HyPrSpace prend son envol au Haillan

Dans la perspective du lancement de sa fusée Baguette One en 2027, HyPrSpace a inauguré, le 1er octobre, sa Boulangerie, une usine de 7 000 m2 au Haillan. L’entreprise girondine a obtenu 3,2 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets « Première usine » du plan France 2030.

HyPrSpace Haillan

La Boulangerie d'HyPrSpace au Haillan entrera en production en janvier 2027. © HyPrSpace

HyPrSpace avait déjà annoncé, début septembre, une première pour la France hexagonale, à savoir le décollage en 2027 de sa fusée suborbitale Baguette One depuis le site de la Direction générale de l’armement (DGA), à Biscarrosse, dans les Landes. Deux semaines plus tard, à deux pas des locaux de The Exploration Company et de l’un des sites d’ArianeGroup, l’entreprise girondine inaugurait sa nouvelle usine de 7 000 m2 au Haillan. Un site composé de deux bâtiments : l’un consacré à l’assemblage des lanceurs, l’autre à leur fabrication et aux essais. Son nom, la « Boulangerie », a été dévoilé.

La fabrication sera officiellement lancée en janvier 2027 et « 90 % seront fabriqués ici », souligne Nicolas Billecocq, CEO d’HyPrSpace. À l’horizon 2030, HyPrSpace vise une capacité de production annuelle pouvant atteindre 15 lanceurs et une centaine de moteurs.

« 90 % seront fabriqués ici »

« Il fallait y croire »

Cette inauguration a été l’occasion pour l’équipe fondatrice de regarder dans le rétroviseur : tout a commencé « dans un bureau, plutôt placard à balais », rappelle Alexandre Mangeot, cofondateur et CTO d’HyPrSpace. « En 2019, à l’Ensam, vous me parliez de ce projet de lancer des fusées. Il fallait y croire ! », reconnaît Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Mais en juillet 2021, HyPrSpace remporte, avec son premier engin MiniArca, un appel d’offres de la DGA. Un premier prototype moteur a ensuite été développé : Joker, puis  Terminator, à l’échelle 1, et enfin Toaster, représentatif de celui qui équipera Baguette One. Sa prouesse : avoir développé une technologie de propulsion hybride, associant un comburant liquide à un propergol solide à base de polyéthylène haute densité, un matériau plastique non pyrotechnique, mais surtout avoir levé le verrou du passage à l’échelle. Son moteur breveté, sans turbopompe, comprend 30 fois moins de pièces qu’un moteur classique, ce qui permet de diviser les coûts de production.

HyPrSpace

© HyPrSpace

15 M€ d’investissement

Avec cette usine, l’entreprise entre désormais dans une nouvelle phase : industrialiser ses lanceurs et disposer des moyens nécessaires au déploiement de ses programmes suborbitaux et orbitaux. HyPrSpace, qui a levé 27 millions d’euros en equity depuis sa création, vient justement d’obtenir 3,2 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets « Première usine » de France 2030, opéré par Bpifrance. « L’État nous apporte 20 % d’un investissement qui s’élève à 15 millions d’euros sur trois ans et comprend les bâtiments mais aussi les machines », annonce Nicolas Billecocq qui rappelle le contexte dans lequel s’inscrit l’industrialisation d’HyPrSpace. « L’infrastructure spatiale connaît un vrai boom. Tout le monde en a besoin ! À cela s’ajoutent la conflictualité et l’arrêt par SpaceX de la commercialisation des vols de sa fusée. »

« L’État nous apporte 20 % d’un investissement qui s’élève à 15 millions d’euros sur trois ans et comprend les bâtiments mais aussi les machines »

Passage à l’échelle

Sur le marché orbital, à ce stade, HyPrSpace annonce une dizaine de millions d’euros de commandes fermes et un carnet de commandes potentielles de 350 millions d’euros. Et, « c’est nouveau », l’entreprise se positionne également sur le marché suborbital avec son lanceur Baguette One qui, en plus d’être un démonstrateur pour son futur lanceur orbital 0B-1 qui sera équipé de huit moteurs, cible des services civils et militaires : expériences en microgravité, de la validation technologique d’objets à des fins de développement, tests hypersoniques ou simulations pour la défense.

HyPrSpace annonce une dizaine de millions d’euros de commandes fermes et un carnet de commandes potentielles de 350 millions d’euros.

Avant son premier lancement en 2027, sur sa partie lanceur, l’entreprise doit encore « faire fonctionner les systèmes ensemble, les préparer au Haillan et les tester à Saint-Jean-d’Illac » sur un banc d’essai prêté par la DGA. « Nous travaillons également sur la partie basse de lancement avec notre sous-traitant. » De quoi faire dire à Alexandre Mangeot, qu’il est possible de partir de presque rien et de « créer progressivement, en France, une entreprise industrielle. » HyPrSpace — qui emploie actuellement 150 salariés — a l’ambition d’en accueillir 300 au Haillan et de créer les conditions du passage à l’échelle.

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