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[ La Relève ] Salaunes : Scierie Audy, taillé pour la reprise

Ancien sportif et étudiant en sciences politiques puis communication, Thomas Jitiaux, 24 ans, est arrivé en alternance à la scierie Audy. Il l’a reprise un an plus tard.

Thomas Jitiaux, scierie Audy

Thomas Jitiaux, dirigeant de la scierie Audy © Robin Rodriguez

Comme un moment suspendu. Loin de l’agitation de la ville, à Salaunes, au détour d’une petite route, une cheminée s’élève, accompagnée d’une odeur de bois. En guise d’accueil, un chien s’approche. Derrière lui, le « patron » des lieux se présente : Thomas Jitiaux, 24 ans. C’est lui qui a pris la direction de la scierie Audy en février 2025. Ici, sur deux hectares, on scie, on sèche on rabotte. Vingt personnes transforment le pin des Landes en parquet et lambris.

Thomas Jitiaux, scierie Audy

Sur les quarante entreprises qui, en 2001, transformaient le pin des Landes en parquet et lambris, il n’en reste plus que cinq. © D. R.

Une réorientation

Si Thomas Jitiaux explique avoir eu un vrai coup de coeur pour le bois et le savoir-faire de cette entreprise presque centenaire, cet univers lui était totalement inconnu quand il y a mis les pieds dans le cadre d’une alternance. Il a suivi des études en sciences politiques à Paris, puis en communication, tout en bénéficiant d’horaires aménagés pour pratiquer le rugby. Quand il comprend qu’il n’évoluerait pas dans le haut niveau, il débute un MBA gestion de l’entreprise en alternance et à distance. « Je me voyais plutôt faire de l’événementiel sportif », reconnaît-il.

Mais finalement, une opportunité se présente au sein de la scierie Audy alors qu’il s’installe en Gironde. Il passe ses journées dans l’atelier de production pour comprendre. « Je devais travailler trois jours en entreprise et le reste du temps sur mes cours. Au final, j’y étais plutôt quatre à cinq jours et travaillais mes cours le weekend. » Il échange aussi avec la comptabilité, le service commercial, tout en étant aux côtés de Laurent Delthé, le patron de l’époque.

Thomas Jitiaux, scierie Audy

Ici, vingt personnes transforment le pin des Landes en parquet et lambris. © Robin Rodriguez

Les circonstances font le reste. « Ses enfants ne voulaient pas reprendre l’entreprise. Il a estimé que j’avais le profil et le rachat s’est fait en février 2025 pendant ma deuxième année d’alternance. » À partir de là, Laurent Delthé, qui avait lui-même repris l’entreprise de son père à 25 ans, le laisse à la manoeuvre.

Des défis à relever

« J’ai pris Audy comme un grand jeu, dans le sens où il fallait que tout fonctionne ensemble et dans le bon rythme », explique-t-il. Ce qu’il aime par dessus tout, c’est avoir des problèmes à régler tous les jours. De ce côté-là, il est servi. Un bon nombre de défis sont encore à relever : trouver de nouveaux marchés dans un contexte où la consommation est en baisse et les coûts énergétiques en hausse. « C’est très compliqué de faire assurer une scierie », précise-t-il au passage. D’un point de vue financier, dans le cadre du rachat, il a aussi un LBO (leveraged buy-out) à rembourser tous les ans pendant sept ans.

De quoi le plonger dans le bain à l’aube de sa vingtaine. « J’ai eu très peu de doute sur le fait de reprendre ou pas. Etait-ce inconscient ? Peut-être. Mais je n’avais rien à perdre à personnellement. La seule chose pour laquelle je me bats, c’est l’entreprise. » Il y a bien eu quelques regards sceptiques au début. « En même temps, j’arrive sans rien connaître et le patron me présente comme le potentiel repreneur. » Finalement la première année a été formatrice. Il ne s’étendra pas sur la relation avec les banques, mais « certaines m’ont jugé et manqué de respect. Cela m’a permis de prendre du recul et de travailler mon discours. »

Thomas Jitiaux, scierie Audy

© Robin Rodriguez

Un métier à défendre

Aujourd’hui, l’entreprise tourne et Thomas Jitiaux dit avoir été bien accueilli par les acteurs du secteur avec lesquels il échange sur des problématiques communes. Et de citer notamment le règlement européen de lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts qui va nécessiter « la mise en place d’un logiciel de gestion ou la mobilisation d’une personne à temps plein pour tracer le bois. »

Si la filière se serre les coudes, c’est aussi parce que de nombreuses entreprises du secteur ont disparu. « Sur les quarante qui, en 2001, transformaient le pin des Landes en parquet et lambris, il n’en reste plus que cinq », témoigne Thomas Jitiaux. De quoi le motiver à prendre la parole, pour parler « non pas seulement de la scierie mais du bois en général. » « Il y a une histoire à raconter et des métiers qui méritent de perdurer ! »

« Il y a une histoire à raconter et des métiers qui méritent de perdurer ! »

Audy en bref

Dirigeant : Thomas Jitiaux (24 ans)

Effectif : 20 salariés

Volume : 200 000 m2 de parquets/lambris fabriqués par an.

Chiffre d’affaires : 3 millions d’euros