Couverture du journal du 22/10/2021 Consulter le journal

La filière surf sur la bonne vague, entretien avec Jean-Louis Rodrigues d’Eurosima

L’industrie de la glisse, qui a rapidement redressé la barre à l’issue du premier confinement avec des ventes record sur les étés 2020 et 2021, veut désormais accélérer sa transition. Au programme : environnement, digital, RSE, formation… Tour d’horizon avec Jean-Louis Rodrigues, président d’Eurosima, l’association européenne des entreprises du secteur qui réunira son congrès annuel les 14 et 15 octobre à Hossegor.

JEAN-LOUIS RODRIGUES, président d’Eurosima

JEAN-LOUIS RODRIGUES, président d’Eurosima © Eurosima

Echos Judiciaires Girondins La filière des actions sports qui répond aux nouvelles attentes du public sur des activités au carrefour du sport, de la nature et du bien-être, a annoncé des ventes record en 2020. L’embellie s’est-elle prolongée en 2021 ?

Jean-Louis RODRIGUES : « Sur le littoral néo-aquitain, après le premier déconfinement, nous avons observé dès juin 2020, une poussée très forte de la fréquentation et une explosion généralisée des chiffres d’affaires entre 25 % et 30 %. D’abord, sur les produits liés au sport : les maillots de bain, les planches et les combinaisons de surf. Certaines marques de combinaisons ont connu des progressions jusqu’à 50 % et ne disposaient déjà plus de stocks à mi-juillet. Et la saison 2021, avec un démarrage rapide dès le printemps, a connu la même configuration que l’an dernier. La majorité des entreprises sont à nouveau sur des augmentations d’activité de 15 % à 20 %, avec des variations selon les types d’entreprise.

En effet, si un groupe qui génère 300 millions d’euros de chiffre d’affaires peut difficilement progresser de 20 %, les marques qui réalisaient entre 8 millions et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires sont très souvent aujourd’hui entre 12 millions et 15 millions d’euros. Des entreprises sur des secteurs très pointus sont passées en 18 mois de 4 millions ou 5 millions d’euros à 8 millions ou 9 millions d’euros de chiffre d’affaires. La crise sanitaire a néanmoins eu des impacts négatifs sur des entreprises qui disposaient de magasins en nom propre dans des villes désertées par les touristes comme Paris, Barcelone… »

 

EJG : Comment les entreprises du secteur ont-elles traversé les confinements ?

J.-L. R. : « Dès le premier confinement, nous avons procédé au niveau d’Eurosima à une veille auprès des entreprises confrontées à cette situation inédite. En lien avec les décideurs publics (communes, communautés de communes, Région, ministères, préfecture et sous-préfecture), nous nous sommes employés à rechercher les aides pour résoudre les problèmes de trésorerie, à négocier les loyers des magasins avec leur bailleur, à trouver avec les logisticiens des solutions pour stocker les livraisons reçues par les start-ups et qu’elles ne pouvaient plus écouler, à accompagner dans la mise en œuvre du télétravail, ou à centraliser les commandes de masques. Nous nous sommes particulièrement battus pour la réouverture des plages avec pour principal argument qu’elles font partie de l’écosystème touristique autant que du bien-être. »

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© DR

EJG : Avez-vous observé une progression de l’e-commerce pendant ces périodes ? La digitalisation des entreprises du secteur fait-elle l’objet d’aides dans le cadre du plan de relance ?

J.-L. R. : « Dès le premier confinement, le 17 mars 2020, toutes les ventes se sont arrêtées dans tous les pays européens, à l’exception de l’e-commerce. Il représentait entre 5 % et 6 % du chiffre d’affaires moyen avant la pandémie. La moyenne est aujourd’hui à 13 % à 14 % et devrait atteindre les 20 % à 25 % d’ici trois ans. La crise sanitaire a mis en exergue la nécessité d’accélérer la digitalisation des entreprises.

Et dans le cadre du plan de relance, nous avons accompagné sa mise en œuvre pour la majorité des entreprises. Nous avons, par exemple, travaillé dès septembre 2020 avec le groupe Oxbow, à Bordeaux, qui souhaitait amplifier son dispositif de vente en ligne, avec à la clé 300 000 euros d’aides de la Région Nouvelle-Aquitaine et de Bpi France. »

Le groupe Oxbow à Bordeaux a souhaité amplifier son dispositif de vente en ligne

EJG : D’autres enjeux pour les entreprises aujourd’hui en termes d’investissements ?

J.-L. R. : « Les dossiers qu’Eurosima a contribué à formaliser avec ses adhérents et suivis avec la Région dans le cadre du plan de relance portent aussi sur des investissements dans de nouveaux bureaux, de nouveaux entrepôts, le renouvellement des systèmes de gestion des stocks, de la formation. En pleine pandémie, la formation des équipes du groupe Boardriders à l’accueil du client en situation de pandémie a ainsi été intégralement prise en charge financièrement par la Région Nouvelle-Aquitaine. »

 

EJG : Les entreprises de la filière rencontrent-elles des difficultés particulières en matière de recrutement et de formation ?

J.-L. R. : « Si les entreprises sont prêtes à investir dans la digitalisation, certaines cherchent des webmasters et n’en trouvent pas. Le volet formation sur le territoire est important sur différentes strates. Des formations spécifiques sur le digital, le numérique, mais aussi pour des managers, les métiers commerciaux, les techniciens. Ce serait bien qu’on réussisse à garder les jeunes de notre territoire, à les former pour qu’ils restent ici. Il pourrait être intéressant d’agglomérer dans un plan global les besoins de l’ensemble des entreprises du territoire, de notre filière comme du tourisme, de l’agroalimentaire, de la construction… Au-delà de la formation, nous avons besoin de saisonniers dans nos magasins de surf l’été, et la filière agroalimentaire a aussi besoin de saisonniers l’automne. Quelles solutions pour les loger ? Si demain, la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud (Macs) accueille 4 000 à 10 000 actifs de plus, il faut développer de manière contrôlée ce territoire. »

Le projet de pépinière d’entreprises à Soorts-Hossegor a été relancé avec un budget de 2 millions d’euros

EJG : À propos de développement, où en sont l’extension de la zone d’activités Pédebert et le projet de pépinière d’entreprises à Soorts-Hossegor ?

J.-L. R. : « Ce pôle d’extension, avec le projet de pépinière d’entreprises comme navire amiral, doit permettre le renouvellement de cette zone unique au monde en matière de nombre de sièges liés à notre activité, et sa projection à l’horizon 2050. Avec deux orientations essentielles : le respect de l’environnement et l’accélération du digital. À ce jour, 90 % des lots prévus dans l’extension ont déjà trouvé preneurs. Une vingtaine d’entreprises supplémentaires comme Napco, numéro 2 mondial de bodyboard, Surf Lounge, spécialisé dans le textile, les lunettes, les planches et accessoires de surf sont déjà installées ou en cours d’installation. Aujourd’hui, des entreprises déjà implantés sur place ou de nouvelles sociétés créées par des individuels qui ont œuvré dans d’autres entreprises de la filière ou par des start-ups qui ont démarré ailleurs et passent à la stature supérieure souhaitent doubler ou tripler leurs surfaces au sol, ce qui devrait permettre de créer entre 150 et 200 emplois sur les trois prochaines années. On n’avait pas vu un tel phénomène depuis 10 ans. Nous sommes d’ailleurs en train d’étudier d’autres zones d’implantation avec Macs.

Le projet de pépinière d’entreprises qui répond à un véritable besoin a, quant à lui, été relancé avec un budget de 2 millions d’euros. En cours de finalisation, inspiré de la dynamique du technopôle Izarbel au Pays basque, cet espace devrait être doté de bureaux ouverts et fermés, d’un showroom pour les jeunes créateurs, les designers qui apportent de la créativité à la filière. D’ici trois ans, la pépinière qui répond à un véritable besoin doit constituer un point d’ancrage très important pour le territoire. »

 

EJG : La relocalisation de la production fait-elle partie du programme à l’horizon 2050 ?

J.-L. R. : « Depuis 18 mois, notre filière est effectivement confrontée à deux problématiques liées à la dépendance de la production à l’Asie du Sud-Est. Tous les marchés mondiaux ont eu les mêmes demandes, ce qui a induit des retards de trois à cinq semaines sur les livraisons, et davantage sur le matériel que le textile. Deuxième problème structurel : les coûts de transports entre l’Asie du Sud-Est et la France ont été multipliés par quatre, un phénomène particulièrement impactant pour des produits volumineux comme les planches de surf.

JEAN-LOUIS RODRIGUES, président d’Eurosima

© Eurosima

Nous souhaitons accélérer la mise en place du Made in France

Nous sommes aujourd’hui en train de voir comment accélérer la mise en place du made in France au niveau de la filière. Même si nous ne pourrons pas concurrencer les prix de l’Asie du Sud-Est, l’idée est de ramener en France et sur l’Europe, la fabrication de produits qualitatifs, moyen et haut de gamme, sur les tee-shirts, les sweets, les polos, les casquettes notamment.

En lien avec Facylities Multi Services (FMS), logisticien affilié à Eurosima qui a créé à Peyrehorade une plateforme et embauché une cinquantaine de couturières pour fabriquer des masques, nous nous impliquons dans le projet « Résilience ». Ce groupement d’envergure nationale, piloté par le gouvernement et des privés dont le groupe Mulliez (Auchan), rassemble des entreprises du textile, des entreprises d’insertion et des entreprises adaptées pour créer, développer ou remettre en place des ateliers textiles qui avaient disparu en France. »

 

EJG : Eurosima a noué en 2020 une alliance avec l’Union sport et cycle (USC). Quels sont les enjeux ?

J.-L. R. : « Nous avons signé en 2020 une convention avec l’Union sport et cycle (USC) qui était intéressée par la forte implantation d’Eurosima en Nouvelle-Aquitaine. Il s’agit de la plus grande fédération de sports en France qui réunit 1 500 entreprises, 450 marques les plus connues parmi lesquelles Nike, Adidas, Puma, Reebok et les grands distributeurs, Décathlon, Intersport, Sport 2000… et toutes les majors du cycle. Tout en conservant notre ADN, ce partenariat avec cette filière qui représente près de 40 milliards de chiffre d’affaires nous permet d’avoir une représentativité nationale au plus haut niveau, comme ce fut le cas au printemps 2020 avec les ministères de l’Économie, du Travail et du Sport dans les discussions sur les réouvertures des plages et des magasins. Au niveau européen, nous travaillons avec la fédération du sport européenne la FESI, sur la nomenclature des combinaisons de surf qui est devenu un sujet européen en matière de durabilité et de sécurité. »

 

EJG : Au niveau européen, le Brexit a-t-il généré des difficultés ?

J.-L. R. : « Nous avons tous rencontré les mêmes difficultés sur les taxes douanières. Il y a aujourd’hui un goulet d’étranglement au niveau du marché anglais, notamment sur la récupération de la TVA. Le partenariat avec l’USC nous a permis d’avoir plus de poids. Nous avons travaillé avec les douanes de Bayonne, de Paris, puis avec le ministère de l’Économie, le secrétariat d’État à l’Export et l’ambassade de France à Londres pour solutionner une partie des problématiques. »

 

EJG : Quelles sont, selon vous, les principaux défis que la filière va devoir relever ?

J.-L. R. : « Je pense que le secteur des actions sport est plein d’une incroyable énergie. Il faut assurer la transition de cette filière au départ très individuelle, pour en faire une machine groupée. En conservant l’aspect humain au centre de notre démarche, l’objectif est de se battre sur l’environnement, la RSE, pour amener sur le territoire du social et du bien-être dans le bon sens du terme. Et en faire l’un des fers de lance de l’économie du grand Sud-Ouest de la France qui capitalise sur la qualité de la nature que l’on a su préserver, la richesse de l’histoire, de la gastronomie, l’accueil de manière générale. »

JEAN-LOUIS RODRIGUES : LE PARCOURS

Jean-Louis Rodrigues a été réélu en juillet, à l’unanimité, pour un deuxième mandat à la présidence d’Eurosima, après un parcours professionnel dans l’industrie du sport et de la glisse. Dans les années 1980, l’adolescent d’origine portugaise, installé à 11 ans à Biarritz avec ses parents commerçants dans l’univers du surf, rêve de voyager et de travailler dans le sport… Polyglotte (il parle cinq langues), après une école de commerce internationale à Paris, et une première expérience dans une trading agroalimentaire, il intègre Go Sport comme acheteur en 1989 avant de devenir responsable du département des achats. À la vente du groupe, il rejoint en 1992 la marque Reebok France où il crée le concept de corners et de magasins Planet Reebok, qui ouvre en moins d’un an 80 points de vente en France avant de prendre une dimension mondiale. En 1996, il regagne le Sud-Ouest et intègre Quiksilver comme directeur commercial France, puis directeur général retail Europe. En 2001, il crée, à Anglet, la marque O’Neill pour l’Europe du Sud à Anglet. Sept ans plus tard, il intègre Billabong pour diriger la partie retail et e-commerce Europe, avant de devenir directeur général Europe du groupe GSM (Billabong, Element, RVCA, Von Zipper, Xcel) en 2013, jusqu’à ce que le fonds d’investissement Oaktree, réunisse Billabong et Quiksilver en 2018 au sein de Boardriders. Il quitte le groupe en juin 2020 pour un tour du monde en Amérique centrale, en Asie, avant de créer JLR conseil, société de conseil en entreprises. Il accompagne désormais aussi bien les start-ups que les groupes mondiaux sur leur stratégie produit, la vente ou la structuration de leurs filiales.

 

JO 2024 ET PRO FRANCE : LES DÉCEPTIONS

La Nouvelle-Aquitaine a essuyé coup sur coup deux revers. Dernière déception en date : le choix de Tahiti pour les épreuves de surf aux Jeux Olympiques 2024. « J’ai été d’autant plus déçu que la majeure partie de la filière se trouve sur le littoral aquitain et que nous avions acquis, avec l’organisation du Pro France dans les Landes, le savoir-faire pour accueillir 20 000 personnes», confie Jean-Louis Rodrigues. « Ce qui me pose réellement problème dans le choix de Tahiti, c’est l’aspect environnemental. On va amener 3 000 personnes en avion dans un site préservé où les hôtels sont à une heure trente de bateau. J’ose espérer que la vague de Teahupoo qui, si elle fonctionne bien, peut-être très méchante permettra néanmoins de donner une belle image de notre sport. » Sur le choix de la World Surf League de remplacer l’étape du Pro France du WCT qui réunissait chaque année en octobre à Hossegor l’élite de la discipline par des Challenger series (deuxième des trois niveaux de compétitions mondiales) annoncées à Hossegor du 15 au 23 octobre 2022, le président d’Eurosima ne s’estime pas vaincu et compte bien « mener le combat pour que le Pro France revienne sous la forme de WCT rapidement. »

 

BORDEAUX : BILLABONG SURFE SUR LES QUAIS

Après Saint-Jean-de-Luz, Capbreton, Anglet, Chamonix et Bercy, c’est au tour de Bordeaux d’accueillir un concept store Boardriders. Installé sur les quais au sein des hangars du Bord’eau Village, ce surf shop d’envergure a ouvert ses portes le 30 septembre. Situé près du Now Coworking, ce nouveau lieu de vie très cosy de 750 m2 se décline en plusieurs espaces. D’abord il est possible d’y manger local ou de déguster simplement un café en profitant de la terrasse à la vue imprenable sur la Garonne.

Et bien sûr pour ce qui concerne la partie surfwear, les visiteurs peuvent découvrir les nouvelles collections automne/hiver. Avec la collection Coastal Love Letters, on pourra s’imprégner de la culture bohème dans une palette de couleurs rendant hommage aux dernières journées ensoleillées de la saison. À découvrir aussi les collections Sur Capsule pour des sessions de surf infinies. Sans oublier la collection issue de la collaboration avec Wrangler, sortie mi-septembre, qui célèbre le meilleur des deux marques. Cette collection est fabriquée à partir de matières respectueuses de l’environnement, notamment à partir de PET recyclé, de coton biologique et de chanvre. À l’occasion de l’ouverture, Billabong a organisé toute cette semaine diverses animations et autres workshops.

Concept store Boardriders à Bordeaux

Concept store Boardriders à Bordeaux ©DR