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Vaccin contre la grippe aviaire : Ceva évincé

LIBOURNE - Pour lutter contre les épisodes de grippe aviaire qui paralysent l’ensemble de la filière avicole, une vaste campagne de vaccination sera lancée au mois d’octobre. Le gouvernement a annoncé avoir retenu pour l’achat des vaccins le géant allemand Boehringer Ingelheim au détriment du laboratoire vétérinaire libournais Ceva Santé Animale.

CEVA LIBOURNE, Vaccin grippe aviaire

© Ceva Santé Animale

L’incompréhension. Et l’exaspération. La décision du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire suite à l’appel d’offres pour le vaccin contre la grippe aviaire n’a pas manqué de faire réagir sur le territoire girondin. En cause : le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim a été préféré à l’ETI libournaise Ceva Santé Animale pour fournir les 80 millions de doses de vaccin contre l’influenza aviaire qui seront administrées aux canards de tous les élevages commerciaux, en France, à partir du mois d’octobre.

Des résultats similaires pour les deux vaccins

Une (mauvaise) surprise pour l’ETI qui emploie 6700 personnes dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros en 2022. Au mois de mai, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait les résultats de deux expérimentations réalisées pour tester les vaccins. « Les deux vaccins (celui de Ceva et celui de Boehringer Ingelheim, ndlr) donnent des résultats similaires : ils permettent de limiter très fortement la transmission directe lorsque les animaux sont en contact rapproché et bloquent la transmission indirecte, par voie aérienne », indiquait l’agence. Rien qui ne laisse alors supposer que, moins de deux mois plus tard, Ceva serait écarté de la campagne de vaccination, dont le coût sera pris en charge à 85% par le gouvernement.

« Un coup injustifiable »

« Un coup injustifiable contre l’industrie française des biotechnologies, la souveraineté industrielle, la sécurité sanitaire et l’efficacité vaccinale », a immédiatement réagi la Région Nouvelle-Aquitaine, après l’annonce. « Cette décision n’est pas acceptable, ni pour les éleveurs opérationnellement et financièrement ni pour le réseau des chambres de Nouvelle-Aquitaine qui promeut la souveraineté alimentaire et économique sur son territoire et soutient la politique « one health » du Conseil régional », a fait savoir la chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine.

La sécurité d’approvisionnement en jeu

Parmi la pluie d’arguments déployée pour défendre le produit développé dans les laboratoires girondins de Ceva, un processus de vaccination simplifié. La première injection étant réalisée dès leur première journée en couvoir, et la seconde à 4 semaines, réduisant ainsi considérablement la difficulté de la vaccination pour les éleveurs puisque pour les vaccins traditionnels sur les animaux adultes, il faut pour les deux injections trois personnes pour attraper et maintenir chaque canard.

Par ailleurs, la sénatrice de la Gironde, Florence Lassarade, a questionné le gouvernement, le 27 juillet dernier, concernant la gestion du risque de défaillance. « Cette répartition (entre les deux fournisseurs, ndlr) aurait permis une meilleure sécurité d’approvisionnement en doublant le nombre de fournisseurs », avance-t-elle.

Produire les vaccins au plus proche des élevages

Dernière épine dans le pied du gouvernement, Boeringher Ingelheim, dont le siège français est établi à Lyon, ne produirait pas le vaccin sur le territoire. « Il est indiqué dans l’autorisation temporaire unique (ATU) que le vaccin de Boehringer Ingelheim sera fabriqué à l’étranger, peut-être même hors d’Europe ; quant aux unités de production de CEVA Santé Animale qui fabriqueraient son vaccin, elles se trouvent en France », pointe le Conseil régional. « Cette décision, qui ne satisfait ni les éleveurs ni les filières, semble faire peser un risque important en matière d’approvisionnement de vaccins et de qualité de la couverture vaccinale. En outre, elle porte un coup majeur à notre souveraineté vaccinale et donc, in fine, à notre souveraineté alimentaire », s’indigne Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine.

De son côté, l’industriel libournais (ancienne filiale de Sanofi Aventis) a introduit une action en référé pour contester l’attribution de l’appel d’offres.