Couverture du journal du 20/05/2022 Consulter le journal

Gironde : Courbet bouscule la place Vendôme

Originaire d’Ambarès, Manuel Mallen révolutionne le monde feutré de l’industrie joaillière française avec Courbet, basée place Vendôme à Paris : créée en 2018, cette nouvelle maison de joaillerie utilise pour concevoir ses bijoux, exclusivement des diamants de laboratoire et de l’or recyclé provenant principalement de smartphones et d’ordinateurs. Après avoir été à la tête de Poiray et de Piaget, Manuel Mallen et Marie-Ann Wachtmeister ont fondé la Maison Courbet en référence au célèbre peintre de L’Origine du monde qui prit part à la destruction de la colonne Vendôme en 1871 ! Diamconcept, principal partenaire du dirigeant, ouvrira prochainement une usine de diamants de laboratoire dans le Sud-Ouest. Le potentiel est immense pour une entreprise en fort développement qui se définit comme « Digitally Native Vertical Brand » et privilégie la vente sur Internet. Rencontre avec un sémillant Girondin disruptif.

Maison Courbet, Gironde, bijou

Maison Courbet © pmonetta

Echos Judiciaires Girondins : Vous avez fondé la maison de joaillerie Courbet en 2018 place Vendôme à Paris. Et vous placez l’écologie et l’éthique au sommet de vos priorités. Concrètement, puisqu’il s’agit de diamants, quel est le sens de votre démarche ?

Manuel MALLEN : « L’idée était de créer la première marque de joaillerie écologique de la place Vendôme en utilisant l’or recyclé qui provient des téléphones, cartes graphiques (il y a plus d’or au-dessus de la terre qu’en dessous) et des diamants de laboratoire, c’est- à-dire des diamants que l’on cultive en laboratoire. Le diamant, c’est à 100 % du carbone, ce carbone emprisonné dans le magma terrestre il y a des millions d’années a été soumis à haute pression, haute température et il s’est cristallisé en quelques heures pour donner le diamant que vous connaissez, il a fallu ensuite des millions d’années pour qu’il remonte à la surface de la Terre.

L’idée était de créer la première marque de joaillerie écologique de la place Vendôme

Si on reproduit sur du carbone cette pression et température dans un laboratoire, eh bien le génie humain reproduit la magie de la nature et cela devient du diamant. Et quand on crée du diamant, c’est avec la même incertitude de résultat que la nature, cela peut être très beau ou très vilain….

Mais cela évite ce que l’on sait moins : les mines de diamants sont les plus gros trous faits par l’homme sur la Terre. Pour trouver un diamant de 1 carat (0,2 gramme), on va jusqu’à extraire 250 tonnes de minerais (équivalent de 3 Airbus). Je vous invite à aller voir sur Internet les images de mines de diamants… »

 

EJG : Pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre projet : qu’est-ce qui vous a amené à créer Courbet ?

Manuel Mallen, Maison Courbet, Gironde, bijou

Manuel Mallen, PDG fondateur de la Maison Courbet © Dmitry Kostyukov

Manuel MALLEN : « La découverte il y a 7 ans de ce diamant, car c’est du diamant et pas autre chose, si je schématise la différence entre un diamant de mine et un diamant de laboratoire, c’est la différence entre un bébé et un bébé éprouvette… Lorsque l’on veut créer une marque de luxe écologique, on est très souvent obligé de faire des compromis sur l’esthétique ou la qualité.

Là c’est de l’or et des diamants donc aucun compromis, de plus nous faisons appel aux artisans en France et Italie, travaillant pour les plus grandes marques de la place Vendôme avec un savoir-faire incroyable ».

 

EJG : Pourquoi avoir choisi le nom de ce peintre mythique auteur de L’Origine du monde » ?

Manuel MALLEN : « Nous souhaitions un nom français, avec une connotation artistique ou disruptive, et Gustave Courbet est très vite devenu une évidence, peintre de L’Origine du monde : ce tableau avait mis en émoi tout Paris à l’époque (il était caché derrière un autre tableau, pour le voir, il fallait détacher le premier), on ne peut toujours pas le mettre sur Facebook…

Et surtout Courbet, pendant la Commune de Paris, est très engagé politiquement et c’est lui qui a fait déboulonner la colonne de la place Vendôme car il souhaitait que ce symbole des guerres napoléoniennes soit déplacé. Donc quelqu’un qui voulait changer la place Vendôme pour une bonne raison, cela avait tout son sens pour nous. De plus, mon associée Marie Ann Wachtmeister, la directrice artistique de Courbet, est suédoise et elle a très vite associé Courbet à la notion de courbes qui sont une inspiration évidente dans la joaillerie.

Les 2 premières lettres de Courbet, le C et le O sont les deux courbes symboles de la Courbet touch : un design épuré et intemporel

Elle s’est donc emparée des 2 premières lettres le C et le O, deux courbes pour designer les collections. On retrouve ce symbole sur l’ensemble de nos collections. De plus CO veut aussi dire ensemble donc c’est une symbolique forte. Petit aparté, nous avons depuis la création de Courbet, commercialisé une collection dont nous sommes très fiers, elle symbolise nos engagements : « let’s commit » qui sont des bracelets entre 320 et 550 euros selon la taille du diamant, avec un cordon en polyester recyclé. À chaque fois que nous en vendons un, nous donnons 15 % du chiffre d’affaires à une association, et nous avons 6 associations partenaires et c’est le client qui décide à quelle association nous donnons. »

 

EJG : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ? Production ? Chiffre d’affaires 2021, prévisionnel 2022 ? Effectif ?

Manuel MALLEN : « Notre chiffre d’affaires 2022 sera aux alentours des 5 millions d’euros et nous avons pour ambition de le doubler de manière régulière. Nous sommes une vingtaine (hors production et artisans). »

 

EJG : Vous avez réalisé une levée de fonds importante en 2020, en avez-vous prévu d’autres ? En somme, quelles sont vos perspectives de développement ?

Manuel MALLEN : « En effet nous avons fait une levée de fonds en plein Covid en 2020 pour assurer notre développement en Chine, et nous sommes actuellement de nouveau dans un process de levée afin d’assurer cette expansion en Chine. Mais il s’agit aussi de nous développer sur d’autres marchés, et nous allons ouvrir des showrooms comme nous avons à Paris. »

 

EJG : Vous utilisez donc de l’or recyclé. Est-ce que la crise russo-ukrainienne impacte votre activité ?

Manuel MALLEN : « Nous avions un fournisseur de diamant de laboratoire en Russie, nous avons évidemment arrêté toute relation. Pour l’or, c’est une société spécialisée dans le recyclage en France qui nous fournit donc pas d’impact. »

 

EJG : Qui sont vos clients ? Français ? Étrangers ?

Manuel MALLEN : « Aujourd’hui nos clients sont majoritairement Français et Chinois de par notre stratégie de communication et développement, mais nous avons de plus en plus de clientèle étrangère grâce à Internet. »

Manuel Mallen, Maison Courbet, Gironde, bijou

Maison Courbet © pmonetta

 

EJG : Comment se positionne Courbet au niveau de l’esthétique de création ? Comment définiriez-vous la « Courbet touch » ?

Manuel MALLEN : « Le CO comme expliqué précédemment, c’est aussi un design épuré, intemporel (nous sommes une marque écologique donc pas de « show off » ou de « fast fashion »).

Nous faisons aussi beaucoup de sur mesure avec nos clients.

Notre slogan est : « sans le bien, le beau n’est rien »

EJG : Vous êtes en pointe sur le digital : pouvez-vous expliquer comment vous vous démarquez dans ce domaine ?

Manuel MALLEN : « Depuis 2018, nous proposons à nos clients qu’ils soient partout à Bordeaux, Marseille ou ailleurs : « ne vous déplacez pas, faisons le premier rendez-vous en Facetime ou Skype, vous découvrirez le showroom, les collections, les équipes, (avec le Covid cela s’est démultiplié), la techno peut aussi prendre cette forme-là. Nous avons un configurateur 3D sur le site d’une qualité incroyable pour faire sa bague de fiançailles, avec un rendu spectaculaire.

Nous délivrons les certificats, factures, garanties avec une blockchain infalsifiable à laquelle nous avons ajouté de l’assurance, votre bijou est assuré contre le vol. Nous acceptons les paiements en crypto-monnaies. Bref la techno est très présente chez nous. En fait cela fait partie de notre vision de la marque : ce diamant issu de la techno, cet or venant de la récupération des cartes graphiques, tout cela arrive sur l’établi d’un artisan qui fait de la même manière depuis 3 générations. Tout cela à travers une marque digitale, écologique, place Vendôme. Bref réconcilier le beau et le bien. Notre « slogan » est : « sans le bien, le beau n’est rien ».

Nous délivrons les certificats, factures, garanties avec une blockchain infalsifiable

EJG : Vous êtes originaire d’Ambarès (Gironde) : quels sont vos liens avec le Sud-Ouest ? Pouvez-vous nous résumer votre parcours avant Courbet ?

Manuel MALLEN : « Des liens très forts, une partie de ma famille est toujours à Ambarès, j’y ai des amis d’enfance et surtout de merveilleux souvenirs. Et je suis très ancré dans la culture festive, sportive (rugby, pelote) du Sud-Ouest. J’ai une maison dans les Landes et j’aspire assez rapidement à ce qu’elle devienne ma résidence principale. Avant Courbet, j’ai toujours été dans ce milieu de marques de luxe, j’ai dirigé sur différents pays des marques comme Piaget, Baume et Mercier ou Poiray. »

 

EJG : Avez-vous prévu de vous développer dans le Sud-Ouest et d’implanter une usine ou bien une boutique Courbet à Bordeaux ?

Manuel MALLEN : « Il y a malheureusement une seule place Vendôme dans le monde, il est donc difficile de la délocaliser. Mais nous avons aidé une start-up « diamconcept », qui produit les premiers diamants français à se développer en France, et je crois qu’un des projets d’implantation sera dans le Sud-Ouest. Avoir une joaillerie 100 % française est notre prochain objectif. »