« Il n’y a pas de volonté de rupture de notre part. Il y aura peut-être une évolution, mais nous la construirons ensemble. » C’est par ces mots qu’Anne Fahmy, devenue présidente de l’opéra national de Bordeaux (ONB) après les dernières élections municipales, a introduit la présentation de la saison 2026-2027 de l’institution.
Cette volonté de continuité paraît s’accorder avec les résultats de la saison en train de s’achever. La fréquentation est toujours assidue avec 230 000 entrées (contre un peu plus de 262 000 la saison précédente, mais il reste des spectacles dont le public n’a pas encore été comptabilisé). La grande satisfaction est cependant l’augmentation du nombre des abonnés (+ 10 % en une saison), s’élevant aujourd’hui à 7 125, une croissance particulièrement importante chez les jeunes.
La moyenne annuelle du nombre de levers de rideau reste stable (autour de 250) de même que celle du remplissage des salles (supérieure à 85 %), le tout accompagné d’un renforcement des activités hors les murs. Notons enfin, malgré les incertitudes de la conjoncture économique, la stabilité du mécénat et parrainage.
« À la folie »
Après « Amour, amours » l’an dernier, la nouvelle saison sera « À la folie », de la folie rêveuse de Fantasio d’Offenbach à celle sanglante du Macbeth de Verdi. Cinq des sept opéras seront présentés avec décors et mise en scène. Cela est notamment dû aux coproductions développées par l’ONB avec d’autres maisons comme Rouen ou l’opéra de Shanghai. La présentation de Carmen devrait à cet égard être particulièrement intéressante. Mise en scène par une Française pour des Chinois (pour lesquels l’ouvrage n’est pas encore un tube complètement rebattu), cette production nous permettra d’entendre Julien Henric (récemment Mirko dans La Montagne noire d’Holmès) ainsi que, dans le petit rôle de Mercédès, la jeune mezzo Amandine Portelli, formée au conservatoire de Bordeaux, membre de l’Académie de l’opéra de Paris et retenue pour le programme Jeunes talents du prochain festival de Salzbourg. On retiendra aussi en fin de saison la rareté, sur nos scènes occidentales, de l’ouvrage de Rimski-Korsakov La Fiancée du Tsar.
La saison de récitals lyriques sera marquée par un hommage à Béatrice Uria-Monzon, la présence de Pretty Yende ou de Pene Pati, ainsi que par la venue de Barbara Hannigan.
Swensen, Beethoven et Rachmaninov
Côté symphonique, la saison verra la création française de deux œuvres de Joseph Swensen, dont Shizue, concerto pour shakuhachi (flûte japonaise) et orchestre, méditation en hommage à sa tante maternelle décédée lors du bombardement de Hiroshima. Deux fils rouges permettront de mettre l’orchestre en valeur : Beethoven (pour le bicentenaire de sa disparition) et Rachmaninov. Outre son chef titulaire, renouvelé pour trois ans, l’orchestre national Bordeaux Aquitaine (ONBA), accueillera de nombreux chefs invités, avec une parité presque complète.
Continuité toujours en ce qui concerne le baroque avec la persistance de la résidence de Raphaël Pichon et de son ensemble Pygmalion (trois concerts). Signalons aussi la venue de William Christie, aussi bien avec ses Arts florissants que pour un concert en duo avec le violoniste Théotime Langlois de Swarte.
Enfin Le Lac des cygnes…
Après plus de dix ans, le plus célèbre ballet de Tchaïkovski fera enfin son retour sur la scène de Bordeaux dans le cadre d’une coproduction avec le Northern Ballet où, tout en maintenant la tradition classique, Rachel Beaujean apportera le regard neuf d’une chorégraphe du XXIe siècle. Il sera aussi rendu hommage à Roland Petit et, cette année, le festival Quatre tendances ne mettra pas en lumière quatre chorégraphes différents, mais proposera quatre tableaux des mêmes Sol León & Paul Lightfoot.

Le Lac des cygnes. © Frédéric Desmesure
Le bâtiment du Grand Théâtre sera fermé de juin à septembre pour des travaux comprenant notamment l’installation d’un système de sprinklage anti-incendie, les spectacles continueront dans divers autres lieux de l’agglomération.
Les réservations pour les abonnements et les spectacles de septembre sont ouvertes depuis le jeudi 28 mai, et, pour les billets individuels, il faudra attendre jusqu’au vendredi 28 août.

Mehdi Kerkouche © Hanna Pallot
Des coproductions avec Rouen ou l’opéra de Shanghai.