À la Compagnie Fermière, les agriculteurs ont un visage. En levant la tête, ou simplement en lisant les affichettes, le chaland peut apercevoir le portrait d’un maraîcher, d’un arboriculteur ou d’une famille de producteurs tandis que deux télévisions diffusent des images de leur travail dans les exploitations. Certains étaient d’ailleurs physiquement présents, en septembre, à Mérignac, à l’occasion des 10 ans du magasin qui vend, en direct, fruits, légumes, fromages, viandes, produits laitiers ou d’épicerie.
En direct des producteurs
Tout a commencé en 2012 quand sept agriculteurs du Lot-et-Garonne et des Landes se sont associés, avec à leur tête deux exploitantes pour assurer la co-gérance : Corinne Macia qui cultive des pommes et des kiwis et Isabelle Frecchiami qui élève des Blondes d’Aquitaine. « C’était une époque où l’on entendait que les fruits et légumes étaient trop chers alors que nous n’arrivions pas à écouler nos récoltes. » Si, à l’époque, des Bordelais viennent à leur rencontre dans les exploitations, « nous avons choisi de faire le chemin inverse et d’aller nous-mêmes vers les clients dans la métropole bordelaise », se remémore Corinne Macia.
Un premier magasin a ainsi ouvert à Gradignan sur 400 m2. « À l’ouverture en août, on nous prédisait une faible affluence. Cela n’a pas été le cas. » Au final, « pris dans un tourbillon, nous avons foncé », explique-t-elle. Le concept et le modèle économique étant validés, un deuxième magasin a ouvert en 2016 à Mérignac, plus grand, sur 600 m2.

Dans le magasin de Mérignac. © Hélène Lerivrain
500 emplois induits
Le principe ? Chaque agriculteur apporteur fixe son prix de vente tandis que le magasin prend une commission de 30 % sur les ventes réalisées par chacun d’eux pour couvrir les frais de fonctionnement de la structure qui fonctionne sur le modèle du dépôt-vente. Chaque producteur gère la logistique en apportant lui-même ses produits en magasin et fixe les conditions de baisse des prix à l’approche de la date limite de consommation. « Quand un aliment n’est plus vendable, ce n’est pas la structure qui porte la perte mais le producteur. »
Aujourd’hui, chacun des deux magasins emploie entre 15 et 20 personnes, sachant que des personnes ont également été recrutées dans les exploitations pour assurer l’approvisionnement. « En plus des magasins, nous comptabilisons 500 emplois induits », souligne Corinne Macia qui a elle-même embauché quatre personnes pour préparer les commandes toute l’année.
Un pari doublement gagné
L’arboricultrice vend désormais 20 % de ses volumes via La Compagnie Fermière, ce qui représente entre 40 et 50 % de son chiffre d’affaires. « C’est énorme », reconnaît Corinne Macia qui précise toucher deux à trois fois plus qu’en passant par un intermédiaire malgré des pommes vendues à 1,50 ou 1,80 euro le kilo. « À ce titre, je suis sûrement la moins chère de la métropole, hors promotion. » Mais « il faut que le consommateur s’y retrouve. Quant à moi, cela me permet d’investir dans mon exploitation. Dans ce modèle, la valeur ajoutée revient au producteur », explique-t-elle.

La famille Macia, à Gaujac, dans le Marmandais. © La Compagnie Fermière
120 exploitants de Nouvelle-Aquitaine vendent désormais leurs produits via la Compagnie Fermière. Quelques-uns complètent l’offre avec du champagne ou des agrumes de Corse notamment, mais la provenance est 100 % française. « L’idée est d’offrir une grande diversité de produits aux clients, sachant que l’agriculture nationale le permet », assure-t-elle tout en mettant en garde. « Certaines exploitations n’ont pas de repreneurs dans un contexte où les intempéries se multiplient. » Les kiwis et les pommiers de Corinne Macia ont notamment particulièrement souffert de la crue de février. Malgré ces épreuves, plus de dix ans après sa création, La Compagnie Fermière a fait ses preuves. « C’est un débouché vital. Sans les magasins, je ne sais pas si nous existerions encore », tranche Corinne Macia.
« Dans ce modèle, la valeur ajoutée revient au producteur »