Couverture du journal du 01/05/2026 Le nouveau magazine

Pessac : NovoBiome, l’intestin comme laboratoire

Avec son écosystème reposant sur des modèles d’intestins humains, produits à partir de cellules souches et associés à un microbiote, NovoBiome peut analyser n’importe quel composé ingéré et ses bienfaits sur la santé humaine, afin d’en produire un dossier préclinique.

NovoBiome

Maxime Feyeux, cofondateur de TreeFrog Therapeutics, a rejoint NovoBiome en qualité de directeur scientifique. Médecin de formation, Pierre-Yves Mousset, dirigeant de NovoBiome, dirige également Gynov. © D. R.

« L’intestin humain est une boîte noire. Or, tout ce que nous ingérons passe par l’intestin », rappelle Pierre-Yves Mousset. C’est pourquoi, avec Joël Doré et Hervé Blottière, deux spécialistes du microbiote, ils ont fondé en 2020 la société NovoBiome.

Leur idée : créer, à partir de cellules souches, un modèle miniature d’intestin humain (organoïde). Et lui associer un microbiote synthétique, afin d’analyser in vivo l’impact sur la santé des composés passant dans l’intestin. En aval, NovoBiome peut même ajouter un autre organoïde, de foie ou de cerveau. Un écosystème unique au monde, créé en collaboration avec l’Inrae et l’Inserm, reproduisant le fonctionnement du corps humain.

« Cela nous permet de caractériser un ingrédient ou un composé et d’analyser ses bienfaits sur la santé. Et de valider la phase préclinique », décrit le dirigeant.

Dossier préclinique

Cette phase préclinique, qui consiste à évaluer l’effet des nouveaux composés sur des systèmes vivants non humains, avant de lancer les tests sur l’homme, est habituellement réalisée sur les animaux, de surcroît avec moins de fiabilité. « Cette nouvelle approche méthodologique (NAM) ouvre des possibilités scientifiques et thérapeutiques énormes. Le marché des NAMs est estimé à 5 milliards de dollars en 2026 », affirme Pierre-Yves Mousset.

Avec de nombreuses applications possibles, dans les industries pharmaceutique et agroalimentaire : « les thérapies cellulaires, la modélisation, la médecine régénérative… Et des thématiques comme la santé mentale, le métabolisme, la longévité ou la fertilité », énumère Pierre-Yves Mousset.

Maxime Feyeux

Auparavant installé dans les locaux de l’Inrae (Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) à Jouy-en-Josas, en Île-de-France, NovoBiome a intégré en avril ses nouveaux locaux girondins, situés à l’IECB (Institut européen de chimie et de biologie), sur le campus de Pessac. « Il y a ici tout le matériel de pointe dont nous avons besoin. Ainsi que l’état d’esprit académique et start-up. C’est le rêve ! », s’enthousiasme Pierre-Yves Mousset.

Louant également le potentiel du territoire en matière de profils scientifiques, le dirigeant de NovoBiome vient de recruter « une tête d’affiche locale ». Maxime Feyeux, spécialiste des cellules souches et cofondateur de TreeFrog Therapeutics, a rejoint l’entreprise le 1er avril comme directeur scientifique.

Polyphénols

Capable d’analyser n’importe quel composé ingéré (molécule, bactérie, prébiotique…), la solution de NovoBiome explore notamment le potentiel des polyphénols.

« Nos travaux sur le microbiote nous ont permis d’isoler 11 nouvelles espèces de bactéries de la famille des Adlercreutzia, que nous avons déposées en collection internationale. Ces bactéries métabolisent les polyphénols, qui peuvent ainsi avoir des bienfaits sur la santé », poursuit Pierre-Yves Mousset.

D’autre part, « des acteurs girondins comme l’Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV) ont déjà caractérisé de nombreux polyphénols. En les passant dans nos modèles d’intestins humains, nous pouvons préciser, en étude préclinique, leurs allégations potentielles », ajoute le dirigeant, adhérent du cluster Inno’vin et accompagné par le Start-up Win de Bernard Magrez.

NovoBiome ouvre ainsi la voie à une nouvelle génération d’ingrédients et de traitements personnalisés, notamment pour les pathologies chroniques. Mais aussi à la valorisation des coproduits viticoles (marcs de raisin, lies de fermentation…), riches en polyphénols.

NovoBiome

Image d’organoïde intestinal, reproduisant les cryptes et villosités de l’intestin humain. © D. R.

Récurrence

Reposant sur un modèle économique avec une partie service, consistant à créer des dossiers précliniques, et une partie produit, avec des organoïdes prêts à l’emploi, NovoBiome sera prête pour la commercialisation dès cet été.

« Nous visons un chiffre d’affaires de 300 000 euros en 2026 et la rentabilité d’ici 2028 », assure Pierre-Yves Mousset. « Nous sommes une jeune entreprise, il nous faut du chiffre d’affaires rapidement. C’est pourquoi nous allons cibler d’abord l’industrie agroalimentaire, où les décisions se prennent plus vite », glisse-t-il.

Financée par une levée en amorçage d’un million d’euros, puis par des business angels, NovoBiome espère réaliser une série A à l’horizon 2027. « Nous aurons une gestion prudente. Nous voulons créer de la pérennité et de la récurrence économique pour ensuite aller lever des fonds. Les points critiques pour une entreprise sont les ressources humaines et la phase de scale-up. Nous allons nous préparer en ayant une bonne équipe, des finances et une bonne structuration », anticipe-t-il.