Couverture du journal du 16/04/2021 Consulter le journal

[ Économie / Gironde ] Un horizon porteur malgré tout

À la différence des crises précédentes de 2001 et 2008, les marchés boursiers et de crédit sont repartis plus vite à la hausse à la faveur aussi de politiques monétaires et budgétaires de relance d’envergure. Ce contexte, malgré les restrictions liées à la crise sanitaire, rend plutôt optimistes les experts de la société bordelaise de gestion privée de portefeuille Aliénor Capital. Arnaud Raimon, président et Sébastien Hénin, directeur de la gestion privée, nous livrent leur vision d’une dynamique économique plutôt bien orientée malgré tout.

Arnaud Raimon et Sébastien Hénin d'Aliénor Capital

Arnaud Raimon, président d'Aliénor Capital et Sébastien Hénin, directeur de la gestion privée d'Aliénor Capital © Atelier Gallien / Echos Judiciaires Girondins

Echos Judiciaires Girondins : Nous vivons depuis un an avec cette crise sanitaire du Coronavirus qui a entraîné une crise économique d’envergure planétaire. Selon l’Insee, l’économie française a subi une récession massive en 2020 avec une chute du PIB de 8,3 %, qui est toutefois moins mauvaise que ce qu’anticipait l’institut. Quel regard portez-vous sur cette période troublée ?

Arnaud Raimon : « Quelle terrible épisode de notre histoire pour tous ceux qui ont été touchés physiquement, financièrement ou moralement ! Et ils sont nombreux. Mais je préfère retenir la grande démonstration de solidarité, de générosité et d’efficacité à laquelle nous avons assisté. Le corps médical a été admirable, l’État a joué son rôle de protection et de relance et les peuples se sont comportés civiquement. La solidarité a joué pleinement puisque les mesures sanitaires ont visé à protéger les plus âgés et les plus sensibles au virus. Il faut maintenant s’assurer que les jeunes retrouvent un enseignement supérieur efficace, des perspectives d’emploi sérieuses et que la charge de la dette publique n’obère pas leur avenir. Il y a un réel consensus en France sur le projet de société. Ce qu’il nous faut c’est une réelle efficacité pour servir ce projet. J’ai l’espoir que cette crise aura aiguisé l’envie de faire de nombreux dirigeants. »

Les politiques monétaires et budgétaires de relance nous rendent optimistes

EJG : « Savoir investir, c’est savoir vendre » aviez-vous dit il y a un an ? Quelle est la situation des marchés et quelle analyse en faîtes-vous pour vos clients ?

Arnaud Raimon : « Il faut en effet savoir vendre quand une crise boursière s’annonce que ce soit à cause d’une récession, d’un choc majeur ou d’une situation de survalorisation. La pandémie de Covid-19 a été un choc foudroyant suivi d’une forte récession pour cause d’arrêt sanitaire de l’activité. Le trou d’air sur les marchés financiers a été conséquent. Les bourses ont perdu 35 % en quelques semaines et les marchés de crédit obligataire ont aussi été durement touchés. Comme toujours, les États et les banques centrales ont été interventionnistes mais l’interventionnisme a été cette fois général et fulgurant. Les marchés en ont pris acte rapidement et les marchés boursiers et de crédit sont repartis à la hausse plus vite que dans les crises précédentes en 2001-2002 ou en 2008. Les bons résultats de Phase III du Moderna le 9 novembre dernier ont fini de rassurer sur une probable sortie de crise épidémique et les marchés financiers ont accentué leur reprise.

Le retour progressif à la normale et les politiques monétaires et budgétaires de relance nous rendent optimistes pour l’investissement en actions ou en obligations d’entreprise mais aussi en immobilier. Les placements sans risque ont des rendements dérisoires et les liquidités sont à la recherche de meilleurs rendements quitte à prendre un peu de risque et à allonger la durée d’investissement. Et les valorisations boursières ne sont pas franchement excessives. »

 

EJG : L’apparition des variants du virus et la crainte d’une saturation des hôpitaux ont conduit les États à confiner les citoyens plusieurs fois et à instaurer des mesures de couvre-feu très restrictives. Le sanitaire dicte clairement l’économie depuis un an : qu’en pensez-vous ?

Sébastien Hénin : « Les gouvernements n’ont pas eu le choix que de corseter l’activité économique sans quoi les conséquences sanitaires et sociales auraient été bien pires. Ils ont toutefois retenu les leçons de la crise de 2008 en mettant rapidement en œuvre des plans de soutien massifs et puissants destinés à soutenir l’activité économique. Le financement de ces différents plans n’a toutefois été rendu possible que grâce au soutien inconditionnel des banques centrales. Cette politique du « quoi qu’il en coûte » a permis de maintenir à flot l’économie et aux marchés financiers de rebondir très rapidement. »

 

EJG : Depuis mars 2020, à situation exceptionnelle, le gouvernement français mis en œuvre un plan d’aide aux entreprises exceptionnel. Quel est votre sentiment sur cette politique menée, y avait-il selon vous d’autres choix ?

Sébastien Hénin : « Le plan d’aide aux entreprises a été une excellente décision. Que ce soit la prise en charge temporaire des salaires du privé, les prêts aux entreprises, les différés d’impôts ou de charges sociales et bien d’autres, toutes les mesures ont permis d’assurer la viabilité de la plupart des entreprises sans que les revenus des ménages soient affectés et donc de préserver l’essentiel. J’observe aussi que la France n’est pas seule. Le même arsenal a été déployé dans tous les pays développés y compris aux États-Unis et avec le même succès. Depuis la crise des années 30 et les théories de Keynes, même les gouvernements les plus libéraux sont convaincus qu’en cas de crise et de récession, l’interventionnisme étatique est indispensable et que les déficits budgétaires transitoires qui en découlent sont nécessaires. »

 

EJG : Les crises sont aussi un catalyseur du changement pour la société. La crise sanitaire et économique est-elle source d’opportunités pour les entreprises ?

Sébastien Hénin : « Les crises accélèrent effectivement les tendances qu’elles soient naissantes ou bien établies, il y a donc de nouveaux marchés à conquérir pour les entreprises. La digitalisation de l’économie s’est affirmée et bénéficie tant aux multinationales qu’aux PME qui ont une présence commerciale sur Internet. Les débats sur la décarbonisation de nos économies ont trouvé écho chez les chefs d’entreprise. La thématique des énergies propres se diffuse dans de nombreux secteurs, de la production d’électricité à la construction automobile. Les acteurs historiques doivent s’adapter rapidement ou alors ils prennent le risque de voir de nouveaux venus s’approprier ces marchés, l’industrie automobile avec le phénomène Tesla l’illustre bien. »

 

EJG : Quelles perspectives voyez-vous pour l’économie globale en générale et locale girondine en particulier pour l’année 2021 ? Y a-t-il des lueurs d’espoir, l’annonce d’une « morosité sans fin » ou au contraire une reprise fulgurante à venir comme le prédit le gouverneur de la Banque de France ?

Sébastien Hénin : « Les différents plans de relance à l’œuvre plaident pour une reprise économique rapide et puissante, les indicateurs économiques chinois, premier pays à être sorti de la pandémie, sont d’ailleurs bien orientés. La dynamique économique ainsi enclenchée devrait perdurer une fois ces plans épuisés.

L’économie girondine devrait aussi connaitre un redémarrage rapide, il y aura toutefois de grandes disparités d’un secteur à l’autre. Le monde viticole devrait connaitre un rebond important de ses ventes avec la réouverture des lieux publics et la fin des taxes américaines, la reprise sera en revanche plus longue pour le secteur aéronautique civil. Le tourisme balnéaire, l’un des rares bénéficiaires de la crise sanitaire, devrait connaitre une nouvelle saison historique. L’aspiration à de nouveaux modes de vie pourrait provoquer une nouvelle vague d’immigration dans le département qui favorisera l’ensemble du tissu économique. »

 

EJG : L’adoption du plan de relance de Joe Biden aux États-Unis (1 900 milliards de dollars) est-elle une bonne nouvelle pour le monde ?

Sébastien Hénin : « Le plan de sauvetage américain, adopté début mars par le Congrès, est incontestablement une bonne nouvelle. Il inclut la lutte contre le Covid, les aides directes aux familles et la relance économique. D’une ampleur inédite, ce plan de relance représente l’équivalent de 8,5 % du PIB américain et il aide la première économie mondiale à traverser dans les moins mauvaises conditions la crise actuelle. Il permet de stimuler la demande ce qui contribue à augmenter les importations et donc l’activité économique des autres pays. La croissance attendue aux États-Unis en 2021 par l’OCDE passe ainsi de 3,2 % à 6,5 % et elle passe de 4,6 % à 5,6 % dans le reste du monde. La reprise économique en cours est accentuée grâce au plan Biden. »

La BCE détient le quart des dettes publiques de la zone euro

EJG : Dans ce même pays, les États-Unis, il semble que l’on assiste à une remontée des taux d’intérêt. Quelles observations faîtes-vous ?

Sébastien Hénin : « C’est pour le moment plus la conséquence d’un déséquilibre de marché que d’anticipations inflationnistes. Les taux d’intérêt obligataires de moyen et long terme remontent alors que les taux à court terme sont fixés à zéro par la Réserve Fédérale. Les taux obligataires sont en effet une affaire de marché donc d’offre et de demande. Or le déficit budgétaire américain explose littéralement avec les mesures de relance. L’offre de dette obligataire publique peine donc à trouver assez d’acheteurs parmi les investisseurs du monde entier et le taux d’émission doit monter pour les satisfaire. Cela n’ira pas très loin. La Fed peut stopper cette dérive haussière notamment en décidant d’augmenter son programme d’achat de dette publique. Il est probable qu’elle voudra contenir les taux obligataires autour de 2 % car au-delà l’activité économique américaine en souffrirait. »

 

EJG : Dans ce contexte, la BCE joue-t-elle bien sa partition ?

Sébastien Hénin : « Oui, plutôt bien selon ses objectifs immédiats. En l’absence totale d’inflation en Europe, la priorité de la BCE est de s’assurer que la sortie de crise se passe bien et que la reprise est sur les rails. Cela passe par des taux d’intérêts à court et long terme bien ancrés à zéro. Dès que les taux longs font mine de monter, la BCE rappelle qu’elle est toute puissante pour les ramener en bas par des achats accélérés de dette publique. Reste que la BCE détient déjà le quart des dettes publiques de la zone euro et que cela ne va qu’augmenter. Qui aurait pu prédire ce scenario à la création de la BCE ? L’inventivité des banquiers centraux et des gouvernants semble illimitée. Les scenarii sur la dette, la création monétaire et l’inflation sont aujourd’hui plus ouverts que jamais. »

Bordeaux vibre et attire les talents

EJG : Le monde d’après, c’est le règne sacro-saint de la digitalisation et de la tech ?

Sébastien Hénin : « Certainement d’un point de vue économique et financier. La technologie est un élément clé des gains de productivité. Il suscite par ailleurs de nouveaux modes de consommation et de nouveaux besoins. Les secteurs les plus denses technologiquement sont ceux où se concentre la valeur ajoutée et les marges y sont donc plus élevées. Financièrement, ce sont ceux qui attirent le plus de capitaux et sur des multiples de valorisation plus élevés que la moyenne. Mais le progrès technologique n’est pas l’apanage des sociétés dites « tech ». Il concerne tous les secteurs d’activité. Sébastien Henin et moi nous réjouissons de voir que Bordeaux en particulier et le Sud-Ouest en général sont des endroits fertiles en innovation et en investissements quel que soit le domaine d’activité. La densité en entreprises et en projets à haut contenu technologique y est très élevée, les startups foisonnent, le taux de R&D et d’investissement est supérieur à la moyenne nationale. Bordeaux vibre et attire les talents. »

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