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[ Pessac ] I2S maintient le cap

La baisse de chiffre d’affaires de - 21 % en 2020 n’y a rien changé : le directeur général d’i2S, Xavier Datin, prévoit toujours un doublement du chiffre d’affaires de ce champion girondin de l’imagerie, basé à Pessac, d’ici 5 ans, si la reprise se concrétise. Explications.

i2S Pessac

© D. R.

Avec une baisse de chiffre d’affaires de – 21 % en 2020, le spécialiste de l’imagerie i2S (pour Innovative Imaging Solutions), coté en Bourse à l’Euronext depuis 2007, a été fortement impacté par la crise.

Mais pas de quoi entamer le moral des troupes ni du directeur général de la société Xavier Datin, parvenus à maintenir un excédent brut d’exploitation (EBE) positif (+ 426 000 euros). Et cela grâce à trois leviers détaillés lors de la présentation des résultats de l’entreprise à ses investisseurs, le 12 mars dernier. « Nous avons abaissé le point mort en optimisant la masse salariale et l’organisation (à effectifs constants), en augmentant la productivité marketing et en baissant les frais généraux (frais de déplacements), et en mettant en sommeil des laboratoires communs de recherche que nous avions avec le CEA et l’Inria », nous détaille Xavier Datin.

Une bonne santé que la société installée à Pessac depuis 42 ans doit aussi aux investissements réalisés en 2019, et notamment à l’ouverture de sa propre usine de fabrication à Cestas, « ce qui nous a permis de maintenir une bonne productivité industrielle et logistique », affirme le directeur général. Mais c’est surtout le plan stratégique lancé par Xavier Datin à son arrivée en 2017 pour redynamiser l’entreprise qui commence à porter ses fruits.

Avoir notre propre usine (à Cestas) nous a permis de maintenir une bonne productivité industrielle et logistique

i2S Pessac

© D. R.

LEADER MONDIAL

Un plan stratégique qui a consisté en premier lieu à « changer le profil de la société, en recrutant des profils marketing et commerciaux, en y ajoutant certaines compétences techniques autour de la modélisation 3D et de l’intelligence artificielle », énumère son auteur, qui a également féminisé les effectifs. Mais surtout à recentrer l’activité d’i2S autour de trois spécialités « où l’imagerie pouvait apporter une valeur ajoutée », précise Xavier Datin. Tout d’abord, le segment historique « Vision », à vocation industrielle, domaine d’expertise d’i2S depuis plus de 40 ans, qui représente près de 40 % de son activité.

Le segment Vision, très lié à l’investissement industriel, a connu un gros coup d’arrêt en 2020

i2S Pessac

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« Nous fabriquons des systèmes de contrôle ou encore des caméras durcies qui peuvent aller dans des environnements très bruités comme des mines, et sont capables de traiter l’image pour la rendre la plus nette possible », explique le directeur général. Un métier très lié à l’investissement industriel et qui a connu « un gros coup d’arrêt en 2020 ».

Le secteur de la numérisation du patrimoine, ensuite, qui représente également 40 % de son activité et dont i2S est le leader mondial avec ses scanners grands formats et haute qualité d’image, permettant de numériser livres, cartes, plans et tableaux. Une activité qui s’adresse aux bibliothèques (la Bibliothèque nationale de France ou la Library of Congress de Washington, par exemple), aux archives nationales ou encore aux musées (comme celui de la Cité interdite à Pékin). Et qui a notamment mené l’entreprise à numériser la première Bible de Gutemberg datant de 1456 ou à participer au projet titanesque de l’Église mormone de « construire l’arbre généalogique de l’humanité », grâce à une armée de scanners i2S installés à Salt Lake City, aux États-Unis. Un secteur qui a plutôt bien résisté en 2020 (-12 %), malgré un arrêt net de l’activité entre mars et août. Les perspectives sont bonnes en 2021, puisqu’i2S prévoit encore d’augmenter la qualité d’image de ses scanners, tout en se développant à l’international, où Xavier Datin entrevoit de fortes perspectives de croissance pour l’entreprise.

 

Xavier Datin

Xavier Datin. Après une carrière de 20 ans entre la Chine et les États-Unis, Xavier Datin (à droite) prend les rênes d’i2S en 2017 © D. R.

ANALYSE CELLULAIRE

Troisième segment, « le plus prometteur », pour lequel i2S a structuré sa division « Medcare » en 2019 : le médical, qui représente environ 20 % de son activité.

« Quand j’ai fait ce plan stratégique, j’ai vraiment identifié qu’il y avait une convergence entre nos technologies d’imagerie, capables de détecter et d’analyser des objets de la taille du micron, et les besoins dans le secteur médical, notamment l’analyse cellulaire », indique Xavier Datin. i2S a ainsi signé en 2020 un partenariat avec les Girondins de TreeFrog Therapeutics, pour « contrôler, mesurer et optimiser la fabrication de cellules souches ».

La société lancera fin 2021 son premier produit maison, un automate dédié à la surveillance du développement des embryons issus de FIV, destiné aux centres de PMA. Et travaille sur un nouveau produit « vraiment innovant » qui devrait voir le jour en 2023.

Malgré la conjoncture, i2S maintient donc ses projets de développement dans le médical et espère revenir à la croissance de ses métiers historiques (Vision et Digibook) en 2021. « Avant d’augmenter la rentabilité dès 2022. Et si la croissance mondiale retrouve ses niveaux d’avant-crise, le doublement du chiffre d’affaires dans les 5 ans est toujours d’actualité », affirme le directeur général, qui se concentre actuellement sur la structuration de la démarche RSE de l’entreprise. Née de la définition de la « raison d’être » d’i2S, à savoir « capter, sublimer l’image et en valoriser l’usage pour promouvoir les connaissances et contribuer au bien-être », cette démarche permet de « fédérer en interne », tout en répondant aux attentes des clients. « C’est vraiment enthousiasmant », conclut Xavier Datin.

 

UN QUART DU CAPITAL D’I2S COTÉ EN BOURSE

Si les deux fondateurs Jean-Louis Blouin et Alain Ricros conservent la majorité du capital d’i2S (28 % chacun), et l’ancien directeur général Jean-Pierre Gérault, et l’actuel Xavier Datin et les salariés environ 20 %, un peu moins de 25 % des actions de l’entreprise sont cotées à l’Euronext. « Être en bourse n’est pas une contrainte dans l’absolu », affirme Xavier Datin, « cela nous oblige seulement à formaliser, structurer et présenter nos résultats et ce que l’on fait ». En revanche, « la seule ambiguïté pour une entreprise innovante comme nous, c’est vis-à-vis de la concurrence : nous sommes très exposés, et devons partager des informations intéressantes avec les investisseurs, sans trop en dévoiler », admet le directeur général d’i2S, dont la valorisation publique est actuellement de 6 millions d’euros.

 

I2S EN QUELQUES DATES

 1979 : Création à Pessac par deux ingénieurs en aérospatial, Jean-Louis Blouin et Alain Ricros. Spécialisation dans la « Vision » industrielle

1985 : Participation à la conception des caméras du Nautile, qui retrouvera l’épave du Titanic

1989 : Premières caméras embarquées pour Airbus

2000 : Création de la branche « Digibook » de numérisation du patrimoine

2005 : Conception de caméras de contrôle pour Ariane V

2007 : Entrée en Bourse à l’Euronext

2013 : L’Église mormone obtient l’autorisation d’intégrer l’état civil français à son fonds généalogique mondial, Family Search, géré par les produits i2S

2017 : Arrivée de Xavier Datin au poste de Directeur Général. Lancement du plan stratégique qui spécialise l’entreprise sur 3 activités : l’industrie (« Vision »), la numérisation du patrimoine (« Digibook »), le médical (« Medcare »)

2017-2019 : Croissance de + 10 %, + 15 % et redressement de l’EBE

2019 : Lancement du pôle « Medcare » dédié au secteur médical. Ouverture de l’usine de Cestas

2020 : Retour au CA de 2017, à 13,3 millions d’euros, mais avec un EBE positif

2021 : Partenariat signé entre i2S et Tree Frog Therapeutics.

Perspectives de croissance à 5 ans : un CA multiplié par deux