Il suffit de regarder dix ans en arrière pour mesurer les mutations du secteur. En 2016, lorsque Lionel Resses crée le cabinet de recrutement bordelais Distingo RH, le nucléaire traverse une période d’incertitude, entre fermeture annoncée de centrales et chute d’Areva. « Et il persistait encore beaucoup de préjugés plutôt négatifs de la part des candidats », se souvient le dirigeant.
Depuis, sa fine observation du secteur en atteste, les mentalités ont changé : « C’est devenu un secteur d’avenir, qui se développe sur du temps long. Et les candidats en recherche de sens y trouvent leur compte, notamment parce qu’il contribue à fournir une énergie bas-carbone, relate Lionel Resses. Nous arrivons désormais à attirer des jeunes diplômés de grandes écoles, des Polytechniciens, des Centraliens… »
10 000 recrutements par an
Il faut dire que les perspectives de la filière n’ont plus grand-chose à voir avec celles de 2016. Relance du programme EPR, prolongation de la durée de vie du parc existant, le colossal projet Aval du futur d’Orano, à La Hague, qui devrait nécessiter plus de 40 milliards d’euros d’investissement…
Pour répondre à ces nouveaux besoins, 100 000 recrutements seront nécessaires entre 2024 et 2034, selon le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire. Une opportunité de taille pour le cabinet Distingo RH qui, dès 2020, a fait le choix de se spécialiser dans les talents de l’industrie nucléaire. La structure, qui compte aujourd’hui cinq salariés, a réalisé plus de 1 000 recrutements dans le secteur et accompagne désormais entreprises et candidats sur des problématiques qui dépassent la seule chasse de profils : évaluation, attractivité, mobilité et développement des compétences. Cette spécialisation repose sur une conviction : dans une industrie aussi technique et réglementée, un recruteur doit connaître précisément les métiers auxquels il destine les candidats.
Attirer de nouvelles compétences
Mais l’intérêt retrouvé pour le nucléaire ne règle pas, à lui seul, la question des compétences. Pour calmer l’appétit des entreprises du secteur et permettre ces 10 000 recrutements par an pendant 10 ans, il ne leur suffira pas de se partager les salariés déjà présents dans l’écosystème. « Il faut une balance positive », résume Lionel Resses. Attirer de nouvelles compétences devient une condition de la montée en puissance du secteur.
La réponse passe notamment par les passerelles avec d’autres industries. « L’automobile, l’aéronautique, le spatial, la chimie ou encore la filière batteries disposent de profils dont les compétences peuvent être transposées dans le nucléaire », détaille-t-il. Les spécialistes de l’excellence opérationnelle issus de l’automobile, par exemple, peuvent apporter des savoir-faire recherchés par une filière qui doit elle-même gagner en efficacité. « Notre savoir-faire, c’est de déterminer quel type de parcours on va pouvoir réinventer dans le nucléaire », explique le recruteur.
Féminisation du secteur
En Nouvelle-Aquitaine aussi, les besoins se font ressentir. À Bordeaux — où Orano a choisi, en 2024, d’implanter son activité d’ingénierie — le groupe vise plus de 200 ingénieurs d’ici fin 2027, contre une soixantaine actuellement. Distingo RH les accompagne dans ce processus.
À quelques dizaines de kilomètres, la centrale du Blayais doit, elle aussi, préparer ses effectifs aux années qui viennent. « À l’échelle de la France, il y a une très forte tension sur les profils techniques », constate Charlotte Maes. La directrice de la centrale et ses équipes vont donc directement à la rencontre des collégiens et lycéens, avec une attention particulière portée aux jeunes filles. Une préoccupation partagée par Distingo RH qui estime que la féminisation du secteur est un levier indispensable.
Favoriser la mobilité au sein de la filière
Un autre défi attend la filière : la concurrence ne se jouera d’ailleurs pas uniquement à l’extérieur. Avec les six EPR2 engagés à Gravelines, Bugey et Penly et la perspective de huit réacteurs supplémentaires, les nouveaux projets vont eux-mêmes attirer des salariés expérimentés. « J’ai déjà des départs dans mes effectifs vers le nouveau nucléaire », reconnaît Charlotte Maes. Cette circulation des talents pourrait devenir l’un des enjeux majeurs de la décennie, présage Lionel Resses qui plaide pour une mobilité plus fluide entre grands groupes, PME et start-up au sein même de la filière.
Les spécialistes de l’excellence opérationnelle issus de l’automobile peuvent apporter des savoir-faire recherchés.

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