Après les batteries en lithium-ion avec électrolyte liquide qui équiperont très prochainement le nouveau TGV M de la SNCF, Saft s’est lancée, cet été, dans la fabrication de batteries solides, dans lesquelles l’électrolyte liquide traditionnel est remplacé par un électrolyte solide. « Une première pour un fabricant français qui combine ici deux technologies, sulfures pour le tout-solide et polymères pour le semi-solide, à température ambiante », explique Cédric Duclos, directeur général de Saft qui a inauguré les nouvelles lignes, le 19 octobre, à Bordeaux.

L’inauguration a eu lieu le 19 octobre à Bordeaux. © Alberto Bocos Gil / Saft
« Le monde s’accélère et la course est mondiale sur cette technologie mais cela ne se passe pas qu’en Chine », annonce-t-il. « Le mode entier regarde aussi ce que fait Saft », renchérit Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies. Saft, filiale du groupe énergéticien français depuis 10 ans, a investi plusieurs dizaines de millions d’euros sur le site girondin où seront fabriquées plusieurs dizaines de milliers de cellules par an.
Deux technologies
Deux espaces, de plusieurs centaines de mètres carrés où salariés et visiteurs entrent équipés de protections de la tête aux pieds, leur sont entièrement dédiés. « Vous vous apprêtez à entrer dans une salle sèche où l’humidité est très contrôlée », expose d’emblée Thanh-Ha Tran, responsable du programme tout-solide chez Saft qui précise que 90 % des équipements utilisés sont européens, 50 % français.
D’un côté, la variante polymère permet de produire des batteries semi-solides à partir de lithium métallique auquel est ajouté un électrolyte gélifié. De l’autre, une salle est exclusivement dédiée aux batteries solides, selon la technologie sulfure, dans un cadre encore plus contraint où les collaborateurs entrent en quasi tenue de cosmonaute. « Il s’agit de garantir leur sécurité en raison d’un gaz toxique et de ne pas dégrader la matière », explique Thanh-Ha Tran.

La salle sèche de la ligne pilote tout-solide de Saft à Bordeaux. © Alberto Bocos Gil pour Saft
Safran et Esa
Les batteries solides sont identifiées comme une technologie clé pour accompagner l’électrification progressive de l’aviation et suscitent également un fort intérêt dans le spatial. Mais cela se fera en deux temps. À ce stade, dans l’aéronautique, Safran a récemment réceptionné ses premières cellules de batteries semi-solides et entre en phase de test à Niort, au centre d’essais système, pour répondre à des besoins en matière de propulsion électrique et hybride-électrique. Dès 2027, le partenariat entre Safran et Saft, qui avait été annoncé lors du Salon du Bourget 2025, s’élargira également aux cellules et batteries tout-solide.
Sur le marché du spatial, Saft travaille actuellement avec l’Agence spatiale européenne (Esa) pour le développement de cellules pour les batteries de satellites.
Un niveau de sécurité accru
Pour Saft, qui équipe déjà 500 satellites mais aussi des trains et 80 % des avions commerciaux dans le monde, cette nouvelle génération de batteries présente plusieurs avantages : plus compactes notamment pour le spatial, elles sont aussi plus sûres. « Sans liquide, pas de fuite », explique Thanh-Ha Tran. Mais cela permet surtout d’éviter l’emballement thermique. Les batteries solides peuvent également atteindre des densités d’énergie jusqu’à 50 % supérieures à celles des batteries lithium-ion conventionnelles. Enfin, le procédé de fabrication serait plus écoresponsable en réduisant jusqu’à 40 % les émissions de CO₂ lors de la production d’électrodes par voie sèche. « Nous n’utilisons ni four, ni solvant », précise Thanh-Ha Tran.
« Avec cette nouvelle ligne, qui emploie une centaine de collaborateurs à Bordeaux et a nécessité le recrutement de quelques dizaines d’entre eux, Saft franchit une étape majeure en transformant plusieurs années de recherche en capacités industrielles concrètes », souligne Cédric Duclos qui a rappelé, à l’occasion de cette inauguration, son attachement à la Nouvelle-Aquitaine pour son écosystème et son soutien à l’industrie. Dans la région, Saft est implantée à Bordeaux, Poitiers et Nersac près d’Angoulême.
Les batteries solides peuvent atteindre des densités d’énergie jusqu’à 50 % supérieures à celles des batteries lithium-ion conventionnelles.