Alors qu’elle fêtera ses dix ans en octobre, l’entreprise CMP Composites, créée en 2016 par Jérôme Benabès, Antoine Lavaud et Jean-Marie Ledan, s’offre un nouveau bâtiment usine de 4 500 m2, représentant un investissement de plus de 5 millions d’euros. En croissance constante et rentable depuis sa création, l’entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces composites haute performance pour l’aéronautique, le spatial, la défense et les industries de la mobilité et de l’énergie, vise un chiffre d’affaires de 6,3 millions d’euros en 2026 (+ 45 % par rapport à 2025) et une quarantaine de salariés.
À l’horizon 2030, nous espérons employer 100 personnes
« Ce nouveau bâtiment, qui fait tripler la taille de notre atelier à l’atmosphère contrôlée et nos surfaces de bureaux, doit nous permettre d’absorber cette croissance, mais aussi d’anticiper celle à venir. À l’horizon 2030, nous espérons employer 100 personnes », affirme Marc Augustin, lors d’une visite du site en avant-première. Le directeur général du groupe CMPi, qui réunit CMP Composites et l’usineur CPi (Cuvelier Polyméca industrie), acquis fin 2023, y a emménagé avec les équipes de CMP le 1er septembre.

Respectant les normes environnementales et frugales, le nouveau bâtiment de CMP est équipé de 2 700 m2 de panneaux photovoltaïques pour produire sa propre électricité et alimenter le réseau local. © CMP
Accessibilité
« Nous avons choisi de nous installer à Blanquefort pour l’accessibilité de la ville et pour son emplacement central entre Bordeaux et les différents territoires locaux du composite, notamment le Médoc. Et nous avons choisi de construire notre propre bâtiment pour répondre à nos besoins spécifiques : nous fabriquons des pièces de très grande dimension qui peuvent peser jusqu’à 5 tonnes, nous avons installé des ponts roulants au plafond pour pouvoir les déplacer », poursuit-il.
Le site est équipé dans un premier temps de cinq lignes de production : trois lignes dédiées à l’enroulement filamentaire, la spécialité de CMP, une ligne de finition, et une ligne de production traditionnelle de composites par moulage ou drapage.
Il réunira tous les métiers de l’entreprise : le bureau d’études, qui réalise la conception et la modélisation ; le service de prototypage et de production, qui peut fabriquer des petites séries ; et un service d’accompagnement à l’industrialisation pour les clients grands comptes. Parmi eux, MDBA, Dassault, Naval Group, le CEA, Roxel France, Airbus, Suez, mais aussi des start-up locales telles qu’HyprSpace, Aeryx System ou Drastiq.

Bobinage de réservoir cryogénique. © CMP Composites
R&D
Le bureau d’études, qui représente 80 % de l’activité de CMP Composites, réalise des études et spécifications techniques pour ses clients. « Et nous avons une activité de R&D et d’innovation, à travers différents projets menés avec des partenaires », précise Marc Augustin. CMP travaille ainsi avec la start-up mérignacaise Nova Carbon, capable de recycler les fibres de carbone. « Nous avons développé un projet de pale d’éolienne en matériau composite fabriqué avec nos déchets de production », s’enthousiasme-t-il.
L’entreprise travaille également sur plusieurs projets de réservoirs cryogéniques pour le stockage de gaz liquéfiés et pressurisés, dont un réservoir d’hydrogène et d’hélium (LH2) pour l’aviation civile (projet soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine). Si le segment de l’hydrogène est actuellement en fort ralentissement, il a néanmoins permis à CMP de développer des réservoirs résistants et légers pour d’autres gaz, dont un tout ergol liquide (oxygène, hydrogène) à usage spatial (lauréat France 2030).
« Et nous avons un projet de développement de réservoir d’hydrogène liquide pour l’automobile de course », dévoile le directeur général de CMPi.

Travail sur des fibres de carbone recyclées. © CMP Composites
Matériaux biosourcés
Sur le secteur spatial, qui représente environ 30 % de son activité, CMP développe par ailleurs le corps principal et le réservoir du petit lanceur de la start-up girondine HyPrSpace. « Ce sont des pièces de très grande dimension, que nous pourrons produire beaucoup plus aisément dans notre nouvel atelier », note Marc Augustin.
Comptant également parmi ses partenaires stratégiques le Centre national d’études spatiales (Cnes), CMP Composites mène plusieurs projets d’innovation autour de réservoirs cryogéniques (Perseus) ; de matériaux biosourcés comme le lin et le bambou pour des planchers supports pour équipements spatiaux ; ou encore un projet de coiffe de lanceur utilisant le procédé Tailored Fiber Placement (TFP) couplé à l’infusion sous vide, en partenariat avec Nobrak.

Le projet Régional’H2 auquel participe CMP Composites vise à créer un réservoir cryogénique pour l’aviation civile. © CMP
Défense
Mais ce qui a tiré l’activité de CMP Composites ces dernières années, c’est le secteur de la défense, qui pèse environ 45 % de son chiffre d’affaires. « Nous avons opéré un virage stratégique vers la défense il y a trois ans, avec l’objectif d’aller sur un marché de récurrence avec une dynamique de croissance forte. Cela nous a permis d’augmenter notre capacité de production, de faire de la série, et d’amortir nos investissements productifs », explique-t-il. L’entreprise a d’ailleurs fortement investi dans son nouveau bâtiment sur la partie cybersécurité et protection des données sensibles. « Notre approche, c’est d’abord d’aller chercher des marchés, des revenus, et ensuite de lever de la dette auprès des banques pour investir. Nous avons toujours tout financé en fonds propres et crédit bancaire », se félicite Marc Augustin.
« Nous avons opéré un virage stratégique vers la défense il y a trois ans »
CMP Composites, tout comme CPi, sont détenues à 100 % par la holding CMPi, détenue à 100 % par ses actionnaires et fondateurs Jean-Marie Ledan (président de CMPi), Jérôme Bénabès (ex-président et directeur des opérations de CMP Composites) et Antoine Lavaud (directeur des systèmes d’information). Quant à Marc Augustin, il a été nommé directeur général du groupe CMPi, suite à une réorganisation de sa gouvernance, qui sera suivie par un rebranding de l’ensemble des activités, sous le nom CMP.

CMP Composites est capable de fabriquer des pièces en série. © CMP
Aéronautique
Si la défense reste un relais de croissance important pour CMP Composites dans les années à venir, l’entreprise prépare déjà la suite. « Le secteur aéronautique pèse actuellement 25 % de notre activité, avec principalement de la fabrication et de la réparation d’outillage composite », précise le directeur général.
Mais l’entreprise vient de signer ses premiers contrats pour des pièces d’aviation. Et a intégré l’accélérateur aéronautique de Bpifrance et du Gifas (groupement des industries françaises aéronautiques). « Travailler sur de grandes séries et sur des pièces aéronautiques avec de fortes contraintes réglementaires et de normes de sûreté, de sécurité… se prépare en amont. Nous nous structurons pour être prêts d’ici trois ans », dévoile Marc Augustin. « Notre nouveau bâtiment nous le permettra », estime-t-il, CMP ayant déjà prévu un autre plan d’investissement, et n’excluant pas la possibilité de réaliser une croissance externe dans ce secteur pour accélérer.

Le projet de coiffe en TFP mené avec Nobrak pour le Cnes. © CMP
Offre complémentaire
Si le plan de CMP Composites pour continuer de se développer semble bien ficelé, le groupe mise également sur le développement de CPi, qui va devenir CMP Industrie. Acquis fin 2023, cet usineur industriel de pièces métalliques de grande dimension installé à Biganos est spécialisé dans l’usinage et la réalisation de sous-ensembles industriels de précision. « CPi était notre principal fournisseur de pièces métalliques. Et nous avions besoin de compétences sur l’usinage de pièces composites. La société complète parfaitement la chaîne de valeur amont et aval », considère Marc Augustin.
CMP peut désormais proposer deux offres complémentaires : une offre composite et une offre métallique. « Nous souhaitons développer cette entreprise qui a un fort potentiel, sur les mêmes marchés que CMP Composites et sur ses propres marchés, comme le nucléaire. Nous n’envisageons pas, pour le moment, de la faire déménager de ses locaux de Biganos », tranche-t-il.

Réservoir cryogénique Perseus © CMP Composites