Couverture du journal du 01/05/2026 Le nouveau magazine

Gironde : Le Label Vivre veut mesurer le bien-être en Ehpad

GIRONDE - Les scandales qui ont secoué, ces dernières années, les secteurs de la petite enfance comme du grand âge auront au moins eu un effet : faire émerger de nouvelles initiatives pour améliorer les pratiques. À Bordeaux, deux entrepreneurs ont lancé le label Vivre, un outil destiné à mesurer et valoriser l’expérience des résidents, des proches et des professionnels en établissement senior.

Label Vivre, Mayeul L’Huillier, Stéphane Dardelet

Mayeul L’Huillier et Stéphane Dardelet, cofondateurs du label Vivre © Label Vivre

Tout est parti de la difficulté à obtenir une information de qualité au moment de devoir placer un parent ou grand-parent dans un établissement pour personnes âgées. « Au gré des recherches, nous trouvons soit de l’information que je qualifierai d’un peu froide et technique qui porte sur les moyens et les taux d’encadrement, soit des avis en ligne, parfois violents, souvent à charge, invérifiables et évidemment anonymes », explique Stéphane Dardelet.

Porté par le désir d’entreprendre, dans le contexte d’un secteur bousculé par le scandale Orpea en 2022, il a donc décidé, avec Mayeul L’Huillier, d’apporter un éclairage différent en allant chercher le regard de ceux qui y vivent et y travaillent. « Nous ne sommes pas du secteur et le revendiquons. Mais toute cette connaissance existe. Nous ne la produisons pas, nous la recueillons. »

Un label ON/OFF

Les deux entrepreneurs, installés sur le site La Place de Bordeaux Technowest, proposent aux établissements une prestation de service qui consiste à interroger les résidents, les proches et le personnel au travers de 110 indicateurs liés à la perception. « Nous n’évaluons pas les moyens, le taux d’encadrement ou la surface des chambres qui sont surveillés par l’Agence régionale de santé. Nous nous penchons sur le résultat », explique Stéphane Dardelet. « Le regard par les moyens ne montre pas ce qui se passe vraiment », justifie-t-il.

Le résultat de cette enquête est ensuite transmis à l’établissement, avec éventuellement, à la clé, l’obtention du label Vivre et la mise à disposition d’outils de communication. « L’avantage du label, c’est le principe du ON/OFF contrairement à un classement délivré par la Haute Autorité de Santé pour cinq ans. Si un établissement obtient ce label, c’est très bien, il communique. Dans tous les cas, cela permet de prendre de la hauteur sur ses forces, ses faiblesses et les marges d’amélioration. »

Un secteur morcelé

Car si l’objectif initial était d’éclairer les familles, « d’un conseil très orienté BtoC, nous en sommes arrivés à une démarche dont l’objectif est d’aider les établissements » qu’il s’agisse d’Ehpad, de résidences autonomie, de résidences seniors ou d’habitats partagés. « Les responsables d’établissements sont isolés et en souffrance. Et si le scandale Orpea a eu le mérite de dénoncer des pratiques et dysfonctionnements au sein de cette chaîne d’Ehpad privés, il a eu un impact extrêmement négatif sur tous les autres. Le secteur, qui est très morcelé, en souffre encore aujourd’hui », souligne Stéphane Dardelet qui précise que sur 12 000 établissements seniors, 10 000 sont des Ehpad. « Parmi eux, deux tiers sont des établissements indépendants ou faisant partie de petits groupes de moins de cinq établissements. »

Mentorat

Pour prolonger l’accompagnement, l’entreprise construit une communauté d’établissements pour leur permettre d’échanger autour des bonnes pratiques. « À partir des données que nous captons, nous savons quels établissements ont des résultats convaincants sur tel ou tel sujet quand d’autres ont des difficultés. Nous sommes en train de tester l’idée du mentorat de pair à pair », précise Stéphane Dardelet.

Si la prestation a un coût, « c’est un investissement » souligne Stéphane Dardelet qui rappelle qu’un décret d’avril 2022 rend désormais obligatoire une enquête de satisfaction auprès des résidents pour les établissements médico-sociaux. « Ils la réalisent souvent eux-mêmes, ce qui rajoute du travail alors que certains nous confient déjà crouler sous le poids des contrôles et reportings. »

Label Vivre, Mayeul L’Huillier, Stéphane Dardelet

Le label Vivre, créé en janvier 2024, a été délivré à 25 établissements. © D. R.

25 labellisations

Depuis son lancement en janvier 2024, la démarche a fait l’objet de 40 déploiements dans des établissements et a conduit à 25 labellisations. « C’est majoritairement lié au fait que des équipes n’expriment pas un niveau de bien-être au travail suffisant. Nous n’avons pas constaté de défaillance majeure au niveau des résidents », commente Stéphane Dardelet qui vise un déploiement dans une cinquantaine d’établissements à la fin d’année.

Pour accélérer son développement, l’entreprise aujourd’hui composée de cinq personnes, s’appuiera un réseau de professionnels de proximité qu’elle est en train de construire et de former. Par la suite, elle devrait également s’ouvrir à d’autres établissements du secteur médico-social. Une levée de fonds est envisagée en 2027.

« Nous sommes en train de tester l’idée du mentorat de pair à pair »