’on n’a jamais eu », confie le dirigeant. En Gironde, l’entreprise a travaillé avec les architectes qui ont rénové la Maison des Arts de Pessac, pour le FRAC, pour plusieurs châteaux, restaurants, négociants ou même la bibliothèque de Mériadeck. « Nous avons des projets de toute taille, nous livrons une trentaine de sites par jour, tous différents », insiste Matthieu Demptos.

BAISSE D’ACTIVITÉ DE 15 %

Texaa, qui a subi de plein fouet le confinement de mars et l’arrêt de l’activité dans les BTP en France, devait finir l’année avec une baisse d’activité de 15 %, sans compter le reconfinement de novembre. « Notre chance, ce sont les gros projets à l’étranger qui ont pris le relai, notamment en Hongrie. Mais nous sommes sur un marché de prescription, donc ce qui nous inquiète maintenant, ce sont les projets suivants, à l’horizon 2021-2022 », reconnaît le jeune dirigeant. Quoiqu’il en soit, l’entreprise, qui jouit d’une réputation bien établie sur un marché de niche, ne manque pas d’arguments pour tirer son épingle du jeu.

 


 

LA COOPÉRATION AU CŒUR

« Nous voulons la reconnaissance des prescripteurs. C’est pourquoi nous gardons un lien assez fort avec le besoin utilisateur : nos produits naissent de la demande du marché », explique Matthieu Demptos. C’est pourquoi chaque produit Texaa est fabriqué sur commande et répond à une demande spécifique. C’est d’ailleurs ainsi qu’a été mise au point la maille agrandie brevetée Strato, absorbante et respirante, qui habille les plafonds en lieu et place du traditionnel métal perforé. « Ce produit est né d’une demande particulière sur un projet de bâtiment de Renzo Piano, en Italie », confie le dirigeant. « C’est le rôle de notre bureau d’études de faire évoluer les produits, de les adapter à des projets architecturaux   spécifiques et d’en créer de nouveaux ». Texaa dispose également sur son site de Gradignan d’une chambre  de test réverbérante, et réalise des tests au moins une journée par mois à l’institut technique FCBA (centre technique industriel français). « Toutes les problématiques techniques sont gérées en interaction entre le bureau d’études, l’atelier et l’extérieur : il s’agit d’une collaboration multiple, qui se fait en lien avec tout un écosystème », insiste Matthieu Demptos.