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Airlec Air Espace : La compagnie des médecins volants

MÉRIGNAC. Rachetée en 1997 par Patrick Tiba, la compagnie aérienne Airlec s’est spécialisée dans les vols médicaux d’urgence internationaux et domestiques. Portée par une forte croissance, elle devrait doubler sa flotte dans les années à venir.

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La flotte de 9 avions d'Airlec compte un Falcon 900 EX de Dassault, son plus gros modèle © D. R.

Plus ancienne compagnie d’aviation d’affaires française fondée en 1958, Airlec Air Espace a été rachetée en 1997 par Patrick Tiba, passionné d’aviation et petit-fils d’Andrée Tiba, fondatrice de marque de maillots de bain Janine Robin, qu’il a dirigée jusqu’en 2020. « Aujourd’hui, nous sommes le leader français et dans le top 3 européen des compagnies aériennes non régulières spécialisées dans les vols médicaux d’urgence, et plus particulièrement le transfert de patients, malades ou blessés, à l’international et en France », explique Paul Tiba, pilote de ligne et dirigeant de la société.

Elle intervient dans le monde entier, à la demande des grands groupes d’assurances internationaux, qui représentent 75 % de ses donneurs d’ordre, mais aussi du Samu ou des gouvernements. Y compris les zones de conflits comme l’Irak et l’Afghanistan, et plus récemment, l’Arménie, Gaza ou Israël. « Nous couvrons toutes les destinations, toutes les urgences et tous les types de patients. Nos interventions vont de l’accident de ski dans les Alpes à des crises impliquant plusieurs patients hautement réanimatoires. Nous pouvons transporter des malades sous circulation extracorporelle (Ecmo), des grands prématurés de 500 grammes en incubateur, mais aussi des patients hautement infectieux sous bulle d’isolement avec des fièvres hémorragiques, comme lors de la crise Ebola de 2014-2015 », détaille Paul Tiba.

« Nos interventions vont de l’accident de ski à des crises impliquant plusieurs patients hautement réanimatoires »

Lors de la crise sanitaire de 2020, Airlec a d’ailleurs été le plus gros transporteur de patients positifs au covid au monde, avec plus de 675 transferts en 2 ans. « Nous avons pu démontrer à l’ensemble de nos partenaires internationaux que nous étions dignes de confiance », se réjouit le dirigeant.

Une cabine d'avion Airlec aménagée en chambre d'hôpital volant © D. R.

Une cabine d’avion Airlec aménagée en chambre d’hôpital volant © D. R.

 

40 médecins et infirmiers

Pour mener à bien ses missions, Airlec a scindé son activité en deux départements. D’un côté le département médical, totalement intégré, emploie une quarantaine de médecins et infirmiers transporteurs. « Nous avons créé un centre de formation médicale, SimAirlec, qui nous permet de faire de la formation continue pour nos équipes, mais aussi de former des médecins extérieurs aux situations d’urgence », précise Paul Tiba, qui a transformé la cabine de l’un de ses avions en simulateur.

Airlec dispose également de sa propre pharmacie à usage interne, de nombreux équipements médicaux (scopes, échographes, matériel de biologie embarquée pour les analyses de sang, Ecmo, couveuses et incubateurs…) et d’une convention avec l’Établissement français du sang (EFS) pour transfuser les patients en vol.

Un Hawker de la flotte d'Airlec © D. R.

Un Hawker de la flotte d’Airlec © D. R.

La compagnie compte également un département opérations aériennes, avec environ 45 personnes : pilotes, agents d’opération, dispatchers, agents de bureaux techniques et mécaniciens. « Notre service maintenance s’occupe de l’entretien de tous les avions (à l’exclusion du Falcon), qui doivent être vérifiés toutes les 150 heures de vol environ », note Paul Tiba, installé à Mérignac, en face de Dassault Aviation.

 

Doubler la flotte

La flotte d’Airlec est composée de 9 avions avec tous les types d’autonomie et toutes tailles de cabine, afin d’adapter l’appareil à chaque mission. « Nous avons un turbopropulseur de type Merlin, un light-jet Citation, un mid-size jet Hawker 900, un super mid-size jet Hawker 1 000, et un large jet avec le Falcon 900 EX, avec lesquels nous couvrons l’ensemble de la gamme aéronautique », énumère Paul Tiba.

© D. R.

© D. R.

Afin de soutenir la forte croissance enregistrée par la compagnie, dont le chiffre d’affaires est passé de 8,2 millions d’euros en 2014, à 13,8 millions d’euros en 2019, et 26,2 millions d’euros en 2023, Airlec envisage d’augmenter sa flotte d’avions en doublant chaque catégorie d’appareil. « Nous avons récemment acheté un nouveau Hawker, qui entrera en service à l’été 2024 et que nous allons baser à Paris pour améliorer encore notre couverture mondiale », précise le dirigeant. Il a également structuré son organisation afin de maintenir le niveau de qualité des interventions. « Nous avons créé un service ventes, un service OPS, un service dispatch et dédié un poste à la conformité réglementaire », précise-t-il.

Confronté à une explosion de ses coûts, en particulier sur les pièces détachées (dont certaines ont été multipliées par quinze) et des taxes (d’atterrissage, de contrôle aérien…), Airlec est parvenu à dégager un résultat net de 365 000 euros en 2023, avec un excédent brut d’exploitation de 2,3 millions d’euros. « Les marges sont faibles dans le transport aérien, mais notre croissance nous permet d’assurer notre propre besoin en fonds de roulement et de rester 100 % indépendant », se félicite Paul Tiba.

Airlec Air Espace en chiffres

Date de création : 1958

Effectifs : 85 personnes, dont 40 médecins et infirmiers

Flotte : 9 avions

Chiffre d’affaires 2023 : 26,2 millions d’euros