Couverture du journal du 30/09/2022 Consulter le journal

[ Portraits de l’été ] La touche Anna Pugach, Touch Sensity

La présidente de Touch Sensity vient d’obtenir le prix iLab 2022 pour la technologie qu’elle a créée. Retour sur son parcours, de l’Ukraine à la France, entre créativité et excellence.

Anna Pugach, Touch Sensity

Anna Pugach, présidente de Touch Sensity © D. R.

Les défis l’ont toujours stimulée. À 32 ans, Anna Pugach, présidente et cofondatrice de l’entreprise mérignacaise Touch Sensity, vient d’obtenir le prix iLab 2022, qui reconnaît le caractère innovant de la technologie qu’elle a créée, capable de rendre les matériaux sensibles aux interactions physiques mécaniques. Utilisée pour le monitoring des structures et l’interface homme-machine, la Sensity Tech a déjà convaincu une dizaine de clients dans le secteur des transports, de l’aérospatial (Ariane Group) au ferroviaire (SNCF), en passant par l’automobile (Valeo) et le naval (Naval Group). Et si « tout lui plaît dans le fait d’être entrepreneuse : on se sent utile, cela nécessite d’être polyvalent et c’est enrichissant de pouvoir travailler avec une grande variété d’acteurs », la dirigeante d’origine ukrainienne admet une certaine « difficulté à être une femme dans l’industrie en France. Je dois défendre ma place ».

Rien ne prédestinait Anna Pugach à devenir cheffe d’entreprise dans l’Hexagone, mais « c’est aujourd’hui la France qui me permet de développer ma société », consent la jeune femme. Arrivée sur le territoire dans le cadre de ses études d’ingénieure en électrotechnique, elle se voit proposer un stage dans le cadre d’un master 2 recherche puis en 2013, une thèse sur le développement d’une peau artificielle pour la robotique, en partenariat avec l’université de Donetsk, dans le Donbass, dont elle est originaire, et celle de Cergy-Pontoise, en région parisienne. Née dans une famille modeste, la jeune femme très créative, qui avait auparavant fait une école d’art et le conservatoire en piano et danse classique, décroche pour venir en France « une bourse dont la condition était d’obtenir un diplôme franco-ukrainien », précise-t-elle. La guerre qui éclate en 2014 dans la province du Donbass l’oblige ainsi à changer d’université en cours de route pour celle de Kiev.

Son doctorat de robotique et sciences cognitives en poche, elle reçoit plusieurs propositions de travail, dont une de l’Inria pour travailler sur « un vêtement connecté capable d’identifier les troubles musculosquelettiques des opérateurs de l’industrie », qui l’amène à Bordeaux en 2017. Elle réutilise la technologie développée durant sa thèse, dépose un premier brevet, puis c’est la rencontre avec son associé Mehdi El Hafed Pocard, directeur général de Touch Sensity, « dont le profil plus commercial est totalement complémentaire au mien », qui finit de la convaincre de lancer son entreprise. Aujourd’hui à la tête d’une douzaine de personnes, dont la moitié de femmes ingénieures et docteures, la présidente de Touch Sensity rêve d’international. En attendant d’y propulser son entreprise, c’est en voyage qu’elle s’y rend. « Pour découvrir d’autres cultures. » Et à la recherche des paysages de son enfance, aux « lacs bordés de sapins », Anna Pugach n’ayant pas pu retourner depuis 3 ans dans sa province natale, où les combats se sont intensifiés avec l’invasion russe en Ukraine.

 

À MOTS DÉCOUVERTS

Cet été, cap sur…

« L’Islande, un pays magnifique, nature, où je vais marcher, me ressourcer, et j’espère voir l’éruption volcanique près de Reykjavik. »

On trouve quoi dans votre valise ?

« De la crème solaire et des chaussures de marche. Mais en général, je prépare peu les voyages à l’avance : j’aime l’aventure ! »

Votre lecture de l’été

« L’Empire des Anges de Bernard Werber, très philosophique. »

Le tube à écouter

« La musique m’accompagne au quotidien. Je parle 4 langues et j’écoute de la musique dans chacune d’elles. Pour me motiver, c’est Unstoppable de Sia. »

Votre cocktail signature ?

« Un classique : le spritz. »

Le meilleur endroit pour le siroter

« Chez Frida, à Bordeaux, ou dans une cabane au bord de l’eau. »

Votre meilleur spot girondin

« Le lac de Lamothe, à Hostens. Celui de Guizengeard, en Charente-Maritime, m’a aussi beaucoup plu avec son eau d’un bleu profond. »

Un projet pour la rentrée ?

« Lancer notre 2e levée de fonds en série A, qui doit nous permettre de concrétiser nos projets, poursuivre notre développement et recruter massivement. »