« J’avais besoin d’un projet en phase avec mes convictions, mes valeurs et plus local », confie Éloïse Coulon, gérante de la marque Petit Pote, créée en 2010 à Bordeaux. Responsable grands comptes pour des marques de sport internationales telles que Puma et Adidas pendant une quinzaine d’années, elle a repris en 2023 cette marque de vêtements évolutifs pour enfants après sa liquidation. Des vêtements mixtes aux coupes et matières pensées pour être portés de 0 à 4 ans en évoluant avec l’enfant, vendus en ligne.
« J’étais cliente de Petit Pote, et lorsque je suis rentrée à Bordeaux, la fondatrice Caroline Ricard, qui souhaitait arrêter son activité, m’a proposé de la reprendre. J’adorais Petit Pote, sa logique de consommer moins mais mieux, complètement anti-fast fashion. Je ne voulais pas qu’elle disparaisse, alors je me suis lancée : j’ai racheté la marque, le site et la base de données clients », explique-t-elle.

Le pantalon évolutif de Petit Pote dispose d’ourlets qui se déroulent pour suivre l’évolution de l’enfant de 0 à 4 ans. © Petit Pote
Appropriation
Associée avec le multi-entrepreneur girondin David Eymé, « qui m’apporte du réseau, des conseils et de l’accompagnement », gage-t-elle, Éloïse Coulon passe également un an dans l’incubateur Les Premières Nouvelle-Aquitaine. « Quand on reprend une marque, il faut se l’approprier. Les Premières m’ont aidée à repenser le projet, à reposer les bases de l’entreprise tout en me mettant à niveau sur des sujets comme la comptabilité ou l’Urssaf », se souvient-elle.
Le programme, soutenu par le dispositif régional « Entreprendre, la Région à vos côtés », lui donne accès à un financement France Active et à un accompagnement bancaire.
Emploi local
De quoi créer son propre atelier de production avec une couturière, en collaboration avec deux autres marques éthiques (Pitigaïa et Belle Pousse, disparue depuis), basé sur un groupement d’intérêt économique. « L’un de mes objectifs en créant l’entreprise était de favoriser le made in France et l’emploi local, même si cela a un coût », glisse Éloïse Coulon. Las, après trois ans avec des coûts de production trop élevés, la dirigeante perd l’un de ses partenaires, placé en liquidation judiciaire, et se voit contrainte de fermer l’atelier.
Ainsi, « depuis le mois de février, je suis en pleine restructuration de la production. J’ai des pistes avec un atelier à Darwin, un autre en Savoie, des couturières indépendantes à Bordeaux… Je leur fournis les patrons des modèles, je source les matières premières, que je choisis durables, certifiées Oeko-Tex et Gots. Je tends à n’utiliser que des matières naturelles, j’ai d’ailleurs arrêté le polyester fin 2025 », annonce Éloïse Coulon.
En sous-traitant sa production, elle espère finir l’année à l’équilibre pour la première fois depuis sa reprise. « Je souhaite aussi pouvoir créer une gamme d’été qui performe, car nos ventes sont très saisonnières, plutôt en automne-hiver », indique Éloïse Coulon, qui a enregistré un chiffre d’affaires d’environ 50 000 euros en 2025.

© Petit Pote
Conquête
Ses objectifs désormais : diversifier ses canaux de distribution. « Je démarche des boutiques, mais ce n’est pas évident actuellement pour le commerce physique », constate la dirigeante. Et conquérir de nouveaux clients. « Je suis sur un marché de niche, avec des vêtements qui se gardent longtemps, se transmettent, il faut élargir la clientèle. Or ce n’est pas évident pour les petites marques d’exister dans ce système où il faut des budgets de communication énormes », regrette-t-elle.
Éloïse Coulon dispose néanmoins d’une proposition et d’un positionnement clairs. « Je m’affirme comme une marque éthique et durable, même si c’est beaucoup plus cher à produire. Ce sont des choix forts. Je ne suis pas dans la tendance. Je prends des risques, mais je suis alignée », conclut-elle.

La couverture Petit Pote © Petit Pote
Quinzaine de la création d’entreprise : l’engagement comme pilier
Mise en avant à l’occasion de la 5e édition de la Quinzaine de la Création d’entreprise, organisée du 20 avril au 7 mai par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et ses partenaires, Éloïse Coulon illustre la thématique 2026 : « Création/reprise d’entreprise et ses impacts : toutes et tous engagés pour un avenir durable ». Leviers essentiels de l’emploi et de la transformation des territoires, les créations d’entreprises sont portées à 48 % par des femmes en Nouvelle-Aquitaine, soit 8 points de plus que la moyenne nationale, selon le baromètre DGE et Bpifrance 2026.