Couverture du journal du 15/10/2021 Consulter le journal

Jean-Pierre Papin de Nouvelles Marges : Bordeaux vu d’Instagram

Dans sa dernière étude, le Lab de l’agence Nouvelles Marges s’intéresse à la façon dont les villes sont présentées par leurs habitants et visiteurs sur le réseau social, pour en tirer des indices inédits permettant de mesurer leur popularité et leur attractivité. Comment « pulse » la métropole bordelaise sur Instagram ? Éléments de réponse avec Jean-Pierre Papin, directeur associé chez Nouvelles Marges, qui a dirigé l’étude.

Jean-Pierre Papin de Nouvelles Marges

Jean-Pierre Papin, Directeur associé de Nouvelles Marges © D. R.

Échos Judiciaires Girondins : Vous venez de publier l’étude « La pulsation des villes sur Instagram ». Pouvez-vous nous expliquer quel est son objet ?

Jean-Pierre Papin : « Nous voulions poser un regard différent, un peu décalé sur les territoires. Pour cela, nous avons voulu analyser les hashtags de plus de 72 millions de photographies de villes françaises postées sur Instagram, car c’est le réseau social le plus utilisé. À travers ces photos, les habitants ou les visiteurs peuvent montrer leur attachement à la ville, en associant à leur publication son nom. Pour nous, c’est une façon de mesurer un phénomène relativement complexe qui est celui de l’attachement des personnes aux villes qu’elles habitent. Nous avons sélectionné 330 villes françaises, qu’on a classées en 3 strates administratives : les métropoles, qui sont les plus grandes, les préfectures et les sous-préfectures, afin de créer des indices et de pouvoir comparer ce qui est comparable. Pour obtenir ces indices, nous avons ramené le nombre de photos postées avec le hashtag de la ville au nombre d’habitants. »

 

EJG : Quels hashtags avez-vous étudiés ? Uniquement ceux au nom de la ville ?

J.-P. P. : « Pour les 17 métropoles étudiées (hors Paris), nous avons étudié le hashtag de la ville, sauf pour Bordeaux, pour laquelle on a dû extraire le hashtag #Bordeaux du classement quantitatif global car il y avait une confusion beaucoup trop forte avec le vin. Ensuite, comme il y a énormément de publications sur Instagram, nous avons aussi regardé les articulations des villes avec d’autres thèmes, et plus précisément 23 hashtags spécifiques comme la nourriture (#Bordeauxfood), le tatouage (#BordeauxTatoo) ou l’orientation sexuelle (#GayBordeaux), qui sont des façons d’affirmer quelque chose sur la ville. On a choisi des thèmes et des hashtags qui paraissaient un peu décalés, un peu marrants. On a également analysé une dizaine de hashtags très usités, traduisant l’attachement affectif à la ville : #Bordeauxmonamour, #IloveBordeaux… Pour chaque thème, on a calculé le nombre de photos postées qu’on a rapporté au nombre d’habitants. Pour Bordeaux, nous sommes partis du dernier recensement Insee de 2017 qui dénombrait 254 436 habitants. »

Bordeaux arrive en tête, avec Lyon, sur les hashtags liés à l’univers « Food »

EJG : Qu’avez-vous découvert sur Bordeaux ?

J.-P. P. : « La revendication numéro un, c’est un lien affectif fort des Bordelais et des visiteurs avec la ville. Cette revendication forte n’existe pas forcément ailleurs. Deuxièmement, c’est une chose à laquelle on pouvait s’attendre : Bordeaux arrive en tête, avec Lyon, sur les hashtags liés à l’univers « food » (#BordeauxFood, #restaurantBordeaux, #restoBordeaux…). Troisièmement, Bordeaux est très bien placée sur des hashtags plutôt inattendus, comme ceux dédiés au street-art (#Bordeauxstreetart, #Bordeauxgraffiti, #Bordeauxstreet…), par exemple : Bordeaux est la métropole française (hors Paris) où les fresques urbaines se partagent le plus. La ville apparaît aussi troisième sur onze sur le hashtag #gay et fait mieux que Montpellier, pourtant surnommée la métropole gay. On constate donc une revendication ou un environnement qui permet la revendication à Bordeaux, ce qui n’est pas le cas à Strasbourg, par exemple, et encore moins à Toulon. Bordeaux est aussi troisième sur tout ce qui concerne les photos de tatouages (#Bordeauxtatoo). Il y a à peu près deux fois plus de photos de tatouage publiées à Lille qu’à Bordeaux, mais à Bordeaux, il y en a 50 % de plus qu’à Lyon. C’est une tendance qui commence vraiment à monter à Bordeaux. »

 

EJG : Qu’est-ce que cela traduit de la ville, selon vous ?

J.-P. P. : « Bordeaux ressort dans le top 5 à peu près sur tous les hashtags. Sur les hashtags affectifs comme #BordeauxJetaime, la ville arrive cinquième, derrière Strasbourg, Lyon, Lille et Marseille. Des villes comme Grenoble, Orléans ou Clermont-Ferrand, qui sont a priori moins attractives, sont dernières. Plus les gens sont attachés à leur ville, plus ils postent sur le nom de leur ville. C’est un indicateur assez direct de la capacité des villes à attirer, à placer leurs habitants comme ambassadeurs du territoire… ou du travail qu’il leur reste parfois à accomplir sur ce sujet, pour celles en bas du classement… L’étude montre l’attachement global de ses habitants à la ville de Bordeaux, et donc son attractivité.

Bordeaux a également un côté un peu plus décalé que d’autres villes comme Strasbourg, par exemple, qui fonctionne très bien également sur les hashtags affectifs, mais qui redescend tout en bas du classement sur des thèmes comme gay, tatoo ou street-art. C’est une petite surprise concernant Bordeaux, qu’on pourrait qualifier de ville relativement classique et bourgeoise, et qui montre son ouverture. »

L’étude montre l’attachement global de ses habitants à la ville de Bordeaux et donc son attractivité


3 CHIFFRES SUR L’ÉTUDE « PULSATIONS DES VILLES SUR INSTAGRAM »

330 villes étudiées
4 200 hashtags analysés
72 millions de photos prises en compte