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[ Gironde, terre d’édition ] Editions L’Arbre Vengeur, les décalés

Maison d’édition décalée et assumant totalement ses choix, L’Arbre Vengeur veut avant tout construire un catalogue pour l’amour des beaux textes.

L'Arbre Vengeur, Nicolas Étienne, David Vincent

Nicolas Étienne et David Vincent, fondateurs des éditions de L’Arbre Vengeur © D. R.

L’Arbre Vengeur fête ses 20 ans ! « On a commencé à bricoler nos premiers livres », s’amuse David Vincent, cofondateur avec Nicolas Étienne, de cette maison d’édition pleine de caractère. « On ne se doutait pas que ça durerait 20 ans. » Entre les deux fondateurs, les rôles se sont répartis naturellement : « Moi je suis le littéraire et le commercial, lui c’est l’artiste et le fabricant. Chacun son territoire ! » La maison d’édition a été créée en plus de leur métier : David Vincent était libraire, il est maintenant professeur d’édition, tandis que Nicolas Étienne est graphiste.

Dans son bureau, au sein de la Fabrique Pola, rempli de livres du sol au plafond, avec une vue imprenable sur la ville, David Vincent se satisfait du terreau bordelais. « Il y a toujours eu à Bordeaux une tradition de maisons d’édition. On a le plus vieux IUT des métiers du livre (1968). Les collectivités territoriales nous soutiennent, en particulier la Région qui est très active. La plus grande librairie indépendante de France est à Bordeaux (la librairie Mollat, ndlr), j’y ai travaillé pendant 20 ans ! » C’est donc tout naturellement qu’ils ont lancé leurs premières parutions.

DÉCALÉ ET HUMOUR NOIR

« Les premiers livres, c’était vraiment un travail d’artisan, on les cousait. Le but c’était de financer le suivant. » David Vincent assume totalement ce côté artisanal, et le revendique même : « On voulait construire notre catalogue pas à pas ». Le choix des deux associés est de faire uniquement de la littérature narrative, de la fiction, du récit, de la littérature étrangère et de la nouvelle, « même si c’est un genre mal aimé ». « Nous faisons beaucoup de réédition », indique David Vincent. « Ce qui m’intéresse, c’est de rechercher dans le patrimoine littéraire ce qui mérite d’être découvert. » Il revendique le côté décalé, bizarre, humour noir : « Pas de mainstream, pas de classique, pas de roman psychologique, des choses à part ! ». L’Arbre Vengeur édite avec exigence : celle de l’écriture, du littéraire. Autre parti pris, celui du graphisme : c’est Nicolas Étienne, le directeur artistique qui gère le choix des couvertures.

« On est très provinciaux », continue David Vincent, argumentant que le vivier d’éditeurs régionaux vivifie la littérature contemporaine. Et de citer cette anecdote : « Quand on a eu le prix de Flore avec Anatomie de l’amant de ma femme, on n’a pas été invités au cocktail. Ça ne leur a pas traversé l’esprit d’inviter les bouseux. Ça tombait bien, on n’avait pas envie d’y aller ».

Ma logique c’est de bâtir un catalogue, on n’est pas un éditeur de coups, on veut une cohérence.

COLLABORATION AVEC MARIE N’DIAYE

S’il reçoit environ un millier de manuscrits chaque année, L’Arbre Vengeur n’en édite que 20 à 25 par an : « et les trois quarts sont des rééditions », prévient David Vincent. Lui fait aussi un important travail de recherche : sur les textes, avec les directeurs de collection en littérature étrangère, mais également en allant contacter directement des auteurs. « Éric Chevillard qui est l’auteur qu’on a le plus publié, je l’ai sollicité. »

Et des auteurs connus n’hésitent pas à passer par eux pour certaines éditions plus particulières comme Marie N’Diaye. « Pour autant, je ne fais pas la voiture balai. Je préfère un bon livre d’un inconnu. Ceux qui viennent chez nous connaissent notre catalogue, savent qu’ils seront accueillis. Ma logique, c’est de bâtir un catalogue, on n’est pas un éditeur de coups, on veut une cohérence. »

1re parution : « Une volupté nouvelle de Pierre Louÿs, notre livre fétiche, il a été réédité 3 fois et est sorti dans le format poche maison (L’arbuste Véhément). C’est un livre inconvenant maintenant, c’est un éloge de la cigarette ! »

Votre best-seller : « C’est assez inattendu, c’est une réédition : Mes amis d’Emmanuel Bove. C’est un auteur qu’on aimait beaucoup, on attendait qu’il tombe dans le domaine public. Il est de suite entré dans les meilleures ventes des libraires. On a fait un best-seller avec un auteur mort depuis 60 ans. On en a vendu 20 000. »

Votre coup de cœur : « Ça, c’est pas possible ! Bon alors je vous donne juste le dernier : Brûlé vif d’Arnaud Maïsetti, sorti en janvier. Il a une écriture, un souffle, on sait qu’on tient un auteur. »

Prochain à paraître : « Tous les petits animaux de Walker Hamilton. C’est une réédition d’un auteur écossais qui n’a écrit qu’un livre. Sorti en 1968, c’est un roman un peu bizarre, une fable pour adulte, assez connu en Angleterre, il a même été adapté au cinéma. Il y a des illustrations, c’est notre petit plus ! »

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