Réhabiliter un quartier de 4 hectares reliant la gare de Bordeaux à la Garonne, en détruisant puis en reconstruisant les bâtiments, tout en respectant l’héritage patrimonial d’une ville classée à l’Unesco et en l’inscrivant dans les exigences environnementales actuelles. Le chantier Canopia, vaste projet de réhabilitation urbaine porté par la foncière familiale Apsys, qui développe, finance et exploitera le site, présente bien des défis.
D’abord par son coût : 420 millions d’euros, financés par de la dette levée par Apsys, dont 70 millions auprès de la Banque des Territoires. Mais aussi en termes architecturaux, ce projet mixte représentant un véritable « geste haussmannien » contemporain, réinterprétant à l’aune du XXIe siècle les codes urbanistiques du Second Empire incarnés par le baron éponyme, préfet de Gironde de 1851 à 1853. « Nous avons énormément échangé avec la commission Unesco et les architectes des bâtiments de France pour construire une ville dans le prolongement de celle du XVIIIe siècle, réinterprétée au XXIe siècle », confie Mathieu Chatenet, architecte associé à l’agence Édouard François, chargé de l’opération Canopia, lors d’une visite du chantier, le 17 septembre.

La maquette du projet Canopia dans la maison du projet, en présence de Sophie Sévellec et Mathieu Gostoli. © Jennifer Wunsch / Échos Judiciaires Girondins
Pierres ornementales
Le cabinet a ainsi choisi comme matériau principal la pierre, avec 70 % des façades (20 000 m2) en pierres ornementales, dont une partie issues de la déconstruction des bâtiments et même certaines façades conservées dans leur intégralité. « Nous avons aussi fait venir des pierres de fournisseurs situés entre 150 et 200 km de Bordeaux », précise Mathieu Chatenet. L’agence s’est également inspirée de ce matériau pour son immeuble phare Tauzia, en pierres de verre.
Pour concevoir les plans, Édouard François, l’architecte du projet, s’est appuyé sur les proportions haussmanniennes de Bordeaux. « La rue principale, véritable percée au cœur du quartier, mesure 19 mètres de large, comme le cours de l’Intendance. Nous avons découpé le projet en lots et tronçons dans une échelle très bordelaise », assure-t-il. « Et chaque immeuble porte en lui la mémoire d’un immeuble existant de Bordeaux, réinterprété ».
Autre pilier : l’intégration du végétal et la désimperméabilisation des sols. « Nous avons désimperméabilisé 1,2 ha, imaginé un parc et allons planter 600 arbres pour créer une rue jardin et un îlot de fraîcheur. Certaines façades seront végétalisées », détaille Sophie Sévellec, directrice des opérations chez Apsys.

Le chantier Canopia avec ses 15 grues : 11 sur les lots Descas et Saget et 4 sur le lot des Terrasses, côté Quai de Paludate. © Atelier Caumes
Intervenir dans un environnement urbain
Pour mener à bien ce chantier, deux entreprises de BTP ont uni leurs compétences : GCC et Demathieu Bard. « Il s’agit d’un projet d’une ampleur inédite, complexe, dense et vaste, avec des défis techniques très importants. Parce qu’il se trouve dans un environnement urbain. Et par sa durée, qui vise à réduire les nuisances. 27 mois : cela nécessite des prises de décisions très rapides et efficaces », assure Mathieu Gostoli, directeur d’agence GCC Aquitaine.
« Réaliser ce projet en 27 mois nécessite des prises de décisions très rapides et efficaces »
Le chantier des lots Descas et Saget, qui a fait la part belle au réemploi, avec 1 000 tonnes de matériaux issus de la déconstruction, a nécessité 60 000 m3 de béton, 11 grues, et fait travailler jusqu’à 400 ouvriers GCC et Demathieu Bard en même temps, sans compter les autres acteurs locaux et nationaux.

Le chantier Canopia a fait face à une série d’intempéries exceptionnelles, entre pluies et canicules. Sans prendre de retard. © Jennifer Wunsch / Échos Judiciaires Girondins
3e trimestre 2027
Au total, Canopia comptera 70 000 m2 de bâtiments, dont 30 000 m2 de commerces, 15 000 m2 de restaurants et lieux de loisirs, 13 000 m2 d’espaces extérieurs, 12 000 m2 d’hôtels, 6 600 m2 de bureaux et 6 400 m2 de logements étudiants et familiaux, dont Apsys restera propriétaire.
« Nous allons animer une programmation événementielle, tout en donnant une dimension artistique au projet », précise Sophie Sévellec. Objectif affiché : faire vivre le quartier de jour comme de nuit, dans une stratégie de complémentarité avec le centre-ville, tout en devenant un nouveau centre névralgique de la vie bordelaise.
Alors que débutent les travaux de second œuvre de cette « opération inédite en France et en Europe », selon Sophie Sévellec, l’inauguration complète de Canopia est prévue au 3e trimestre 2027.

Le parking a été construit selon la méthode inédite du top-down, consistant à réaliser l’infrastructure haute et la superstructure souterraine en même temps. © Jennifer Wunsch / Échos Judiciaires Girondins