Couverture du journal du 11/06/2021 Consulter le journal

Pharmacies : Des résultats satisfaisants mais contrastés

Comment ont évolué les chiffres d’affaires des officines, leurs marges et leur rentabilité en 2020, année d’apparition de la crise sanitaire ? Thomas Grosse et Bruno Boirie, experts-comptables associés chez Extencia, qui vient de publier avec le groupement CGP l’étude de référence 2021 sur les statistiques des officines en France et en Nouvelle-Aquitaine, font parler les chiffres. Avec un focus exclusif sur les résultats en Gironde.

Pharmacie Gironde

© Shutterstock - Syda Productions

« 2020 est la meilleure année en termes de chiffre d’affaires et de marge pour les pharmacies de Nouvelle-Aquitaine depuis 15 ans », annonce Thomas Grosse, expert-comptable associé chez Extencia. Son cabinet vient de publier fin avril, avec les experts-comptables libéraux du groupement Conseil-Gestion-Pharmacies (CGP), son étude annuelle sur les statistiques professionnelles de la pharmacie. Basée sur un échantillon de 1 783 officines en France (parmi les 3 522 clients du réseau CGP), dont 239 en Nouvelle-Aquitaine et 142 en Gironde (1), cette étude de référence met néanmoins en lumière d’importantes disparités. Globalement, sur 2020, le chiffre d’affaires hors taxe des pharmacies de Nouvelle-Aquitaine s’est élevé à 1,897 million d’euros, dont 1,878 million d’euros en Gironde, soit une augmentation de + 2,71 % par rapport à 2019 (+ 2,78 % pour la Gironde).

Le chiffre d’affaires est en baisse pour un tiers des pharmacies de Nouvelle-Aquitaine en 2020, et en forte augmentation pour les deux autres tiers

Une hausse qui s’inscrit de surcroît dans un contexte de baisse du volume de délivrance des médicaments prescrits (- 3 % par rapport à 2019), ainsi qu’une baisse de l’indice Insee des prix des médicaments remboursables (- 2,61 %). Belle performance, donc. D’autant que les pharmacies traversaient un creux d’activité depuis près de 5 ans, « notamment en raison de la baisse continue du prix des médicaments remboursables et des déremboursements successifs imposés par l ’Assurance maladie, qui ont entraîné un recul constant des chiffres d’affaires », explique Thomas Grosse. L’année 2020 a cependant été marquée par de fortes variations : « après une explosion des chiffres d’affaires à + 27 % lors de la deuxième quinzaine de mars 2020, qui a précédé le confinement et où les gens se sont rués dans les pharmacies, l’activité a subi une baisse de 5,4 % au mois d’avril », précise notamment l’expert-comptable.

DISPARITÉS DE LOCALISATION

On constate également d’importantes disparités entre les officines, « avec un chiffre d’affaires en baisse pour un tiers des pharmacies de Nouvelle-Aquitaine en 2020, et en forte augmentation pour les deux autres tiers », poursuit Thomas Grosse. Les pharmacies de flux (dans les centres villes et les galeries marchandes) ont plus souffert que les pharmacies des zones rurales et des gros bourgs, « car elles n’ont pas bénéficié du passage habituel et ont subi la fermeture des autres commerces », analyse Bruno Boirie, également expert-comptable associé chez Extencia, lui aussi spécialiste de l’accompagnement des pharmacies. Ce sont d’ailleurs ces officines qui ont en majorité eu recours au chômage partiel en 2020. Les variations de chiffre d’affaires par rapport à 2019 restent cependant positives dans toute la Gironde : le chiffre d’affaires dans les zones rurales progresse de 3,28 % (+ 2,72 % en Nouvelle-Aquitaine) ; celui des gros bourgs est à + 3,25 % (+ 3,96 % en région) ; celui des zones urbaines est à + 2,29 % (+ 2,43 en région) ; et enfin celui des centres commerciaux est à + 0,21 % (alors qu’il baisse de 0,12 % sur toute la Nouvelle-Aquitaine).

La vente des produits au taux de TVA à 5,5 % a été dopée par les protections Covid, mais aussi par l’essor de la médecine dite naturelle

Tandis qu’auparavant, « les plus petites pharmacies souffraient, la tendance s’est inversée, notamment pour les officines dont le chiffre d’affaires se situe sous 1,5 million d’euros, qui renouent pour la première fois avec la croissance depuis 6 ans. La fameuse « prime à la taille » n’a exceptionnellement pas été constatée sur 2020 », note Thomas Grosse. « La crise semble avoir poussé les clients à se tourner vers les pharmacies de proximité, souvent de plus petite taille et moins fréquentées », ajoute Bruno Boirie.

Malgré tout, les très grosses pharmacies (avec un chiffre d’affaires de plus de 4 millions d’euros) hors centre-ville et galeries marchandes tirent largement leur épingle du jeu.

DISPARITÉS EN FONCTION DES PRODUITS

Si l’on regarde plus finement le chiffres d’affaires des officines, on constate également des différences en fonction des catégories de produits. Les ventes au taux de TVA de 2,1 %, correspondant aux médicaments remboursables, ont baissé de – 0,81 % en Gironde (contre – 0,55 % en Nouvelle-Aquitaine). Les ventes au taux de TVA de 5,5 % sont, elles, en très forte augmentation (+ 8,39 % en Gironde et + 7,87 % en Nouvelle-Aquitaine). « Cette catégorie a été dopée par les protections Covid, tels que les masques et gels hydroalcooliques, mais aussi par l’essor de la médecine dite naturelle (phytothérapie, aromathérapie…), dont la croissance des ventes a fortement accéléré avec la crise sanitaire », assure Thomas Grosse. Les produits au taux de TVA de 10 %, soit les médicaments sans ordonnance, en accès libre et non remboursés, connaissent pour leur part une importante chute des ventes (- 2,68 % en Gironde et – 3,28 % en région), notamment liée à l’application des gestes barrière, qui a entraîné un net recul des traditionnelles pathologies hivernales. Les produits au taux de TVA de 20 %, enfin, comprenant la parapharmacie et le matériel médical, ont augmenté (+ 3,80 % en Gironde et + 2,69 % en Nouvelle-Aquitaine), « avec un net rebond des ventes de parapharmacies durant l’été 2020 », remarque Thomas Grosse.

 

GIRONDE NOUVELLE-AQUITAINE
2020
(en milliers d’euros)
Variation 2020
(en milliers d’euros)
Variation
CA HT
(ventes + prestations)
1,878 + 2,78 % 1,897 + 2,71 %
Marge brute globale 573,2 + 16 000 euros
(+ 2,88 %)
581,9 + 14 800 euros
(+ 2,61 %)
EBE 225,4 + 1 000 euros
(+ 0,44 %)
232,8 + 1 600 euros
(+ 0,68 %)

Source : Statistiques professionnelles de la pharmacie des Experts-comptables CGP édition 2021

 

Outre les ventes de produits aux différents taux de TVA, le chiffre d’affaires des pharmacies se compose également depuis quelques années « des honoraires (de dispensation et à l’ordonnance), de la ROSP (la rémunération sur objectifs de santé publique) et des autres prestations commerciales allouées par les laboratoires génériques », détaille Bruno Boirie. La rémunération du pharmacien a en effet évolué, les prix des médicaments ayant largement baissé, compensés par « une rémunération de prestation à l’acte, rétribuant le conseil et le rôle d’acteur de santé du pharmacien ». Cette part a augmenté en 2020 et représente désormais près d’un tiers de la marge totale générée par le pharmacien.

Le pharmacien dispose désormais d’une rémunération de prestation à l’acte, rétribuant son rôle de conseil et d’acteur de santé

EBE POSITIF

Pour véritablement mesurer le niveau d’activité des pharmacies, « il faut certes regarder le chiffre d’affaires, mais surtout la marge de l’officine », insiste Bruno Boirie. En 2020, la marge brute globale des officines de Gironde a augmenté de 16 000 euros (+ 2,88 % par rapport à l’année précédente), soit un peu plus qu’au niveau régional (+2,61 %), tirée par les ventes de produits à 5,5 % de TVA. Pourtant, en 2020, « l’excédent brut d’exploitation (EBE) des pharmacies n’augmente que de 1 000 euros en Gironde, en raison de l’augmentation de la masse salariale, notamment liée aux primes Covid. On constate en effet que 6 pharmaciens sur 10 ont versé cette prime de pouvoir d’achat à leurs salariés », indique Bruno Boirie. Au final, le poids des frais de personnels a augmenté à peu près au même rythme que la marge, entraînant ainsi une modeste croissance de l’EBE. « Mais il faut tout de même souligner que l’EBE a progressé, et c’est la première fois depuis 2 ans », concluent les experts-comptables d’Extencia.

 

(1) Ne sont inclues dans le panel que les officines ayant clôturé leurs 2 derniers exercices sur une durée de 12 mois complets (hors pharmacies transférées ou issues d’un regroupement, donc)